Le contrat qui tue la concurrence avant même d’être signé
Lockheed Martin vient de gagner un coup d’éclat : 850 F-35, livrables d’ici dix ans, pour un budget qui frôle l’absurde. Le Pentagone a validé l’accord-cadre sans même chercher à savoir si d’autres avions auraient pu faire l’affaire. Résultat ? Boeing, avec son F-15EX, ou même l’Europe avec son FCAS (le futur Eurofighter), peuvent faire leurs adieux. Le marché est verrouillé. Et ça, c’est une première : un contrat militaire si massif qu’il étouffe toute alternative avant même que les premiers avions ne sortent des chaînes.
Pourtant, les F-35 coûtent cher. Très cher. Une étude du Government Accountability Office (GAO) en 2023 estimait que le coût unitaire dépassait 200 millions de dollars par appareil, hors maintenance. 850 avions, c’est donc 170 milliards juste pour les avions, sans compter les missiles, les radars, les mises à jour logicielles, ni les coûts indirects (formation des pilotes, bases adaptées, etc.). Le Pentagone parle de « valeur à long terme », mais personne ne précise quel long terme. Dix ans ? Vingt ans ? Quand ces avions seront-ils obsolètes ? Personne ne sait. Personne ne veut savoir.
Et puis il y a le problème des retards. Le F-35 était censé être une machine de guerre furtive, indétectable, invincible. Sauf que les pays qui l’utilisent (Israël, Japon, Italie) se plaignent régulièrement de ses failles : logiciels buggés, problèmes de maintenance, et une furtivité qui, selon des ingénieurs anonymes, n’est plus ce qu’elle était. Pourtant, le Pentagone commande encore. Comme si la qualité n’avait pas d’importance, tant que Lockheed Martin touche son chèque.
Le Pentagone joue à cache-cache avec ses propres chiffres
Le vrai scoop, c’est ce que le contrat ne dit pas. Officiellement, 850 F-35, c’est pour remplacer les vieux F-16 et F/A-18. Sauf que les F-16, eux, coûtent 60 millions par unité en moyenne. Et les F/A-18, 70 millions. Alors pourquoi dépenser trois fois plus pour un avion qui, selon des rapports classifiés, a des problèmes de fiabilité ?
La réponse, c’est simple : parce que Lockheed Martin a construit un écosystème autour du F-35. Des milliers d’emplois dépendent de ce programme. Des États entiers (comme l’Utah, où le montage final a lieu) misent leur économie dessus. Et le Pentagone, lui, a externalisé sa réflexion stratégique. Au lieu de se demander si ils ont besoin de 850 avions, ils se demandent comment les payer. Comme si c’était une fatalité.
Et puis il y a la Chine. Toujours la Chine. « Il faut rester en tête technologique », répète le Pentagone. Sauf que la Chine, elle, ne commande pas des avions à 200 millions de dollars pièce. Elle en produit des centaines, à moindre coût, et elle investit dans l’IA, les drones, et les armes hypersoniques. Pendant ce temps, les États-Unis achètent des F-35 comme on achète des iPhones : parce que tout le monde en a, pas parce que c’est le meilleur choix.
Le vrai coût : ce qu’on ne voit pas
Le pire, c’est que personne ne parle des coûts cachés. Par exemple :
- La maintenance. Un F-35 coûte 10 000 dollars par heure de vol en entretien. Un F-16, lui, en coûte 5 000. La différence ? 5 milliards par an, rien que pour l’entretien.
- Les mises à jour. Chaque nouvelle version du F-35 (et il y en a eu cinq depuis 2006) coûte des milliards. La dernière, le Block 4, a déjà reporté des livraisons de deux ans. À quel prix ? Personne ne sait.
- Les pertes. Les F-35 s’écrasent. Pas souvent, mais assez pour que le Pentagone doive en commander des remplaçants. En 2023, deux avions ont été perdus en entraînement. À 200 millions pièce, ça fait 400 millions de dollars en fumée.
Et puis il y a l’effet d’aubaine. Parce que Lockheed Martin gagne, ses actionnaires gagnent. Parce que les États qui achètent le F-35 (comme le Japon ou l’Australie) deviennent dépendants. Et parce que le Pentagone, lui, peut se dire : « On a le meilleur avion, point. » Même si ce n’est pas vrai.
L’Amérique achète son futur… sans se poser les bonnes questions
Le plus ironique, c’est que le F-35 était censé être l’avion du futur. Aujourd’hui, il ressemble de plus en plus à l’avion du passé. Un monstre coûteux, complexe, et dont personne ne sait vraiment s’il servira à quelque chose dans dix ans. Pendant ce temps, la Russie et la Chine misent sur des technologies radicalement différentes : drones suicides, armes laser, systèmes de défense intégrés.
Pourtant, personne ne bronche. Parce que c’est comme ça. Parce que c’est Lockheed Martin. Parce que c’est l’Amérique. Et parce que, au fond, personne ne veut admettre qu’on pourrait se tromper.
Alors oui, le Pentagone va avoir ses 850 F-35. Et oui, ils seront « les meilleurs du monde ». Mais à quel prix ? Et surtout, à quoi bon, quand même les stratèges les plus lucides reconnaissent que la vraie guerre de demain ne se gagnera pas avec des avions, mais avec des données, des algorithmes, et une capacité à s’adapter ?
Le F-35, c’est le symbole d’une machine de guerre qui tourne à vide. Qui dépense sans compter, qui achète sans réfléchir, et qui croit encore que la supériorité aérienne se mesure en tonnes d’acier et en millions de dollars.
Sauf que la guerre, elle, a changé. Et personne ne semble s’en rendre compte.