Votre os cassé au Liban sera peut-être votre dernier avertissement
Un matin de 2023, Samira, 68 ans, a trébuché sur une marche à Beyrouth. Rien de grave, une entorse, a-t-elle cru. Trois mois plus tard, une douleur sourde dans le dos l’a clouée au lit. Les radios ont révélé l’inévitable : une fracture vertébrale. Le diagnostic qui a suivi a glacé le sang : ostéoporose sévère. « Personne ne m’avait jamais parlé de ça avant », raconte-t-elle aujourd’hui. Pourtant, ses analyses de 2019 montraient déjà une densité osseuse en berne. Personne n’a daigné lui expliquer ce que ça voulait dire.
Au Liban, l’ostéoporose se traite trop tard.
Pourquoi les Libanais découvrent leur maladie sur un tas de débris
Le Liban a un problème : on y soigne les fractures, pas la fragilité osseuse. Une étude de l’Université Saint-Joseph (USJ) publiée en 2022 révèle que 60 % des diagnostics d’ostéoporose surviennent après une fracture. Autrement dit, quand il est trop tard pour éviter la prochaine. Les médecins libanais, souvent submergés par des systèmes de santé en crise, privilégient l’urgence. Résultat : les campagnes de dépistage ? Quasiment inexistantes. Les traitements préventifs ? Sous-prescrits. Même les femmes ménopausées, population à risque, ignorent souvent qu’elles devraient se faire scanner.
Pourtant, les chiffres sont là. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une femme libanaise sur trois après 50 ans souffrira d’une fracture liée à l’ostéoporose. Au Liban, où l’espérance de vie a grimpé à 72 ans (Banque Mondiale, 2023), le risque explose. Mais personne ne semble s’en soucier.
Le système de santé libanais a une faille : il ne regarde pas devant.
Les médecins savent, mais ne disent pas
Dr. Georges Abou Jaoude, rhumatologue à l’hôpital Geitaoui, ne mâche pas ses mots : « Ici, on vous parle d’ostéoporose quand vous arrivez en urgence avec un os brisé. Pas avant. » Pourquoi ? Parce que le dépistage coûte cher (un ostéodensitomètre tourne autour de 150 000 LBP, soit 100 dollars), et que les assurances remboursent à peine. Sans compter que beaucoup de médecins libanais, formés à l’étranger, ne priorisent pas la prévention. « On nous a appris à réparer, pas à anticiper », confie un interne de l’hôpital Rafic Hariri.
Et puis, il y a la culture. Au Liban, on minimise les douleurs chroniques. « C’est normal d’avoir mal en vieillissant », entend-on souvent. Pourtant, une douleur sourde au dos ou une fracture du poignet après une chute banale doivent alerter. Mais combien de Libanais y prêtent attention ?
Le vrai problème ? Personne ne vous force à écouter.
Ce qui bloque vraiment le dépistage
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L’argent. Une ostéodensitométrie, c’est 100 dollars. Pour beaucoup de Libanais, c’est un luxe. Les hôpitaux publics ? Saturation garantie. Les cliniques privées ? Files d’attente interminables. Résultat : on repousse. Jusqu’à ce que ça casse.
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L’ignorance. Une enquête de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB) en 2021 montre que 70 % des Libanais de plus de 50 ans ne savent pas ce qu’est l’ostéoporose. On ne leur en parle pas. Les médias s’en désintéressent. Les campagnes de santé ? Presque inexistantes.
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Le mépris des symptômes. Une fracture du poignet après un faux mouvement ? « C’est de ma faute, je suis maladroit ». Une douleur lombaire qui persiste ? « Je suis stressé ». Au Liban, on attribue tout à autre chose. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Le piège ? Vous croyez que c’est un problème des autres.
Ce que vous pouvez faire, même si personne ne vous le dit
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Ne pas attendre la douleur. Si vous avez plus de 50 ans, ou si vous êtes une femme ménopausée, faites-vous scanner. Oui, ça coûte cher. Oui, c’est une galère. Mais une fracture de hanche, ça coûte beaucoup plus cher (entre 2 et 5 millions de LBP, selon les hôpitaux). Et ça peut vous clouer au lit pour de bon.
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Arrêtez de croire que « c’est normal ». Une chute qui se termine par une fracture ? Ce n’est pas normal. Des douleurs osseuses inexpliquées ? Non plus. Au Liban, on vous dira souvent que c’est « psychologique ». Ne les écoutez pas.
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Parlez-en. À votre médecin, à votre famille. Si vous avez des antécédents (cancer, traitement cortisone, tabagisme), votre risque est décuplé. Demandez un bilan. Même si on vous répond que c’est « trop tôt ».
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Évitez les excuses. « Je n’ai pas le temps », « C’est trop cher », « Je me sens bien ». Trois phrases qui vous mèneront droit à l’hôpital, un jour, avec un plâtre et un diagnostic accablant.
Le Liban ne vous protégera pas. À vous de jouer.
Pourquoi personne ne bouge, et ce que ça signifie pour demain
Le gouvernement libanais ? Silence radio. Les assurances ? Elles remboursent à peine. Les médecins ? Ils courent après l’urgence. Résultat : dans cinq ans, quand l’espérance de vie aura encore grimpé, le Liban aura une génération de seniors fragilisés, dépendants, et personne n’aura rien vu venir.
Ce n’est pas une question de chance. C’est une question de responsabilité.
Votre os cassé au Liban sera peut-être votre dernier avertissement. Ne le laissez pas être votre dernier mot.