Pourquoi les laboratoires américains recrutent-ils des mathématiciens marocains formés dans la neige d’Ifrane ?

Un parcours entre Ifrane et les États-Unis révèle comment les inégalités de formation poussent des talents vers les laboratoires étrangers. Et pourquoi le Maroc rate le coche.

Publié le 20 septembre 2026 à 08:10
Pourquoi les laboratoires américains recrutent-ils des mathématiciens marocains formés dans la neige d’Ifrane ?

Un lycée d’Ifrane, un labo à Princeton : la même équation, deux pays différents

Le lycée français d’Ifrane, c’est un des meilleurs du Maroc. Les élèves y apprennent les maths comme on apprend à skier : avec un niveau qui suppose que vous avez déjà les bases. Sauf que pour les maths, les bases, c’est souvent une question d’accès. Aux livres, aux profs, aux réseaux. À 17 ans, Nizar Naithlo avait les notes. Mais pas les connexions pour rester. Alors il a pris l’avion. Direction : les États-Unis, une bourse, et une spécialisation en mathématiques appliquées à l’université de Princeton.

Pourquoi Princeton ? Parce que les labos américains cherchent des profils comme le sien. Des gens capables de modéliser des équations complexes, mais aussi de les traduire en code. Des gens qui ont appris, très tôt, que les maths ne sont pas un exercice abstrait. C’est un outil. Un marteau-piqueur pour casser des problèmes que personne ne voit venir.

Le détail qui cloche

En 2023, le Maroc dépensait 0,6 % de son PIB en recherche et développement (source : Banque mondiale, rapport 2023). Les États-Unis, eux, en dépensaient 3,1 %. La différence ? Une question de priorités. Et de moyens. À Ifrane, les lycéens comme Nizar avaient des profs compétents. Mais pas les ressources pour aller plus loin. Pas les partenariats avec les universités américaines. Pas les laboratoires privés qui financent des stages avant même la fin des études.

Et puis, il y a la neige. Skier à Ifrane, c’est bien. Mais skier en Autriche ou en Suisse, c’est autre chose. Les labos, c’est pareil. Le Maroc a des cerveaux. Mais pas les pistes.

La fusion nucléaire, ou comment exporter des cerveaux sans le dire

Nizar Naithlo ne travaille pas sur des équations pour le plaisir. Il bosse sur des modèles de confinement magnétique pour la fusion nucléaire. Un domaine où les États-Unis misent gros. Très gros. En 2022, le département de l’Énergie américain a injecté 600 millions de dollars dans des projets de fusion (source : DOE, budget 2022). Le Maroc ? Il a un centre de recherche sur la fusion à Rabat. Avec un budget qui tient dans une ligne de son budget national.

Pourquoi les labos américains s’arrachent-ils des mathématiciens marocains ? Parce que ces derniers ont appris à résoudre des problèmes sans filet. À Ifrane, on ne fait pas de la recherche pour la recherche. On fait des maths pour survivre. Pour trouver des solutions quand les manuels ne suffisent plus. Et ça, c’est exactement ce que cherchent les labos privés américains.

Le paradoxe

Le Maroc forme des mathématiciens de haut niveau. Mais il ne les retient pas. Pourquoi ? Parce que le système ne leur offre pas les mêmes opportunités. Pas de salaires à la hauteur. Pas de projets qui valent le coup. Pas de reconnaissance. Alors ils partent. Vers les États-Unis, vers l’Europe, vers n’importe où.

Et le pire ? Personne ne s’en émeut vraiment. Ni les politiques, ni les universités, ni les entreprises. Parce que c’est plus facile de se plaindre des cerveaux qui fuient que de se demander pourquoi ils fuient.

Le labo qui n’existe pas (encore)

En 2018, le Maroc a lancé un projet de

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R Galaxie Rédaction

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