120 adhérents en plus en un an à la MJC d’Ornaisons, et ça ne va pas simplifier les choses
La salle de répét’ était bondée. Pas pour un concert, pas pour un atelier photo. Non, c’était un mercredi soir, et les ados du club de débat s’engueulaient à propos d’un sujet qu’ils avaient tiré au sort : « La culture, ça sert à quoi si ça ne nourrit pas ? ». Frédéric Marrazzato, assis sur le bord de la scène, observait la scène sans sourciller. « Ils ont raison de se prendre la tête là-dessus », se dit-il peut-être. Ou alors il se demande juste comment il va gérer la surcharge.
Parce que oui, la MJC d’Ornaisons explose. En un an, les inscriptions ont grimpé de 120 personnes. « On a dépassé les 500 adhérents », lance Marrazzato sans hésiter. « Et on n’a pas fini de grandir. » Le chiffre est net, mais ce qui l’est moins, c’est la façon dont cette croissance va être digérée. « On a des locaux qui datent des années 80, un budget serré, et des attentes qui montent. » Traduction : la MJC joue avec le feu.
Pourquoi les ateliers de théâtre coûtent 5 euros de plus cette année
Les tarifs ont été revus à la hausse. « Pas pour faire du fric, mais parce que le coût des assurances et des intervenants extérieurs a explosé », explique Marrazzato. « Certains parents râlent. » Sous-entendu : ils râlent, mais ils paient. Parce que les listes d’attente s’allongent. Parce que les ateliers qui marchent, théâtre, musique, boxe, sont saturés.
Le problème ? La MJC mise sur des intervenants bénévoles pour tenir le coup. « On a des profs de musique qui donnent des cours gratuits, des comédiens qui encadrent des ateliers sans être payés. » Mais jusqu’à quand ? « Jusqu’à ce que ça devienne ingérable », répond-il sans détour. « Après, on sera obligés de choisir : soit on ferme des portes, soit on augmente encore les prix. »
Et puis il y a le casse-tête des subventions. « La mairie nous a promis un coup de pouce, mais rien n’est acté. » La région, elle, a gelé ses aides. « On vit au jour le jour », résume Marrazzato. « Si un adhérent se blesse pendant un cours de boxe, c’est nous qui payons. Si un intervenaire se fait licencier parce qu’il n’est pas déclaré, c’est nous qui trinquons. »
Ce que la MJC refuse d’assumer : le manque de transparence sur les comptes
Les comptes de la MJC ne sont pas publics. « C’est une association, pas une entreprise cotée en Bourse », rétorque Marrazzato. « Mais si on veut que les gens comprennent pourquoi on augmente les tarifs, il faudrait montrer où l’argent part. » Problème : les dons et les subventions se mélangent, les frais cachés s’accumulent, et personne ne veut passer au crible les dépenses.
« On a un tableau Excel qui fait 47 onglets », avoue-t-il. « Personne n’a le temps de tout décortiquer. » Résultat : les adhérents savent que quelque chose cloche, mais personne ne leur donne les clés pour comprendre.
Et puis il y a l’histoire du local. « On rêve d’un nouveau bâtiment, mais la mairie nous dit qu’il n’y a pas de budget. » Sauf que la MJC de Saint-Chamond, à 30 km, a obtenu des travaux il y a deux ans. « Pourquoi eux et pas nous ? » Marrazzato hausse les épaules. « Parce qu’ils ont mieux su se vendre. »
Le pari fou : faire de la MJC un lieu politique, pas juste un club de loisirs
La vraie révolution, si révolution il y a, ce n’est pas dans les chiffres. C’est dans l’ambition. « On ne veut plus être juste un lieu où les gamins viennent jouer de la guitare ou faire du sport », déclare Marrazzato. « On veut qu’ils comprennent ce qui se passe autour d’eux. »
D’où les débats houleux, les interventions d’associations locales, les projections de docs engagés. « Certains parents nous disent : ‘Mais à la MJC, c’est pour s’amuser, pas pour faire la révolution.’ » Réponse de Marrazzato : « La révolution, c’est aussi savoir ce qu’on mange, d’où vient l’énergie, et pourquoi on vote comme on vote. »
Sauf que ça coince. Parce que les ados, eux, veulent bien débattre, mais pas si ça leur prend trop de temps. « Ils viennent pour le fun, pas pour écouter un type leur parler de la crise climatique pendant deux heures », reconnaît-il. « Alors on alterne. Un atelier théâtre, un débat, un cours de breakdance. »
Le problème ? « Ça use les intervenants. » Parce que tenir un équilibre entre divertissement et engagement, c’est comme marcher sur un fil. « Certains bénévoles lâchent. D’autres s’accrochent parce qu’ils y croient. »
Ce que personne ne dit à voix haute : la MJC d’Ornaisons est en train de devenir un laboratoire
Marrazzato assume : « On teste des trucs, et parfois ça marche, parfois ça dérape. » Par exemple, l’atelier « Culture et numérique », où des ados apprennent à monter des vidéos pour dénoncer les injustices locales. « Au début, on avait trois inscrits. Maintenant, c’est une file d’attente. »
Ou encore le partenariat avec le lycée agricole du coin pour organiser des repas solidaires. « Les gamins cuisinent, ils mangent, et après on discute de l’agriculture intensive. » Résultat ? « Les lycéens se rendent compte que leur steak haché vient de l’autre bout de l’Europe. »
Mais ces initiatives, elles coûtent cher. « On a obtenu une subvention de la région pour le numérique, mais pour le reste, c’est nous qui débourçons. » Et puis il y a le risque : « Si un élève se fait engueuler par ses parents parce qu’il a mangé un repas bio à la MJC, on est dans la merde. »
Pourtant, Marrazzato ne recule pas. « Si on ne prend pas de risques, à quoi bon exister ? » La question, c’est de savoir si les adhérents, et les financeurs, sont prêts à suivre.
La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser
« Est-ce que vous avez peur de l’échec ? » Marrazzato rit. « Tous les jours. Mais si on ne tente rien, on est déjà perdants. »
La MJC d’Ornaisons n’est pas un modèle. C’est une expérience. Une expérience qui marche, qui dérape, qui fait grandir. « On n’a pas de réponse toute faite », conclut-il. « Mais on a une question : et vous, vous voulez quoi, vous ? »
La réponse, elle, reste à écrire.