Des memecoins exploitant l'image d'un footballeur décédé relancent le débat sur l'éthique des cryptomonnaies
R Galaxie Rédaction · 4 novembre 2026 à 22:05 · 3 min de lecture
La création de tokens numériques utilisant le nom et la photo de Jesús de Miguel, disparu le 3 novembre, soulève des questions sur la régulation des actifs virtuels et la protection des personnalités, vivantes ou non. Les traders et les observateurs s’interrogent sur les limites de cette pratique, déjà critiquée à plusieurs reprises.
L'apparition de memecoins posthumes et leur fonctionnement anonyme
Les memecoins, ces cryptomonnaies spéculatives souvent inspirées de phénomènes viraux ou de personnalités, reposent sur des mécanismes décentralisés. Leur création ne nécessite ni autorisation préalable ni validation par une autorité centrale. Une fois lancés sur des plateformes comme X (ex-Twitter), ces tokens circulent librement, leur valeur dépendant uniquement de l’engouement des traders. Dans le cas de Jesús de Miguel, attaquant espagnol du CD Tenerife décédé à 30 ans, des captures d’écran partagées sur X montrent l’utilisation de son nom et de son image pour promouvoir ces actifs. Aucune plateforme ou régulateur n’intervient a priori pour empêcher cette exploitation, faute de cadre juridique clair.
Qui en bénéficie et selon quelles règles ?
Les créateurs de ces memecoins, souvent anonymes, tirent profit de l’effet de surprise et de l’émotion suscitée par la disparition récente de Jesús de Miguel. Leur gain provient de la spéculation : ils vendent une partie des tokens dès leur émission à un prix élevé, avant que leur valeur ne chute généralement après quelques jours. Les traders, quant à eux, espèrent réaliser une plus-value rapide, tandis que les plateformes comme X ou les exchanges (Binance, Coinbase) perçoivent des commissions sur les transactions. Aucun mécanisme ne garantit que les fonds collectés soient reversés à une fondation ou à la famille du défunt, bien que certaines initiatives caritatives aient émergé spontanément après des scandales similaires.
Un phénomène déjà observé, mais sans sanction
Cette pratique n’est pas nouvelle. À chaque fois, les réactions avaient été vives sur les réseaux sociaux, mais aucune action juridique n’avait été engagée, faute de texte précis criminalisant cette exploitation posthume. Les plateformes se contentent généralement de supprimer les contenus signalés comme offensants, sans remonter systématiquement aux créateurs.
Les conséquences pour les proches et l'image des cryptomonnaies
Pour la famille de Jesús de Miguel, comme pour celles d’autres défunts instrumentalisés, cette exploitation représente une atteinte supplémentaire à leur deuil. Aucune loi ne leur permet aujourd’hui de demander la suppression de ces tokens ou de réclamer des dommages et intérêts, sauf à prouver une utilisation malveillante ou diffamatoire. Sur le plan plus large, ces pratiques nuisent à la crédibilité des cryptomonnaies, déjà fragilisée par leur association fréquente à des schémas spéculatifs ou frauduleux. Les détracteurs du secteur y voient une illustration de son manque de régulation, tandis que ses défenseurs soulignent que ces abus relèvent davantage de la culture internet que du fonctionnement technique des blockchains.
Quelles solutions pour encadrer ces dérives ?
Plusieurs pistes sont évoquées pour limiter ces abus. Une première consiste à renforcer la modération des plateformes, en leur imposant de vérifier l’origine des images et des noms utilisés pour créer des tokens. Enfin, des initiatives privées, comme la création de registres de noms protégés par des ayants droit, pourraient émerger, mais leur efficacité dépendrait de l’adhésion des acteurs du secteur. À ce stade, aucune solution n’apparaît suffisamment contraignante pour mettre fin à ces pratiques.
Un débat qui dépasse le cas individuel
L’affaire des memecoins de Jesús de Miguel révèle les tensions entre liberté d’expression, innovation technologique et respect des personnes. Si les cryptomonnaies offrent des opportunités en matière de financement participatif ou de transparence, leur usage spéculatif et parfois irresponsable interroge sur la nécessité d’un cadre éthique. La question n’est pas seulement juridique, mais aussi sociétale : jusqu’où peut-on aller dans l’exploitation commerciale d’une image, même après la mort de son porteur ? Pour l’instant, la réponse reste entre les mains des traders, des plateformes… et des législateurs, qui n’ont pas encore tranché.
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