Depuis janvier, les saisies de médicaments amaigrissants explosent en Belgique

Les autorités belges multiplient les saisies de traitements non autorisés à base d’analogues du GLP-1, vendus illégalement sur internet. Un phénomène qui interroge sur l’accès aux soins et les dérives du marché parallèle. Les risques sanitaires restent mal évalués.

Publié le 24 octobre 2026 à 20:06
Depuis janvier, les saisies de médicaments amaigrissants explosent en Belgique

Un phénomène en croissance depuis 2024

La Belgique n’est pas le premier pays à constater l’essor des médicaments amaigrissants détournés de leur usage initial. Dès 2024, les États-Unis et plusieurs pays européens avaient signalé une hausse des prescriptions hors AMM (autorisation de mise sur le marché) de molécules comme la sémaglutide ou la liraglutide, initialement conçues pour réguler la glycémie. Ces substances, appartenant à la famille des analogues du GLP-1 (glucagon-like peptide-1), stimulent la satiété et réduisent l’appétit, un effet secondaire qui a rapidement attiré l’attention des personnes en surpoids ou souffrant d’obésité. En France, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) avait déjà alerté en 2025 sur la prolifération de ces traitements, prescrits ou vendus sans garantie de qualité ou de traçabilité. La Belgique suit désormais cette tendance, avec une ampleur qui interroge.

5 185 unités saisies en neuf mois : un record

Ces saisies concernent aussi bien des comprimés que des solutions injectables, souvent présentés comme des alternatives aux traitements approuvés. Le mécanisme de contrôle repose sur les signalements des pharmacies, des douanes et des plateformes en ligne, mais aussi sur les alertes des patients ou des professionnels de santé. Une fois saisi, un lot est analysé pour vérifier sa conformité : composition, dosage, présence d’additifs non déclarés ou de substances actives non autorisées.

Le coût de ces saisies pèse sur le budget de l’AFMPS, dont les moyens dépendent des crédits votés par le gouvernement fédéral. Pourtant, le marché reste difficile à endiguer : les vendeurs frauduleux exploitent des failles juridiques, notamment l’absence de coordination européenne stricte sur les sanctions pénales.

Pourquoi ce marché parallèle prospère-t-il ?

Plusieurs facteurs expliquent la demande persistante pour ces médicaments non régulés. Les délais pour obtenir une ordonnance peuvent être longs, poussant certains à se tourner vers des alternatives plus accessibles, même illégales. Les versions génériques ou les copies non autorisées proposent des prix divisés par deux ou trois, attirant une clientèle large.

Enfin, l’influence des réseaux sociaux joue un rôle clé dans la promotion de ces produits. Des influenceurs ou des groupes dédiés partagent des témoignages sur l’efficacité supposée de ces molécules, sans mentionner les risques. Les plateformes comme Instagram ou TikTok permettent aux vendeurs de cibler directement des milliers d’utilisateurs, avec des publicités contournant les régulations publicitaires sanitaires.

Les arguments en faveur d’un durcissement des contrôles

Les défenseurs d’un renforcement des sanctions et des contrôles avancent plusieurs arguments. Premièrement, le risque sanitaire : les médicaments saisis peuvent contenir des doses incorrectes de principe actif, des impuretés ou des substances non déclarées, comme des corticoïdes ou des diurétiques. Deuxièmement, l’inégalité d’accès aux soins : les personnes sans ordonnance ou sans moyens financiers se retrouvent exclues d’un traitement potentiellement bénéfique pour leur santé, tandis que le marché parallèle creuse les écarts de qualité. Enfin, l’impact sur les laboratoires pharmaceutiques légitimes, qui voient leurs ventes légales concurrencées par des produits non régulés, sans garantie de sécurité ni de suivi médical.

Les objections et limites d’une répression accrue

À l’inverse, certains estiment qu’une approche purement répressive pourrait se révéler contre-productive. D’abord, le problème de fond, l’obésité et ses complications, n’est pas résolu par des saisies massives. Les associations de patients soulignent que les listes d’attente pour les consultations spécialisées ou les remboursements partiels des traitements officiels restent un obstacle majeur. Ensuite, la criminalisation des acheteurs pourrait dissuader les personnes concernées de consulter un médecin par crainte de poursuites, les poussant à recourir à des méthodes encore plus dangereuses (automédication, achats en ligne non déclarés). Enfin, les moyens limités des agences sanitaires : l’AFMPS dépend des collaborations internationales pour traquer les sites frauduleux, mais ces derniers évoluent rapidement, utilisant des serveurs offshore ou des noms de domaine éphémères.

Ce qui reste à établir

Plusieurs questions cruciales ne trouvent pas encore de réponse claire. Les données manquent pour évaluer si ces opérations réduisent effectivement la consommation de produits frauduleux, ou si elles se heurtent à un flux ininterrompu. Deuxièmement, le rôle des plateformes numériques : bien que certaines (comme Meta ou TikTok) aient renforcé leurs modérations, leur coopération avec les autorités sanitaires reste inégale. Troisièmement, les alternatives concrètes : comment concilier l’accès aux traitements pour les patients éligibles et la lutte contre les dérives ? Enfin, l’absence de données épidémiologiques : combien de patients belges ont été exposés à des produits non conformes ? Quels ont été les effets secondaires rapportés ? Sans ces informations, les risques réels pour la santé publique restent difficiles à quantifier.

Vérifier et agir concrètement

Pour les patients, la première mesure reste la prudence : tout achat de médicament en ligne, même à prix réduit, expose à des risques sanitaires. En cas de doute sur un traitement, l’AFMPS propose un formulaire de signalement sur son site officiel. Les professionnels de santé peuvent, quant à eux, alerter les autorités via le système national de pharmacovigilance. Enfin, les citoyens peuvent contribuer à la surveillance en dénonçant les sites suspects auprès des plateformes de signalement dédiées, comme Signal Spam ou Médicaments Contrefaits.

Les autorités belges et européennes devront arbitrer entre répression et régulation : une approche purement punitive risque d’aggraver les inégalités, tandis qu’un assouplissement des règles pourrait ouvrir la voie à de nouvelles dérives. La question centrale reste celle de l’équilibre : comment garantir un accès sécurisé aux soins, sans laisser prospérer un marché où la santé devient une marchandise ?

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R Galaxie Rédaction

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