Le 15 mars 2024, le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a annoncé la nomination de Jean Pellerin comme ministre de l’Environnement. Trois-Rivières, sa circonscription, a soudainement un poids politique qu’elle n’avait pas avant. Et ça change tout, ou presque.
Pellerin, c’est l’homme des compromis. Député depuis 2018, il a toujours su naviguer entre les attentes de son électorat et les réalités industrielles de la Mauricie. Une région où les usines tournent à plein régime, où les emplois dépendent souvent des subventions et des dérogations environnementales. En 2022, la Mauricie représentait 12 % des émissions industrielles du Québec (source : Rapport sur les gaz à effet de serre du MDDELCC). Un chiffre qui pèse lourd quand on parle de transition écologique. Sauf que Pellerin, lui, a voté contre la loi sur la réduction des émissions industrielles en 2021. Un détail ? Pas vraiment.
Un ministre pour calmer les tensions industrielles
La Mauricie, c’est la chimie, le papier, l’aluminium. Des secteurs qui consomment, qui polluent, et qui emploient. Le gouvernement a un problème : comment faire baisser les émissions sans faire fermer les usines ? La réponse, peut-être, c’est Pellerin. Un homme du terrain, qui connaît les usines, leurs lobbies, leurs arguments. Un ministre qui parle le langage des patrons avant de parler celui des écologistes.
Mais attention : ce n’est pas qu’une question de lobbying. La Mauricie a aussi ses écologistes. Des groupes comme Équiterre ou Greenpeace Québec pointent du doigt les retards dans la dépollution des sols industriels, notamment autour de Trois-Rivières. En 2023, une étude de l’INSPQ révélait que 30 % des sols urbains de la région contenaient des niveaux préoccupants de métaux lourds. Personne ne veut en parler ouvertement, mais tout le monde sait que les usines ont souvent eu le dernier mot.
Pellerin devra trancher. Entre les emplois et la santé publique, qui va gagner ? Pour l’instant, son profil suggère qu’il penchera du côté des usines. Sauf si le gouvernement lui impose une ligne dure. Mais est-ce que Plamondon en a vraiment les moyens politiques ?
Un ministère sous pression, un ministre sans expérience
L’Environnement, ce n’est pas un portefeuille comme les autres. Ça veut dire des conflits permanents avec les municipalités, les industriels, même parfois les autres ministres. Pellerin arrive avec un CV léger sur le dossier : quelques votes, quelques discours, mais aucune loi majeure à son actif. Son atout ? Il connaît les dossiers locaux. Son point faible ? Il n’a jamais eu à dire non à une usine.
Prenez l’exemple de Rio Tinto Alcan, à Saguenay. L’entreprise a obtenu des dérogations pour ses émissions de CO₂ en 2022, malgré les promesses gouvernementales de réduction. Si Pellerin avait été ministre à l’époque, aurait-il bloqué ces dérogations ? Personne ne le sait. Ce qu’on sait, c’est qu’il n’a jamais eu à le faire.
La Mauricie, laboratoire de la transition (ou de son échec ?)
La nomination de Pellerin, c’est aussi un signal envoyé aux autres régions industrielles du Québec. Si la Mauricie peut avoir son ministre, pourquoi pas l’Abitibi, le Saguenay, ou même Montréal ? Le gouvernement joue la carte du localisme, mais est-ce que ça marche vraiment ?
Le vrai test, ce sera les prochaines années. Si Pellerin arrive à concilier emplois et environnement, la Mauricie pourrait devenir un modèle. S’il cède trop aux pressions industrielles, il deviendra le symbole de l’échec de la transition écologique.
Un détail qui en dit long : dans son discours de nomination, Pellerin a promis de *