Un bilan contrasté pour les ambitions marocaines de l'hydrogène vert
Le Maroc a identifié huit sites dédiés à la production d’hydrogène vert, impliquant des partenaires industriels majeurs, mais aucun de ces projets n’a encore été lancé.
Qui porte ces projets et selon quelles règles ?
Les initiatives marocaines s’appuient sur des accords avec des acteurs internationaux, comme les noms de code Chbika 1, White Dunes ou Ornx l’indiquent. Ces désignations suggèrent une collaboration entre des promoteurs locaux et des groupes étrangers, bien que les détails des contrats restent peu accessibles au public. Le Maroc a réservé des terrains spécifiques pour ces installations, mais la propriété des sites et les modalités de leur exploitation ne sont pas précisées.
La décision de lancer un projet dépendrait de critères techniques, économiques et réglementaires. Parmi eux, la capacité à sécuriser des financements stables, à obtenir les autorisations administratives et à garantir une demande suffisante sur les marchés européens ou africains. Or, aucun calendrier contraignant n’a été rendu public, ce qui laisse planer une incertitude sur les priorités.
Qui finance et qui en tire profit ?
Les coûts initiaux de ces infrastructures sont estimés à plusieurs milliards d’euros, selon les standards internationaux de production d’hydrogène vert. Les partenaires privés, souvent des énergéticiens ou des fonds d’investissement, devraient couvrir une partie de ces dépenses, tandis que des subventions publiques ou des mécanismes de soutien européen pourraient compléter le financement. Cependant, aucun détail sur les montants engagés ou les bénéficiaires directs n’est disponible.
Pour les populations locales, les retombées économiques restent hypothétiques. Les emplois créés seraient principalement liés à la construction et à la maintenance des sites, mais leur nombre et leur localisation précise ne sont pas connus. À l’inverse, les risques environnementaux, comme la consommation d’eau ou l’impact sur les écosystèmes, n’ont pas fait l’objet d’une évaluation publique détaillée.
Les freins concrets à la réalisation des projets
Plusieurs obstacles pourraient expliquer le retard. D’abord, la volatilité des prix de l’électricité, essentielle pour la production d’hydrogène vert, rend les modèles économiques incertains. Enfin, les procédures administratives marocaines, bien que simplifiées ces dernières années, pourraient ralentir les démarches pour les projets les plus ambitieux.
Un autre facteur, moins visible, est la concurrence entre les pays méditerranéens pour attirer les investisseurs. L’Espagne, la Grèce ou le Portugal ont également lancé des appels d’offres pour des projets similaires, ce qui pourrait disperser les ressources et les attentions.
Quels sont les précédents et les comparaisons possibles ?
Le Maroc n’est pas le premier pays à peiner à concrétiser des projets d’hydrogène vert malgré des annonces médiatisées. Cependant, ces pays ont finalement démarré des phases pilotes, ce qui n’est pas encore le cas au Maroc.
Une différence notable réside dans le cadre réglementaire. L’Union européenne a adopté des normes strictes pour certifier l’hydrogène vert, ce qui pourrait accélérer les projets une fois les critères remplis. Le Maroc, bien que partenaire privilégié de l’UE, doit encore aligner ses propres règles sur ces exigences pour bénéficier pleinement des financements européens.
Les questions qui persistent sans réponse claire
Pourquoi aucun des huit projets n’a-t-il encore démarré, alors que les terrains sont réservés et les partenariats annoncés ? Les autorités marocaines n’ont pas communiqué de calendrier précis, ni expliqué les priorités entre ces initiatives. Sans transparence sur les critères de sélection ou les avancées techniques, il est difficile d’évaluer si le retard est temporaire ou structurel.
Une réponse exigeante serait l’ouverture des dossiers des projets par les promoteurs, ainsi qu’une évaluation indépendante des freins identifiés. À défaut, le risque est de voir ces ambitions se heurter à des réalités économiques ou politiques plus complexes que prévu.
Et après ? Les scénarios possibles pour la filière
Trois évolutions sont envisageables. Ensuite, un recentrage sur quelques sites seulement, en fonction de leur viabilité économique. Enfin, un report indéfini, avec un risque de désengagement des investisseurs si les délais s’allongent.
Ce qui manquerait pour trancher serait une feuille de route publique, détaillant les étapes restantes et les responsabilités de chaque acteur. Sans cela, l’hydrogène vert marocain restera un objectif en attente de concrétisation.