1,2 milliard $ pour les océans, mais les lobbies sourient encore

L’ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre annonce un plan pharaonique pour les océans. Sur le papier, c’est une victoire. Dans les coulisses, les vieux réflexes persistent. Voici ce qui cloche, et pourquoi ça ne suffira pas.

Publié le 30 septembre 2026 à 14:02
1,2 milliard $ pour les océans, mais les lobbies sourient encore

L’argent ne suffit pas quand les lois sont pourries

Le vrai problème, c’est que l’argent ne change rien si les cadres légaux restent les mêmes. Prenez la pêche illégale. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), elle représente entre 11 et 26 millions de tonnes de poissons par an, soit 15 à 30 % des prises mondiales. Ces chiffres ? Ils datent de 2019. Depuis, les gouvernements ont fait semblant d’agir. En Europe, la Politique commune de la pêche (PCP) est censée réguler les quotas, mais les États membres trichent en masse : quotas non respectés, déclarations falsifiées, pêche fantôme dans les eaux internationales. Résultat : les stocks de poissons s’effondrent, et les communautés côtières, surtout dans le Sud global, paient la note.

Le fonds de Carney pourrait aider à financer des patrouilles côtières ou des technologies de traçabilité. Mais sans sanctions réelles contre les flottes illégales, et sans que les États ne lâchent leurs subventions aux pêcheurs industriels, l’argent ira droit dans le sable. Un exemple ? Le Thaïlande, où les autorités ont sabordé des bateaux de pêche illégale pour faire bonne figure… avant de les réinscrire sous de faux pavillons. La corruption et l’impunité gagnent toujours.

Et les autochtones dans tout ça ?

Carney insiste sur leur rôle central. C’est une première, et c’est à la fois une avancée et un leurre. Les peuples autochtones gèrent 80 % de la biodiversité terrestre et marine (chiffre de l’Union internationale pour la conservation de la nature, UICN), mais ils ne possèdent que 10 % des terres. Le fonds pourrait leur donner des moyens pour revendiquer leurs droits coutumiers sur les zones côtières. Problème : les gouvernements et les entreprises ne veulent pas lâcher le contrôle. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, des communautés ont tenté de bloquer des projets miniers près des récifs. Résultat ? Menaces, intimidations, et parfois assassinats (comme celui du militant Jimmy Muring, tué en 2020 pour avoir protesté contre une mine d’or).

Le fonds de Carney pourrait financer des avocats et des études juridiques pour ces communautés. Mais sans pression politique internationale pour faire respecter leurs droits, ça restera du social washing.

Le vrai combat : qui décide ?

Voilà le nœud. Les 1,2 milliards ne sont qu’un outil. Ce qui compte, c’est qui les contrôle. Si les décisions restent entre les mains des mêmes banques, fonds souverains et gouvernements corrompus, l’argent servira à verdir l’exploitation, pas à la stopper.

Prenez le cas des énergies renouvelables en mer. Les éoliennes offshore se multiplient, présentées comme une solution verte. Sauf que les câbles sous-marins et les fondations détruisent les fonds marins, et que les parcs éoliens chassent les mammifères marins (baleines, dauphins). Personne n’en parle, parce que l’industrie a déjà ses lobbyistes. Le fonds de Carney pourrait-il financer des études indépendantes sur ces impacts ? Ou va-t-il encore une fois soutenir des projets sous couvert d’écologie ?

La question qui tue : est-ce que 1,2 milliard suffisent à rééquilibrer le pouvoir ? Non. Est-ce que ça peut casser la dynamique actuelle ? Peut-être, si trois conditions sont remplies :

  1. Les États arrêtent de subventionner la pêche industrielle (aujourd’hui, 22 milliards de dollars par an sont versés en aides directes ou indirectes, selon la FAO). Sans ça, les petits pêcheurs et les autochtones n’auront jamais le dessus.

  2. Les fonds sont gérés par des instances indépendantes, avec des mécanismes de transparence réels (pas des rapports annuels qui finissent dans un tiroir).

  3. Les communautés autochtones obtiennent des droits juridiques contraignants sur leurs territoires, avec des sanctions contre ceux qui les violent. Aujourd’hui, seulement 10 % des États ont ratifié l’Accord de l’ONU sur les droits des peuples autochtones (adopté en 2007). Le reste ? Du vent.

Ce qui se joue derrière l’annonce

Derrière le discours vert de Carney, il y a une guerre économique. Les océans valent 24 000 milliards de dollars par an (chiffre de la Banque mondiale, 2015). 24 000 milliards. Pêche, tourisme, biotechnologies, mines sous-marines… Tout le monde veut sa part du gâteau. Les 1,2 milliards ne sont qu’une goutte d’eau. Mais c’est la première fois qu’un ancien haut responsable financier admet publiquement que le modèle actuel est mort.

Le vrai défi ? Faire en sorte que l’argent ne serve pas à reporter l’effondrement, mais à le stopper.

Pour l’instant, les lobbies ont 10 ans d’avance. Et ils ne comptent pas lâcher leur butin sans se battre.

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R Galaxie Rédaction

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