Une jeune fille qui n’a jamais défilé, mais dont la pancarte fait le tour du monde
Sa photo circule depuis des semaines. Une lycéenne, visage déterminé, pancarte à la main, écrite à la main, bourrée de fautes. « Les manifesations sont un droit, pas une obligation. » Le genre de phrase qui claque, qui résume à elle seule l’esprit contestataire. Sauf que cette jeune fille n’a jamais participé à aucune manif. Sa photo ? Un montage. Sa pancarte ? Inventée. Et pourtant, son image a été reprise par des élus, des syndicats, des médias. Personne n’a vérifié.
Pourtant, les outils pour détecter ces manipulations existent. Mais on s’en fiche. Pourquoi ? Parce que l’émotion prime sur la vérification. Parce que l’image truquée colle à une narrative. Parce que, au fond, ça arrange tout le monde.
Un chiffre pour commencer. Selon une étude de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), 68 % des contenus partagés sur les réseaux pendant les manifestations d’octobre contenaient des éléments retouchés ou générés par IA. 68 %. Pas des rumeurs, pas des exagérations : des images fabriquées. Et personne ne s’en soucie vraiment.
La Panthère rose et le camion de CRS : quand l’absurde devient politique
Voilà l’autre star des réseaux. Une panthère rose, souriante, qui marche devant un camion de CRS. « Solidarité avec les manifestants », lit-on sur son t-shirt. Sauf que la panthère n’existe pas. C’est une création de MidJourney, un logiciel d’IA. Pourtant, cette image a été reprise par des comptes militants, des syndicats, même des élus locaux. Pourquoi ? Parce que c’est joli. Parce que ça fait révolutionnaire. Parce que ça ne choque pas.
Mais le pire, c’est que ces images ne servent même plus à tromper. Elles servent à décourager. À faire croire que les manifestations sont un cirque, un spectacle, une parodie. Que tout est faux. Que personne ne peut plus faire confiance à rien.
Un exemple concret. Le 17 octobre dernier, un compte Twitter très suivi (@ManifsVraies) a partagé une photo d’une personne âgée, nue, ligotée, avec un masque à gaz sur le visage. « Regardez ce que font les CRS », pouvait-on lire. Sauf que cette personne n’existait pas. Son visage avait été généré par IA. Pourtant, le tweet a été retweeté plus de 12 000 fois en moins de 24 heures. Personne n’a cherché à vérifier.
Les relais complaisants : élus, syndicats, médias
Alors qui relaye ces images sans sourciller ?
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Les élus. Certains maires, députés, ont partagé ces photos sans se poser de questions. Parce que ça fait militant. Parce que ça fait engagé. Peu importe si c’est vrai ou faux.
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Les syndicats. La CGT, Solidaires, ont parfois repris ces images sans vérification. Parce que ça renforce leur discours. Parce que ça montre qu’ils sont du côté du peuple. Même si le peuple en question n’existe pas.
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Les médias. Certains journaux en ligne, des influenceurs, ont publié ces photos sans fact-check. Parce que ça fait clic. Parce que ça fait audience. Peu importe la réalité.
Un nom propre pour illustrer. Le compte @PoliceNationale, officiel, a partagé une vidéo où des CRS étaient montrés en train de « frapper des manifestants ». Sauf que la vidéo était un montage. Un faux. Pourtant, elle a été vue plus de 500 000 fois avant d’être supprimée. Trop tard.
Pourquoi personne ne réagit ?
Parce que ça ne dérange personne.
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Les algorithmes favorisent les contenus émotionnels, même faux. Une image choquante, même inventée, aura plus de portée qu’une photo vérifiée mais terne.
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La défiance généralisée : si tout le monde ment, alors pourquoi vérifier ? Autant s’en remettre à l’instinct, à la première émotion.
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L’urgence de l’instant : pendant une manif, on n’a pas le temps de fact-checker. Il faut réagir maintenant. Même si c’est faux.
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L’absence de sanctions : personne n’est poursuivi pour avoir relayé une fake news. Alors pourquoi se gêner ?
Un détail qui en dit long. Le 22 octobre, un compte anonyme (@IA_Manifs) a avoué avoir généré des dizaines d’images pour « dénoncer la répression ». « Personne ne vérifie, alors autant en profiter », a-t-il écrit. Personne ne l’a dénoncé. Personne ne l’a sanctionné. Personne ne s’en est offusqué.
Ce que ça signifie pour demain
Si on ne fait rien, les manifestations de demain seront encore plus truquées.
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Les images de violence seront inventées pour justifier la répression.
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Les visages des manifestants seront générés pour les discréditer.
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Les pancartes seront fabriquées pour ridiculiser le mouvement.
Et le pire ? Personne ne s’en apercevra. Parce qu’on aura l’habitude. Parce qu’on aura arrêté de vérifier.
Un rapport de l’ONU (2023) sur la désinformation lors des mouvements sociaux alertait déjà : « Sans mécanismes de vérification renforcés, les prochaines révoltes seront les plus manipulées de l’histoire. » On y est.
La solution ? Vérifier. Toujours.
Pas besoin de outils high-tech. Juste un peu de bon sens.
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Croiser les sources. Une image vient d’un compte anonyme ? Méfiance.
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Chercher les incohérences. Une pancarte avec trois fautes d’orthographe ? Vérifiez.
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Demander des preuves. Un élu ou un syndicat partage une vidéo ? Exigez le lien original.
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Signaler les faux. Si vous voyez une image truquée, prévenez. Même si ça semble inutile.
Un dernier exemple. Le 25 octobre, une photo d’un enfant blessé lors d’une charge a fait le tour des réseaux. Sauf que l’enfant n’avait jamais été blessé. C’était un montage. Pourtant, des milliers de personnes ont partagé cette image en signe de soutien. Personne n’a vérifié.
Alors oui, c’est chiant. Oui, c’est long. Oui, ça demande de l’énergie.
Mais si on ne le fait pas, c’est nous qui perdrons. Parce que demain, ce ne seront plus seulement des pancartes avec des fautes ou des panthères roses qui circuleront. Ce seront des images de violence. Des accusations. Des mensonges qui feront des morts.
Et personne ne pourra dire qu’on ne vous avait pas prévenus.