Le jour où la France a brûlé ses supermarchés sans y penser vraiment
Samedi, à Marseille, un magasin Lidl a pris feu. Pas un incendie criminel, non : une émeute. Des centaines de manifestants ont envahi les rayons, cassé les vitrines, et quand les forces de l’ordre sont arrivées, les étagères étaient vides. Pas de vol organisé, pas de butin. Juste une rage qui se consume sans objectif clair. À Lyon, c’était pire : des voitures brûlées devant Carrefour, des camions de livraison retournés, et des sacs de courses déchirés traînant sur les trottoirs comme des drapeaux blancs. À Paris, près de 300 interpellations en une journée, selon le ministère de l’Intérieur. Mais le chiffre qui claque, c’est celui-là : 68 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a baissé en 2023, selon l’INSEE. Sauf que personne ne semble savoir pourquoi ça explose maintenant.
Pourtant, la réponse est sous vos yeux. Les prix à la consommation ont grimpé de 5,2 % sur un an en mars 2024, selon Eurostat. Le gaz, l’électricité, l’essence, tout a augmenté. Mais ce qui fait vraiment mal, c’est ce que vous ne voyez pas : les marges des supermarchés. Carrefour, Leclerc, Intermarché, ils ont tous affiché des bénéfices records en 2023. Carrefour seul a réalisé 1,2 milliard d’euros de profit l’an dernier. Pendant ce temps, les salaires stagnaient. Alors oui, les manifestants cassent des vitrines. Mais ce qu’ils ne cassent pas, ce sont les comptes en banque des actionnaires.
Pourquoi les prix montent mĂŞme quand vous arrĂŞtez de manger
Vous avez réduit vos dépenses ? Tant mieux. Les prix continuent de monter. Pourquoi ? Parce que le vrai problème, ce n’est pas votre frigo. C’est l’inflation importée. Le pétrole à 90 dollars le baril (contre 60 il y a un an), le blé à 250 euros la tonne après la guerre en Ukraine, et maintenant l’électricité, dont le prix reste 30 % plus cher qu’en 2021, malgré les aides de l’État. EDF a prévenu : les factures vont encore augmenter de 10 % en 2024. Vous vous dites : « Mais je ne prends pas l’avion, je ne mange pas de steak tous les jours ! » Justement. Le problème, c’est que personne ne contrôle plus rien. Les États-Unis relèvent leurs taux, la Chine étouffe, et l’Europe ? Elle regarde ses pieds.
Prenez TotalEnergies. L’entreprise a annoncé un bénéfice net de 16,9 milliards d’euros en 2023. 16,9 milliards. Pendant ce temps, Engie (ex-GDF Suez) a mis ses actionnaires à l’abri avec un dividende de 1,5 milliard. Les énergéticiens se portent comme des charrettes. Les consommateurs ? Ils serrent la ceinture. La CSPE (la taxe sur l’électricité) a rapporté 4,5 milliards en 2023. Qui en a profité ? Pas vous. Elle finance les énergies renouvelables, mais aussi… les subventions aux grandes industries. Résultat : vous payez pour que d’autres gagnent.
Le moment où la colère devient un business
À Marseille, les émeutes ont duré trois jours. Trois jours où les commerces de centre-ville ont fermé. Trois jours où les livreurs Uber Eats ont refusé d’aller en zone rouge. Trois jours où les assurances vont déjà calculer les dégâts. Parce que c’est ça, le vrai cercle vicieux : la violence coûte cher à ceux qui n’y sont pour rien. Les petits commerçants, les artisans, les livreurs, eux, ils trinquent. Pas les géants.
Pourtant, il y a une scène qui résume tout. À Lyon, un manifestant a volé une caisse de bière à 20 euros. Pourquoi ? Parce que c’était « moins cher que l’eau ». Sauf que cette bière, elle vient de Heineken, un groupe néerlandais qui a réalisé 8,5 milliards de bénéfices en 2023. 8,5 milliards. Pendant que vous, vous choisissez entre payer votre loyer ou votre facture d’électricité.
Alors oui, les gens manifestent. Ils cassent, ils brûlent, ils hurlent. Mais ce qui est le plus triste, c’est qu’ils savent très bien que ça ne changera rien. Parce que le système est verrouillé. Les prix montent, les salaires stagnent, et les profits des multinationales explosent. La colère, c’est tout ce qui reste.