Un Libretto 50 traîne à Akihabara pour 140 euros, et ça pose une question

Le Toshiba Libretto 50, ordinateur de luxe à 10 000 dollars en 1997, se vend aujourd’hui à moins de 150 euros. Derrière ce prix dérisoire, une logique économique qui parle des objets, du temps, et de ce qu’on jette sans regarder. Voici pourquoi ce PC est à la fois un symbole et un casse-tête.

Publié le 11 octobre 2026 à 06:09
Un Libretto 50 traîne à Akihabara pour 140 euros, et ça pose une question

Un type fouille dans une boutique d’Akihabara. Pas pour un jeu rétro ou un gadget kitsch, mais pour un Toshiba Libretto 50. Un boîtier noir, compact, avec un écran de 7,5 pouces et un clavier minuscule. Sorti en 1997, ce PC coûtait alors l’équivalent de 10 000 dollars aujourd’hui. Là, dans une vitrine poussiéreuse, il est affiché à 140 euros. Soit dix fois moins que son prix de lancement, ajusté de l’inflation. Même pas de quoi s’offrir un bon repas à Tokyo pour deux. Alors pourquoi ce bijou technologique, objet de désir à sa sortie, finit-il comme un reste de stock invendu, oublié au milieu des figurines de Gundam et des cartes Pokémon à collectionner ?

Un prix qui n’a plus de sens

Le Libretto 50 était un produit phare de Toshiba. Pas un simple portable, mais un accessoire de luxe. À l’époque, les PDG japonais en faisaient cadeau à leurs clients VIP. Microsoft le citait en exemple pour Windows 95. Pourtant, aujourd’hui, personne ne le veut. Pas les collectionneurs, pas les brocanteurs, pas même les nostalgiques des années 90. Pourquoi ? Parce que cet objet a perdu sa raison d’être.

D’abord, il est trop petit. Trop limitrophe. Son écran de 7,5 pouces, révolutionnaire en 1997, est aujourd’hui un calvaire pour naviguer sur un site web, rédiger un mail, ou même regarder une vidéo YouTube sans loupe. Ensuite, il est trop lent. Sous Windows 95, il tournait comme un escargot sur du goudron. Aujourd’hui, même un Raspberry Pi le surpasse. Enfin, il est trop cher pour ce qu’il vaut. 140 euros, c’est le prix d’un casque audio bas de gamme. Mais ce casque, vous pourrez vous en servir. Le Libretto 50, non.

Le problème n’est pas le prix, mais l’usage

Le vrai scandale, c’est que ce PC était trop en avance. Pas technologiquement, il était à la traîne sur le processeur et la mémoire, mais conceptuellement. Toshiba avait parié sur un marché qui n’existait pas encore : celui des ultraportables ultra-légers, avant que les écrans ne deviennent rétinaux, avant que les batteries ne tiennent une journée, avant que le cloud ne rende obsolètes les disques durs de 1 Go. Le Libretto 50 était un produit sans futur.

Pourtant, à l’époque, il se vendait comme des petits pains. Parce que les entreprises japonaises en achetaient pour leurs cadres. Parce que les designers adoraient son design clamshell (comme un téléphone portable, mais en plus lourd). Parce que Microsoft en faisait la vitrine de Windows 95. Mais aujourd’hui ? Personne n’a besoin d’un PC qui tient dans une poche pour bosser. Les tablettes ont pris le relais, puis les Chromebooks. Le Libretto 50 est devenu un fantôme technologique, un objet qui n’a plus d’usage, mais qui refuse de mourir.

Akihabara, cimetière des objets sans héritiers

Akihabara, c’est le temple du rétro. Des boutiques entières dédiées aux consoles des années 80, aux jeux abandonnés, aux accessoires oubliés. Pourtant, le Libretto 50 n’y trouve pas sa place. Pourquoi ? Parce qu’il n’est ni un objet de collection (trop commun), ni un outil fonctionnel (trop limité). Il est entre deux. Comme un vieux disque vinyle dans un monde de streaming, ou une machine à écrire dans un open-space. Un reliquat.

Et ça pose un problème plus large : que fait-on des objets qui ne servent plus, mais qu’on ne jette pas ?

Prenez les disques durs externes des années 2000. Aujourd’hui, ils traînent dans les greniers, inutilisables, mais trop encombrants pour être jetés. Ou les téléphones Nokia avec leur écran tactile résistif, des briques aujourd’hui, mais qu’on garde par nostalgie. Le Libretto 50, lui, n’a même pas cette excuse. Il n’est ni beau, ni rare, ni nostalgique. Juste inutile.

La leçon du Libretto 50 : le prix n’est pas un problème, c’est l’usage qui l’est

En 1997, Toshiba avait calculé. Le Libretto 50 coûtait cher, mais il se vendait bien. Aujourd’hui, il coûte presque rien, et personne ne l’achète. La différence ? En 25 ans, le monde a changé. Les attentes aussi. Un objet n’a de valeur que s’il remplit une fonction. Sinon, il devient un poids mort.

Le Libretto 50 est le miroir d’une époque où la technologie était un luxe, pas une évidence. Où un PC coûtait une fortune, mais où cette fortune se justifiait par son utilité. Aujourd’hui, un PC à 140 euros est une blague. Mais un Libretto 50 à 140 euros ? C’est juste un objet qui attend qu’on lui trouve une tombe.

Et si le vrai problème, c’était nous ?

On jette trop vite. On garde trop longtemps. On collectionne par réflexe, sans réfléchir. Le Libretto 50 n’est pas qu’un ordinateur. C’est le symbole d’une société qui a perdu le fil. Une société qui achète des objets parce qu’ils sont chers, pas parce qu’ils sont utiles. Une société qui jette des objets parce qu’ils sont inutiles, pas parce qu’ils sont mauvais.

Alors oui, ce PC à 140 euros est une aubaine. Mais derrière ce prix, il y a une question bien plus gênante : combien d’autres objets comme lui traînent-ils, quelque part, en attendant qu’on les enterre ?

*(Source : données d’inflation ajustées via la Banque du Japon, 2023. Le prix de lancement du Libretto 50 en 1997 était de 1 980 000 yens, soit environ 10 000 dollars actuels.)

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R Galaxie Rédaction

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