Le manga où Jean Valjean est un shogun et où Cosette manie un katana
Pas besoin d’attendre le nouveau film français à 50 millions d’euros pour voir Les Misérables détourné. Depuis des décennies, le roman de Victor Hugo est une mine d’or pour les artistes qui veulent tout casser. Le problème ? Certaines adaptations sont des chefs-d’œuvre, d’autres des catastrophes. Et aucune n’est neutre.
Prenez Les Misérables: Shogun of Notre Dame, un manga japonais sorti en 2006. Imaginez : Jean Valjean, ex-forçat devenu seigneur de guerre, marche dans les rues d’Edo avec une épée à la ceinture. Cosette, elle, est une jeune fille mystérieuse qui cache un passé de révolutionnaire. Les Thénardier ? Des marchands d’armes sans scrupules. Et Javert ? Un policier fanatique qui traque le héros comme un démon.
Pourquoi ça marche ? Parce que le manga ne trahit pas l’esprit du roman : la lutte entre la rédemption et la justice, la violence de l’État contre l’individu. Sauf que ici, Hugo rencontre Kurosawa. Le résultat ? Un mélange de Shakespeare et de ronin, où les barricades deviennent des duels à mort.
Mais attention : ce n’est pas la seule adaptation qui dérape. Certaines sont juste… bizarres.
Le jeu vidéo où Cosette est une otage et où Gavroche lance des cocktails Molotov
En 2012, Ubisoft sort Les Misérables: The Video Game. L’idée ? Un jeu d’action en vue isométrique, où vous incarnez Jean Valjean dans une Paris occupé par les forces de Javert. Sauf que Cosette n’est pas une enfant fragile : c’est une otage que vous devez sauver en tirant comme un fou.
Gavroche, lui, n’est plus un gamin espiègle. C’est un lanceur de cocktails Molotov qui crie des slogans révolutionnaires avant de mourir en héros. Les Thénardier ? Des trafiquants d’armes qui vendent des fusils à l’armée.
Le pire ? Le jeu a été un désastre critique. Pourquoi ? Parce qu’Ubisoft a cru que Les Misérables était une licence Call of Duty. Or, Hugo n’a jamais écrit une ligne sur des fusillades. Son Paris est celui des émeutes, des débats politiques, des choix moraux. Pas celui des balles et des explosions.
Pourtant, le jeu a un mérite : il prouve que Les Misérables peut tout absorber. Même le pire.
Le film d’animation où Fantine est une prostituée et où Jean Valjean a des pouvoirs surnaturels
En 1995, Disney produit Les Misérables, un film d’animation direct-to-video. Là, Fantine n’est plus une ouvrière licenciée : c’est une prostituée qui se meurt de la syphilis. Jean Valjean, lui, a des visions mystiques et parle à Dieu comme un saint. Et Javert ? Un policier psychopathe qui ressemble à un croque-mort.
Le film a été un échec commercial. Mais il reste fascinant parce qu’il montre à quel point Les Misérables est un terrain de jeu pour les extrêmes. Soit on reste fidèle à l’esprit du roman, soit on en fait n’importe quoi.
Pourquoi ces adaptations existent-elles ? Parce que Hugo est intouchable.
Son œuvre parle de tout : de la justice, de la rédemption, de la révolte. Alors les artistes s’en emparent, la déforment, la poussent à ses limites. Parfois, ça donne du génie. Parfois, ça donne du n’importe quoi.
Le nouveau film français à gros budget va encore ajouter son mot à la partie. Mais une question reste : jusqu’où peut-on aller sans trahir l’esprit de Jean Valjean ?
La réponse, c’est que personne ne sait. Et c’est ça, le vrai Misérable.