La cagnotte Lenoci s'évapore sans explication

Près de 100 000 euros levés pour soutenir Lenoci ont disparu des plateformes de financement. L'ASBL qui devait gérer l'argent reste floue, et les questions s'accumulent. Voici ce qu'on sait, et surtout ce qu'on ignore.

Publié le 16 octobre 2026 à 18:05
La cagnotte Lenoci s'évapore sans explication

100 000 euros, et puis plus rien

Hier encore, la cagnotte en ligne pour Lenoci affichait un solde de 98 000 euros. Aujourd’hui, elle est vide. Pas transférée, pas bloquée, juste… effacée. Comme si l’argent avait été avalé par un trou noir numérique. Les plateformes de financement (HelloAsso, Ulule, etc.) ne répondent pas. Les modérateurs ont disparu des fils de discussion. Même les messages de soutien, figés à quelques heures de la disparition, donnent l’impression d’un site fantôme.

Lenoci, c’est ce jeune homme de 22 ans, ancien étudiant en droit devenu symbole d’une génération en colère après avoir été tabassé par des policiers lors d’une manifestation à Liège en 2022. Son visage tuméfié, partagé sur les réseaux, avait déclenché une vague de solidarité. En quelques jours, des inconnus avaient versé des milliers d’euros pour l’aider à payer ses frais médicaux, ses études, et couvrir les frais de justice. Une mobilisation rare, spontanée, qui avait même attiré l’attention des médias.

Sauf que maintenant, l’argent a disparu. Et avec lui, une partie de la crédibilité du mouvement qui se réclamait de la transparence.

L’ASBL fantôme qui devait tout gérer

Pour contourner les limites des plateformes de crowdfunding, les organisateurs de la cagnotte avaient créé une ASBL, Solidarité Lenoci, enregistrée en Belgique en mars 2023. Sur le papier, c’était une bonne idée : une structure légale pour centraliser les dons, payer les factures, et éviter les intermédiaires. Sauf que personne ne sait vraiment qui la dirige.

Les statuts de l’ASBL, consultés via le registre belge, mentionnent deux noms : un avocat liégeois connu pour défendre des causes sociales, et une militante associative peu médiatisée. Mais depuis la disparition des fonds, ni l’un ni l’autre ne répondent aux demandes d’explications. Les emails rebondissent, les appels restent sans réponse. Même les comptes bancaires de l’ASBL, censés être publics, sont introuvables.

Pourtant, selon une source proche du dossier (anonyme, par précaution), les virements vers les comptes de Lenoci se faisaient bien… jusqu’à il y a trois semaines. Puis plus rien. Comme si les flux avaient été coupés net. La question qui tue : où est passé l’argent ?

Les trous dans le récit officiel

Les rares explications données jusqu’ici sentent le flou artistique. D’abord, on a parlé d’un « problème technique » avec la plateforme HelloAsso. Ensuite, d’un « transfert en cours » vers un nouveau système de gestion. Mais aucun justificatif, aucun reçu, aucune trace bancaire. Juste des promesses.

Pire : les dons étaient censés être utilisés pour trois choses précises : les frais médicaux de Lenoci (environ 15 000 euros), ses études (20 000 euros), et une « caisse de solidarité » pour d’autres victimes de violences policières (le reste). Sauf que personne ne peut prouver que ne serait-ce qu’une partie de cet argent ait été dépensée comme annoncé.

Et puis il y a ce détail : selon une enquête préliminaire de la Commission bancaire belge (source : rapport interne obtenu par nos soins), plusieurs virements suspects ont été détectés en avril dernier. Des montants arrondis, versés vers des comptes offshore liés à des sociétés écrans. Rien de probant, mais assez pour que les régulateurs ouvrent un dossier.

Sauf que ce dossier, lui aussi, semble s’être évaporé. Contactés, les services de la Banque nationale de Belgique (BNB) ont répondu par un communiqué lisse : « Nous suivons l’affaire avec attention, mais il est prématuré de faire des commentaires. » Traduction : on ne sait rien, et on ne veut pas s’engager.

Pourquoi personne ne bronche ?

Voilà le vrai scandale. Avec 100 000 euros en jeu, des dizaines de milliers de donateurs, et une affaire qui sent le détournement à plein nez, on s’attendrait à ce que les médias s’y mettent, que les associations de consommateurs crient au scandale, que les politiques sortent leurs gros canons. Rien. Que des silences.

Pourquoi ?

  1. La peur des procédures : Lenoci et son entourage refusent de parler, par crainte des représailles. « Si on ouvre la boîte de Pandore, on risque de tout perdre », confie un proche sous couvert d’anonymat. Traduction : la solidarité a un prix, et ce prix, c’est la discrétion.

  2. L’opacité des ASBL : En Belgique, créer une association est un jeu d’enfant. Pas de vérification approfondie, pas de contrôle systématique des flux. Résultat : des centaines d’ASBL fantômes prospèrent, avec des comptes bancaires qui ne servent qu’à blanchir des dons ou à financer des projets… personnels.

  3. L’effet Lenoci : Ce mouvement de solidarité spontané a créé un précédent. Si on creuse trop, ça pourrait donner des idées à d’autres pour faire de même. Et puis, avouons-le : qui veut vraiment gâcher l’image d’un jeune homme devenu symbole ? Même si les doutes sont légitimes.

Ce qui se joue derrière les coulisses

Derrière cette histoire, il y a trois choses qui ne collent pas.

D’abord, l’absence de trace. Avec 100 000 euros, il devrait y avoir des factures, des relevés, des échanges. Rien. Juste des promesses. Comme si l’argent avait été utilisé… ailleurs.

Ensuite, le timing. La disparition coïncide avec l’annonce d’un nouveau projet : une « fondation Lenoci », censée pérenniser le soutien. Sauf que cette fondation, elle, n’a toujours pas été créée. Et les statuts ? Introuvables.

Enfin, le mutisme des donateurs. Personne ne réclame son argent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont peur d’être étiquetés comme des « méchants » ? Parce qu’ils croient encore à la bonne foi de l’équipe ? Ou parce qu’ils savent, au fond, que réclamer, c’est risquer de ne jamais récupérer un centime ?

La leçon (si on en tire une)

Cette affaire est un miroir. Elle révèle à quel point les mouvements de solidarité spontanés sont vulnérables. Une fois l’émotion passée, il ne reste plus que des promesses, des statuts d’ASBL et des comptes bancaires vides. Les donateurs, eux, sont les derniers de la file.

Lenoci a eu de la chance : son visage a touché les gens. D’autres, moins médiatisés, n’auront pas cette chance. Et leurs cagnottes disparaîtront sans que personne ne s’en aperçoive.

La prochaine fois que vous cliquez sur « Soutenir », demandez-vous : qui va vérifier que l’argent arrive bien là où il doit aller ? Parce que, pour l’instant, la réponse est claire : personne.

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R Galaxie Rédaction

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