Les étudiants de Kisangani marchent, le gouverneur reste sourd

Samedi, des milliers d’étudiants de Kisangani défileront pour exiger des réponses. Mais depuis des mois, le gouverneur semble avoir une autre priorité : faire semblant d’écouter. Voici pourquoi cette marche pourrait bien être la dernière avant l’explosion.

Publié le 23 octobre 2026 à 10:09
Les étudiants de Kisangani marchent, le gouverneur reste sourd

Samedi, les étudiants de Kisangani vont encore taper sur les portes du pouvoir. En vain ?

Ce n’est pas la première fois. Depuis des semaines, les universités et écoles supérieures de la ville préparent une marche pacifique. Objectif : alerter sur la crise qui pourrit le quotidien des étudiants, transports en lambeaux, cantines vides, bourses gelées, et cette insécurité qui monte, qui monte. Pourtant, le gouverneur de Tshopo, Jean de Dieu Muabi, a déjà donné sa réponse. Ou plutôt, il ne l’a pas donnée. Pas vraiment.

En 2023, selon un rapport de l’UNESCO pour la RDC, 68 % des étudiants congolais quittaient leurs études pour des raisons financières. À Kisangani, le chiffre doit frôler les 80 %. Les chiffres, c’est bien. Les promesses, c’est mieux. Les actes ? On les attend toujours.

Pourquoi personne ne bronche ?

Parce que marcher à Kisangani, ça ne change rien. Ou si peu. Les étudiants défilent, le gouverneur sort un communiqué : « Nous entendons vos doléances ». Puis plus rien. Pas de suivi, pas de commission, pas de budget débloqué. Juste des mots en l’air. Le dernier défilé en date, en mars, avait réuni 15 000 personnes. Résultat ? Zero.

Et puis il y a l’autre crise, celle que personne n’ose nommer. Celle des milices qui s’installent en ville, celles des vols à main armée dans les campus, celles des professeurs qui disparaissent parce qu’ils ont osé réclamer leur salaire. L’université de Kisangani, c’est aussi un terrain de chasse pour ceux qui profitent du chaos.

Le gouverneur sait. Les recteurs savent. Les étudiants savent. Mais personne ne bouge.

Ce que la marche de samedi pourrait déclencher

Cette fois, quelque chose pourrait basculer. Pas à cause des slogans, ni des banderoles. Mais parce que les étudiants ne sont plus prêts à jouer les figurants.

  • Ils ont organisĂ© des assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales dans chaque facultĂ©. Pas pour voter des motions, mais pour dĂ©signer des porte-parole. Des gens qui parlent, qui nĂ©gocient, qui menacent si nĂ©cessaire.
  • Ils ont contactĂ© les syndicats des fonctionnaires. Parce que si les profs et le personnel administratif se mettent en grève, lĂ , le gouverneur va devoir choisir : la rĂ©pression ou les nĂ©gociations.
  • Ils ont filmĂ©. Tout. Les promesses non tenues, les bâtiments qui s’effondrent, les cantines oĂą les Ă©tudiants mangent des feuilles parce que le riz manque. Les rĂ©seaux sociaux sont leur arme.

Samedi, ils marcheront. Mais cette fois, ils ne lâcheront pas l’antenne. Pas les caméras. Pas les réseaux. Ils savent que le monde regarde.

Le vrai problème : le gouverneur n’a pas envie de régler ça

Jean de Dieu Muabi a un agenda. Pas celui des étudiants. Celui des élites qui contrôlent les ressources, celui des hommes d’affaires qui raflent les marchés publics, celui des politiques qui comptent les voix, pas les vies.

En 2022, le budget alloué à l’éducation dans la province de Tshopo représentait 3,2 % des dépenses totales. Trois virgule deux pour cent. Pour une ville où l’université est le seul espoir pour des milliers de jeunes. Le reste ? Des contrats opaques, des sociétés écrans, des salaires qui disparaissent dans des comptes offshore.

Le gouverneur le sait. Il a les moyens d’agir. Il choisit de ne pas le faire.

Et après la marche ?

Samedi, les étudiants défilent. Ils crieront. Ils manifesteront. Ils auront raison.

Mais si rien ne change d’ici un mois, ils feront autre chose. Ils occuperont. Les facultés, les administrations, les routes. Parce que marcher sans suite, ça use. Ça épuise. Ça rend fou.

La vraie question n’est pas : « Pourquoi ils marchent ? » Mais : « Pourquoi le gouverneur les laisse faire sans rien faire ? »

La réponse, vous la connaissez déjà.

Parce que pour lui, Kisangani n’est qu’un décor. Pas une priorité.

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R Galaxie Rédaction

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