Qui décide aujourd’hui de l’avenir des jeunes Africains ?
En Afrique, les instances de gouvernance, qu’elles soient politiques, économiques ou sociales, restent largement dominées par des adultes, alors que la jeunesse représente plus de 60 % de la population sur le continent. Pourtant, aucun cadre légal ou constitutionnel n’impose leur représentation dans les conseils d’administration des États, les comités stratégiques ou les négociations internationales.
Cette exclusion n’est pas un hasard : elle s’inscrit dans une tradition où l’expérience, souvent associée à l’âge, prime sur la démographie. Mais elle pose une question cruciale : comment concilier légitimité et représentativité dans un continent où les moins de 30 ans sont majoritaires ?
Quels mécanismes pourraient intégrer la jeunesse ?
Plusieurs modèles existent, mais aucun n’est appliqué à grande échelle en Afrique.
-
Les quotas parlementaires : Certains pays, comme le Rwanda ou le Sénégal, ont introduit des réserves de sièges pour les jeunes dans leurs assemblées. Cependant, ces mesures restent marginales et ne s’étendent pas aux exécutifs ou aux institutions techniques.
-
Les conseils consultatifs : Des structures comme le Conseil économique et social africain (CESA) incluent des jeunes, mais sans pouvoir décisionnel. Leur rôle se limite à des avis, rarement suivis d’effets concrets.
-
Les budgets participatifs : Au Burkina Faso ou en Éthiopie, des expérimentations locales permettent aux jeunes de proposer des projets. Mais ces initiatives, souvent financées par des ONG, manquent de pérennité et d’impact national.
Le principal obstacle reste l’absence de volonté politique pour modifier les constitutions ou les lois électorales. Une réforme exigerait des majorités qualifiées, difficiles à obtenir dans des systèmes souvent fragmentés.
Quels arguments avancent les opposants à cette réforme ?
Les détracteurs d’une plus grande implication des jeunes invoquent plusieurs raisons, souvent liées à des craintes institutionnelles :
-
Le manque d’expérience : Les systèmes politiques africains, héritiers de modèles coloniaux ou postcoloniaux, privilégient la stabilité et la continuité. Une jeunesse perçue comme instable ou idéologique pourrait, selon eux, fragiliser les équilibres.
-
Au Nigeria, par exemple, des mouvements de jeunesse ont été accusés d’être instrumentalisés par des partis pour mobiliser des électeurs sans réel pouvoir.
-
L’insuffisance des capacités techniques : Les critiques soulignent que les jeunes, souvent moins formés aux rouages de l’État, pourraient être dépassés dans des négociations complexes, comme celles liées aux accords commerciaux ou aux plans de développement.
Ces arguments sont rarement étayés par des preuves tangibles. En revanche, aucune étude ne démontre que la jeunesse africaine serait moins compétente que les générations précédentes, simplement moins présente.
Quelles conséquences concrètes pour les jeunes concernés ?
L’exclusion des jeunes des décisions a des répercussions directes sur leur quotidien :
Pourtant, les politiques publiques d’emploi sont rarement conçues avec leur participation.
-
Des systèmes éducatifs inadaptés : Les programmes scolaires et universitaires sont souvent calqués sur des modèles étrangers, sans consultation des futurs diplômés. Au Kenya, des mouvements étudiants dénoncent depuis des années un décalage entre les formations proposées et les besoins du marché.
-
Une méfiance envers les institutions : Le manque de représentation explique en partie la défiance des jeunes envers les gouvernements.
Une intégration politique pourrait, selon les défenseurs de cette cause, réduire ce phénomène en offrant des perspectives crédibles.
Quelles solutions sont envisagées par les acteurs clés ?
Lors des Rencontres internationales de la coopération à Dakar, deux approches ont été défendues :
-
Achille Mbembe, directeur de la Fondation de l’innovation pour la démocratie, propose d’aller plus loin en instaurant des mandats électifs pour les moins de 30 ans dans les assemblées nationales.
-
L’intégration dans les institutions techniques : Jérémie Pellet, directeur général d’Expertise France, suggère d’inclure des représentants jeunes dans les comités de pilotage des grands projets (infrastructures, numérique, énergie).
Ces propositions se heurtent à un défi majeur : comment éviter que ces nouvelles instances ne deviennent des chambres d’enregistrement, sans réel pouvoir ?
Que peut vérifier ou faire un jeune concerné ?
-
Connaître les instances locales : Chaque pays africain compte des structures où les jeunes peuvent s’exprimer, même sans pouvoir décisionnel. Au Sénégal, le Conseil national de la jeunesse ou l’Agence nationale de la jeunesse sont des portes d’entrée. Il suffit de se renseigner auprès des mairies ou des ministères en charge des questions sociales.
-
S’informer sur les élections : Les jeunes de 18 ans et plus ont le droit de vote dans tous les pays africains. Vérifier la participation aux scrutins, souvent inférieure à 40 % chez les 18-25 ans, permet d’évaluer leur poids réel. Des observatoires comme Afrobaromètre publient des données comparatives.
-
Rejoindre les réseaux citoyens : Des plateformes comme Youth4Action (Afrique de l’Ouest) ou AfriYAN (Afrique de l’Est) regroupent des jeunes engagés dans des projets concrets. Ces réseaux peuvent servir de leviers pour influencer les décisions, même indirectement.
La vraie question n’est pas seulement comment intégrer les jeunes, mais comment leur donner un vrai pouvoir, sans tomber dans le symbolique. Les prochaines années diront si les discours de Dakar se traduiront par des actes.