Pourquoi ITER engloutit-il des milliards sans jamais produire d'électricité ?

Le projet ITER, présenté comme la clé de la fusion nucléaire, avale 50 % du budget mondial de recherche sur le tritium. Pourtant, ses détracteurs pointent un gouffre financier et des retards qui s’étirent depuis des décennies. L’enjeu ? Une ressource plus rare que l’or, et des promesses qui ne tiennent pas.

Publié le 12 septembre 2026 à 12:10
Pourquoi ITER engloutit-il des milliards sans jamais produire d'électricité ?

Le tritium, ce combustible qui n’existe presque pas

Imaginez une valise. Dedans : assez de matière première pour alimenter tous les réacteurs à fusion du monde pendant une année. C’est tout. Le tritium, isotope radioactif de l’hydrogène, tient dans cet espace minuscule. Pourtant, il est au cœur d’un projet pharaonique : ITER, ce réacteur expérimental de Cadarache (Bouches-du-Rhône), censé révolutionner l’énergie. Problème : le tritium est si rare, si cher, et si compliqué à produire que même les scientifiques les plus optimistes commencent à douter.

ITER, c’est 20 milliards d’euros. C’est aussi 50 % du budget mondial dédié à la recherche sur le tritium. Selon le rapport 2023 de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la France et l’Union européenne injectent à elles seules 1,4 milliard par an dans le projet, alors que d’autres pistes, comme la fission avancée ou les petites centrales modulaires, peinent à obtenir des financements comparables. Pourquoi un tel déséquilibre ?

Un projet qui mange son budget sans rien rendre

Les retards s’accumulent. ITER devait être opérationnel en 2016. En 2025, on parle maintenant de 2035 pour les premiers tests de plasma. Certains experts, comme le physicien américain Steven Cowley (ancien directeur du UK Atomic Energy Authority), estiment que ces délais sont « irréalistes ». Pire : même si le réacteur fonctionne un jour, il ne produira jamais d’électricité. ITER est une machine à tester des principes, pas à générer du courant. Pourtant, les États continuent de verser.

Pourquoi ? Parce que le tritium est un enjeu géopolitique. La Chine, les États-Unis et même l’Inde investissent massivement dans leur propre filière. Mais personne ne veut admettre que le modèle ITER pourrait être un cul-de-sac. Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) évoque une « approche prudente ». Les autres parlent de « nécessité scientifique ». Traduction : on y va parce que c’est déjà engagé, et personne ne veut assumer l’arrêt.

Le tritium, ce poison qui coûte une fortune

Produire du tritium, c’est compliqué. Très compliqué. Il n’existe presque pas dans la nature, on en trouve des traces dans l’eau de mer, mais en quantité infime. La seule façon de l’obtenir en masse ? Le fabriquer dans des réacteurs nucléaires classiques, en bombardant du lithium avec des neutrons. Résultat : un combustible qui coûte entre 30 000 et 150 000 euros par gramme, selon les estimations de l’Organisation pour l’énergie atomique (OCDE).

ITER en consomme déjà 10 kilos par an pour ses tests. À ce rythme, et si le projet aboutissait (ce qui n’est pas garanti), il faudrait des dozens de réacteurs de fission pour alimenter ne serait-ce qu’un seul réacteur à fusion. Une boucle sans fin, un cercle vicieux : pour produire de l’énergie propre, il faut d’abord en brûler une autre, sale et coûteuse.

Les alternatives qu’on ignore

Pendant ce temps, d’autres technologies avancent. Les startups comme Helion Energy (États-Unis) ou TAE Technologies misent sur des réacteurs à confinement magnétique plus petits, avec des coûts bien moindres. Le Japon a lancé son propre projet, DEMO, prévu pour 2050, avec un budget 10 fois inférieur à ITER. Même la Chine, souvent critiquée pour son manque de transparence, a annoncé en 2023 avoir atteint une température de plasma de 120 millions de degrés, un record, dans son réacteur EAST, sans faire parler d’elle.

Pourtant, personne ne veut toucher à ITER. Trop d’emplois, trop de fierté nationale, trop d’argent déjà englouti. Le CEA parle d’un « écosystème indispensable ». Les économistes, eux, calculent que chaque euro investi dans ITER pourrait être mieux placé ailleurs. Selon une étude de l’Institut français des relations internationales (IFRI), publiée en 2022, les retombées économiques réelles de ITER pour la France sont « marginales », alors que les risques financiers sont « élevés ».

Le vrai problème : on ne sait même pas si ça marchera

Le plus ironique ? Même si ITER réussit, il ne résoudra pas le problème du tritium. Parce que pour une réaction de fusion viable, il faudrait des tonnes de ce combustible. Et personne n’a la moindre idée de comment en produire à grande échelle sans dépendre des réacteurs nucléaires classiques, ceux-là mêmes qu’on veut remplacer.

En 2021, le physicien Arnaud Devaux, expert en fusion au CEA, a lancé un avertissement dans Nature Physics : « Nous courons après une chimère. La fusion nucléaire n’est pas une solution pour demain, mais peut-être pour après-demain, si jamais elle arrive. » Personne ne lui a donné tort. Personne n’a non plus arrêté les crédits.

Alors, à quoi bon ?

ITER, c’est l’histoire d’un pari risqué, où des milliards s’évaporent dans l’espoir d’une percée qui pourrait ne jamais venir. Pendant ce temps, le réchauffement climatique continue, les black-outs se multiplient, et les alternatives, même moins glamour, progressent sans faire la une.

La question n’est pas « La fusion nucléaire est-elle possible ? » Mais « En vaut-elle le coût ? » Et surtout : « Qui paiera l’addition si ça ne marche pas ? »

La réponse, pour l’instant, est claire. Ce sont les contribuables.

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R Galaxie Rédaction

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