Qui décide des règles monétaires en cas de sanctions internationales ?
En Israël, la Banque centrale, et non le gouvernement, fixe les orientations de la politique monétaire. Selon la loi bancaire israélienne, elle est chargée de préserver la stabilité du shekel et de garantir la sécurité du système financier. Dans un contexte de tensions géopolitiques, ses décisions s’imposent aux acteurs publics et privés, y compris aux ministères. Aucune disposition légale n’autorise explicitement le recours aux cryptomonnaies comme instrument de souveraineté économique, même en cas de crise. Les sanctions, quant à elles, relèvent de décisions unilatérales ou multilatérales (ONU, UE, États-Unis), appliquées par des mécanismes de gel d’actifs ou d’exclusion des systèmes financiers traditionnels. Leur contournement dépendrait donc d’une reconnaissance institutionnelle, absente à ce stade.
Un précédent : l’Iran face aux sanctions américaines
Les raisons ? Une méfiance persistante des partenaires commerciaux, une volatilité extrême des actifs numériques, et l’absence de liquidités suffisantes pour absorber des volumes significatifs. Les sanctions, bien que contournées partiellement, ont maintenu une pression sur l’économie réelle.
Les cryptomonnaies : une solution théorique, des risques concrets
L’argument avancé par certains responsables politiques en faveur des cryptomonnaies repose sur trois hypothèses : leur décentralisation permettrait d’échapper aux contrôles des banques centrales étrangères, leur traçabilité limitée réduirait l’impact des gels d’actifs, et leur adoption rapide par les États sanctionnés créerait un marché parallèle résilient. Or, ces avantages se heurtent à des limites structurelles.
D’abord, les cryptomonnaies ne sont pas immunisées contre les sanctions. Ensuite, leur valeur dépend de la confiance des marchés : une adoption massive par un État en crise pourrait déclencher une fuite des capitaux vers des actifs plus stables, aggravant l’inflation. Enfin, leur usage massifié nécessiterait une infrastructure technique et éducative coûteuse, alors que le système bancaire israélien, malgré ses faiblesses, reste l’un des plus sûrs au monde.
Qui paierait le coût d’une telle stratégie ?
Les citoyens seraient les premiers affectés. Une transition vers les cryptomonnaies impliquerait des fluctuations brutales des prix, rendant les salaires et les retraites instables. Les entreprises, déjà confrontées à des coûts logistiques élevés en raison des sanctions sectorielles (comme l’embargo sur les semi-conducteurs), verraient leurs marges réduites par des frais de transaction exorbitants. Les petites économies, comme celle des territoires palestiniens ou du Liban, ont déjà subi les conséquences d’une dollarisation forcée : perte de contrôle monétaire, dépendance aux changes, et appauvrissement des classes moyennes. En Israël, où le filet social est moins protecteur qu’en Europe, les ménages les plus vulnérables subiraient en premier lieu les effets d’une monnaie instable.
Les questions juridiques et diplomatiques en suspens
La première porte sur la légalité d’un tel recours. Aucune juridiction internationale ne reconnaît les cryptomonnaies comme équivalent souverain aux monnaies fiduciaires. La seconde question concerne l’alliance des partenaires régionaux. Une rupture unilatérale par Israël risquerait d’isoler davantage le pays, sans garantie d’un soutien extérieur.
Une divergence qui s’installe
Le Premier ministre, lui, semble privilégier une solution rapide, en phase avec les discours de certains lobbies technologiques américains, qui promeuvent les cryptomonnaies comme outil de résilience géopolitique.
Prochaine étape : une décision politique ou une crise économique ?
La Banque d’Israël a indiqué qu’elle évaluerait toute proposition gouvernementale « au cas par cas », sans fixer de délai. Si Benjamin Netanyahou maintient sa position, un conflit ouvert entre l’exécutif et l’institution centrale pourrait survenir d’ici la fin de l’année. Dans ce cas, deux scénarios se dessineront : soit le gouvernement imposera une régulation d’urgence, soit les marchés testeront la résilience du shekel en cas de nouvelle escalade des tensions. Les citoyens, eux, attendront des réponses claires sur les garanties offertes par une monnaie dont la valeur dépendra, pour partie, de leur propre confiance.