Interpol arrête 1 462 cybercriminels en Afrique, mais l’argent sale circule encore

L’opération « Serengeti III » a démantelé des réseaux malveillants et récupéré 105 millions de dollars. Pourtant, les failles persistent. Pourquoi cette guerre contre la cybercriminalité en Afrique reste-t-elle un combat asymétrique ?

Publié le 23 octobre 2026 à 10:07
Interpol arrête 1 462 cybercriminels en Afrique, mais l’argent sale circule encore

Interpol arrête 1 462 cybercriminels en Afrique, mais l’argent sale circule encore

En trois jours, 21 pays ont coordonné une rafle sans précédent. 1 462 suspects interpellés, 10 909 réseaux piratés fermés, 105 millions de dollars confisqués. Les chiffres de l’opération « Serengeti III » sonnent comme une victoire. Sauf que personne ne vous expliquera comment cette manne a été récupérée, ni où elle a disparu après.

L’Afrique, champ de bataille des fraudeurs

Pourquoi l’Afrique ? Parce que les failles y sont plus larges, les contrôles plus laxistes, et les peines plus légères qu’en Europe ou aux États-Unis. Les cybercriminels le savent. Ils savent aussi que les États africains, souvent à court de moyens, préfèrent parfois négocier avec les pirates plutôt que de les traquer.

Prenez le cas du Nigeria, hub historique des arnaques en ligne. Les « Yahoo boys », ces escrocs spécialisés dans les faux transferts d’argent, ont été la cible de plusieurs opérations. Pourtant, dès qu’Interpol lève le pied, les réseaux se reconstituent. En 2022, la police nigériane a arrêté 1 200 personnes pour fraude en ligne. Trois mois plus tard, les mêmes groupes opéraient à nouveau, cette fois depuis le Ghana ou le Sénégal.

105 millions de dollars, mais où est l’argent vraiment ?

Interpol annonce avoir récupéré 105 millions de dollars. Très bien. Sauf que ces fonds proviennent pour l’essentiel de comptes offshore, de cryptomonnaies ou de plateformes de paiement peu scrupuleuses. La question n’est pas de savoir si l’argent a été saisi, mais comment il a été lavé après.

Prenez l’exemple de M-Pesa, le système de paiement mobile kenyan utilisé par des millions d’Africains. En 2021, une enquête du Financial Times a révélé que des escrocs utilisaient cette plateforme pour blanchir des fonds volés via des faux investissements. Résultat : les autorités kenyanes ont dû bloquer des milliers de transactions, mais une partie des sommes avait déjà été transférée vers des comptes en Ouganda ou en Tanzanie.

Les États africains jouent-ils le jeu ?

Officiellement, oui. Le Nigeria a renforcé ses lois contre la cybercriminalité. Le Sénégal a créé une unité spécialisée. Pourtant, sur le terrain, les résultats sont mitigés.

En Côte d’Ivoire, par exemple, les forces de l’ordre ont démantelé en 2023 un réseau de faux prêts en ligne. Les auteurs ? Des Français et des Ivoiriens travaillant depuis Marseille et Abidjan. Verdict : trois ans de prison pour les locaux, aucune extradition, et les comptes bancaires des escrocs français… intouchables.

La vraie guerre se joue ailleurs

Interpol fait du bruit. Les médias relaient les chiffres. Mais la cybercriminalité en Afrique ne se combat pas avec des arrestations ponctuelles. Elle se combat en fermant les failles structurelles :

  • Les plateformes de paiement qui ferment les yeux sur les transactions suspectes.
  • Les États qui manquent de moyens pour traquer les flux financiers Ă  l’échelle rĂ©gionale.
  • La corruption, qui permet aux rĂ©seaux de corrompre des fonctionnaires pour obtenir des passe-droits.

En 2022, une étude de McAfee estimait que les pertes liées à la cybercriminalité en Afrique subsaharienne dépassaient 3,5 milliards de dollars par an. Les 105 millions saisis par Interpol, c’est moins de 3 % du problème.

Pourquoi personne ne parle des failles ?

Parce que ça dérange. Parce que certains États africains préfèrent garder une image de stabilité plutôt que d’admettre leur impuissance. Parce que les pays occidentaux, qui accusent l’Afrique d’être un repaire de pirates, ferment les yeux sur leurs propres complicités : banques suisses, paradis fiscaux, et sociétés écrans qui blanchissent une partie de ces fonds.

L’opération « Serengeti III » est une bonne nouvelle. Mais une bonne nouvelle qui ne change rien à la réalité : la cybercriminalité en Afrique est un business trop lucratif pour que les États la laissent mourir.

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R Galaxie Rédaction

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