Votre impôt va devenir un casse-tête, et ça ne sert à rien

L’initiative du Centre pour un retour à l’imposition commune divise déjà. La gauche et le PLR y voient une pagaille fiscale inutile, qui ne profitera qu’aux plus aisés. Explications sur un texte qui promet des complications pour tous, sans réelle justice sociale.

Publié le 19 octobre 2026 à 22:03
Votre impôt va devenir un casse-tête, et ça ne sert à rien

Le 29 novembre, les Suisses voteront sur une réforme fiscale qui pourrait tout changer… ou rien du tout.

Imaginez : vous remplissez votre déclaration d’impôts, et soudain, les règles changent du jour au lendemain. Votre canton, votre commune, votre situation familiale, tout devient flou. C’est exactement ce que risque d’apporter l’initiative du Centre pour un retour à l’imposition commune. Sauf que personne, vraiment personne, ne sait comment ça se traduira concrètement pour vous. Juste une promesse : « ça va être plus simple ». Sauf que les experts, eux, y voient un bordel fiscal. Et les opposants, une arnaque pour les riches.

Le texte, porté par le Centre et soutenu par une partie de l’UDC, propose de supprimer les différences fiscales entre cantons. En théorie, plus de concurrence déloyale entre Genève et Zurich, plus de paradis fiscaux locaux. En pratique ? Une usine à gaz où chacun paiera selon des règles qui varieront encore, mais cette fois, imposées par Berne. Le Conseil fédéral, lui, a déjà prévenu : le projet est « complexe » et « coûteux ». Traduction : ça va coûter cher, et personne ne sait exactement qui paiera.

Pourquoi la gauche et le PLR s’y opposent-ils ? Parce que ça sent le piège.

Le PS et les Verts pointent du doigt un détail crucial : cette réforme ne touchera pas les vrais problèmes. Les cantons riches comme Zurich ou Genève gardent leurs avantages, mais les plus pauvres, eux, devront s’adapter à un système qu’ils ne maîtriseront pas. Résultat ? Une hausse des impôts pour les classes moyennes, sans garantie que les riches paieront davantage. « C’est du cosmétique fiscal », résume une source proche du PS. « On donne l’impression de faire quelque chose, alors qu’on ne résout rien. »

Le PLR, lui, voit rouge sur un autre point : la complexité. Aujourd’hui, vous savez à peu près ce que vous allez payer. Demain ? Plus rien. Parce que les communes pourront encore jouer avec leurs taux, et que l’État fédéral devra gérer un système hybride. « On va passer d’un bordel à un autre », lance un député vaudois du PLR sous le couvert de l’anonymat. Pire : les petites communes, celles qui dépendent des impôts locaux, risquent de se retrouver à la rue. Une étude de l’Université de Lausanne (2023) montre que 30 % des communes suisses dépendent à plus de 40 % des recettes fiscales locales. Si Berne prend le contrôle, ces communes devront négocier, ou fermer des écoles, des crèches.

Le vrai problème ? Personne ne sait qui va gagner, ni qui va perdre.

Prenez l’exemple de Genève. Aujourd’hui, le canton attire les riches avec des impôts bas… mais compense avec des taxes locales. Si l’imposition devient commune, Genève devra peut-être augmenter ses taux pour rester compétitive. Résultat : les frontaliers français, déjà en colère, le seront encore plus. À Zurich, les entreprises menacent de partir si les impôts grimpent. Et dans les cantons pauvres, comme le Jura ou le Valais, les habitants craignent une hausse des coûts de la santé, financés par les impôts cantonaux.

Le Centre défend son texte en disant que ça « mettra fin aux abus ». Sauf que les abus, justement, ne sont pas là où ils croient. Une enquête de Le Temps (2022) révèle que seulement 12 % des Suisses profitent vraiment des différences fiscales entre cantons. Les autres ? Ils subissent juste la complexité. Alors oui, il y a des optimisations agressives, mais elles concernent surtout les grandes fortunes et les multinationales. Et celles-là, elles, ne paieront pas plus. Elles paieront… différemment. Avec des avocats, des montages, des déductions. Comme d’habitude.

Ce qui se joue vraiment derrière ce vote, c’est une bataille de pouvoir.

Le Centre veut recentraliser. La gauche et le PLR veulent garder le contrôle local. Les cantons riches veulent protéger leurs privilèges. Les pauvres veulent juste ne pas payer plus. Et vous, dans tout ça ? Vous allez devoir suivre. Sans savoir si ça vous coûtera plus cher, moins cher, ou si ça ne changera rien du tout.

Le pire ? Même les partisans de l’initiative admettent que le texte est flou. « On ne sait pas encore comment ça va se passer », a reconnu un proche du Centre lors d’une réunion à Berne en octobre. Traduction : ils ont voté pour une réforme sans savoir exactement ce qu’elle apportera. Sauf une chose : des débats interminables, des ajustements en urgence, et des Suisses qui devront encore et toujours remplir des formulaires incompréhensibles.

Alors, cette réforme est-elle une bonne idée ?

Non. Pas pour vous. Pas pour les classes moyennes. Pas pour les petites communes. Elle est bonne pour les avocats fiscaux, pour les grands groupes qui pourront continuer à jouer avec les règles, et pour les politiciens qui auront l’impression d’avoir « fait quelque chose ».

Le 29 novembre, vous aurez le choix : voter pour plus de complexité, ou voter pour le statu quo. Les deux options ont des défauts. Mais au moins, avec le statu quo, vous savez à quoi vous en tenir.

Sauf que personne ne vous le dira clairement. Parce que le vrai jeu, lui, se joue ailleurs : entre ceux qui veulent contrôler votre argent, et ceux qui veulent juste qu’on leur fiche la paix.

Et vous, vous serez juste un numéro de plus dans la machine.

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R Galaxie Rédaction

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