Un incendie Ă  Molenbeek-Saint-Jean expose les limites des salles polyvalentes en zone urbaine

Un incendie survenu dans un bâtiment mixte à Molenbeek-Saint-Jean a causé une intoxication grave. Les risques liés à la concentration d’activités commerciales et publiques dans des locaux non adaptés resurgissent. Les questions sur la prévention et les responsabilités des propriétaires se posent à nouveau.

Publié le 31 octobre 2026 à 20:01
Un incendie Ă  Molenbeek-Saint-Jean expose les limites des salles polyvalentes en zone urbaine

Les salles polyvalentes, un maillon faible des zones urbaines denses

Les incendies dans les bâtiments abritant à la fois des activités commerciales, des bureaux et des espaces publics ne sont pas rares en Belgique. À Bruxelles, où la pression foncière pousse à une utilisation intensive des espaces, ces configurations architecturales posent un défi récurrent : comment concilier rentabilité et sécurité quand un même bâtiment accueille des entrepôts, des bureaux et des salles des fêtes, souvent sans cloisonnement adapté ?

Un incendie nocturne aux conséquences immédiates

Le bâtiment, dont l’usage mixte n’est pas détaillé dans les premiers comptes-rendus, a été partiellement détruit. Une personne a été secourue et transportée en urgence pour une intoxication grave, sans que les causes précises de cette intoxication soient encore établies. Les secours ont pu maîtriser les flammes avant qu’elles ne s’étendent aux habitations voisines, mais les dégâts matériels restent importants.

Qui assume la responsabilité en cas de défaillance ?

La question des responsabilités en cas d’incendie dans un bâtiment mixte dépend de plusieurs facteurs juridiques et administratifs. En Région bruxelloise, la loi du 13 avril 1995 relative à la sécurité des bâtiments d’habitation et des bâtiments ouverts au public impose des normes spécifiques selon l’usage des locaux. Or, un entrepôt, des bureaux et une salle des fêtes ne relèvent pas des mêmes exigences. Si le propriétaire a obtenu les autorisations nécessaires pour chaque activité, il doit théoriquement garantir la conformité de l’ensemble. Cependant, les contrôles préalables ne couvrent pas toujours les risques croisés entre activités distinctes.

En pratique, les services d’inspection de la Région bruxelloise interviennent après un sinistre pour vérifier si les normes ont été respectées. Mais sans enquête approfondie, il est difficile de déterminer si l’incendie est lié à un défaut d’entretien, à une installation électrique défectueuse ou à une incompatibilité d’usage. Les assurances du propriétaire et, le cas échéant, celles des occupants commerciaux, couvrent généralement les dommages, mais les victimes d’intoxication ou de blessées peuvent engager des recours pour négligence.

Les précédents bruxellois et l’absence de réforme structurelle

Molenbeek-Saint-Jean n’est pas étrangère aux incendies graves. Pourtant, aucune modification majeure des règles d’urbanisme n’a été adoptée pour interdire ou encadrer strictement les bâtiments mixtes dans les zones densément peuplées. Les associations de défense des locataires et des commerçants plaident depuis des années pour un moratoire sur les nouvelles autorisations dans les secteurs où les normes de sécurité ne sont pas respectées, sans succès.

Le problème tient aussi à la fragmentation des compétences. À Bruxelles, la sécurité incendie relève à la fois de la Région, des communes et des services fédéraux. Cette superposition peut ralentir les décisions, comme l’a illustré le dossier des salles de concert après les incendies de 2020, où les délais d’homologation ont été critiqués pour leur lenteur.

Quelles conséquences pour les riverains et les usagers ?

Pour les riverains du quai de Mariemont, l’incendie pose une question concrète : quels sont les risques résiduels ? Les pompiers ont confirmé que les flammes avaient été circonscrites, mais sans bilan précis sur les éventuelles émissions toxiques persistantes. Les commerces voisins pourraient subir des pertes financières en cas de fermeture prolongée pour expertise, tandis que les locataires de la salle des fêtes, souvent des associations ou des particuliers organisant des événements, voient leurs activités perturbées.

Sur le plan sanitaire, la personne intoxiquée est prise en charge en réanimation, mais son état ne permet pas encore d’évaluer les séquelles. Les protocoles d’urgence bruxellois prévoient un suivi médical renforcé pour les victimes d’intoxication par fumées, mais leur application dépend des ressources des hôpitaux, déjà sous tension.

Un débat récurrent : sécuriser sans étouffer l’économie locale

Deux approches s’affrontent depuis des années sur la gestion des bâtiments mixtes à Bruxelles. D’un côté, les promoteurs immobiliers et les propriétaires estiment que les normes actuelles suffisent et que des restrictions supplémentaires étoufferaient l’économie locale, déjà fragilisée. Ils soulignent que les incendies restent rares et que les assurances couvrent les risques. De l’autre, les associations de victimes et les élus écologistes demandent un renforcement des contrôles a priori, avec des audits obligatoires avant toute autorisation de mélange d’activités dans un même bâtiment. Ils pointent du doigt l’absence de plan de prévention régional, alors que d’autres villes européennes, comme Paris ou Berlin, ont adopté des règles plus strictes pour les locaux polyvalents.

Le conflit porte aussi sur la répartition des coûts. Les travaux de mise aux normes, si ils étaient imposés, seraient à la charge des propriétaires, ce qui pourrait entraîner des hausse de loyers pour les commerçants et les associations. À l’inverse, les opposants à un durcissement des règles arguent que les petites structures, comme les salles des fêtes gérées par des bénévoles, ne pourraient pas absorber ces coûts supplémentaires.

Les questions qui restent en suspens

Plusieurs éléments manquent encore pour comprendre pleinement l’incendie et ses implications. Les autorités n’ont pas précisé si le bâtiment était cloisonné conformément aux normes, ni si les extincteurs et issues de secours étaient accessibles. Il faudra attendre le rapport des pompiers et de l’inspection régionale pour savoir si des carences structurelles ont été identifiées. Par ailleurs, rien n’indique pour l’instant si l’intoxication de la victime est liée à la nature des marchandises stockées dans l’entrepôt, ou à la propagation des fumées dans les parties non protégées.

Enfin, la question des compensations pour les victimes reste entière. En l’absence de négligence avérée, les recours pourraient être longs, alors que les besoins médicaux et matériels sont immédiats. Les associations de défense des locataires réclament depuis des années un fonds régional de solidarité pour les sinistrés, sans que cette proposition ne soit jamais retenue.

Un signal pour repenser l’urbanisme bruxellois ?

Les incendies dans les bâtiments mixtes révèlent une faille structurelle : celle d’un modèle économique qui privilégie la densification sans toujours garantir la sécurité. Les faits ne tranchent pas encore sur la nécessité d’une réforme, mais ils rappellent que chaque sinistre coûte cher, en vies humaines, en dommages matériels et en confiance dans les institutions. La vraie division oppose ceux qui misent sur la responsabilité individuelle des propriétaires à ceux qui prônent une régulation collective, quitte à limiter la liberté d’usage des locaux. Sans décision politique claire, les risques persisteront, et les incendies continueront de survenir là où le profit prime sur la prévention.

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R Galaxie Rédaction

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