Pourquoi l'Hermione coule déjà avant d'avoir quitté le port ?

À Rochefort, on serre les dents. À Bayonne, on regarde ailleurs. L’Hermione, symbole d’un rêve naval français, traîne un retard de 10 ans sur son calendrier et un trou de 30 millions d’euros dans ses comptes. Les mécènes se font rares, les promesses de l’État, floues. Pourtant, l’association qui la porte refuse d’envisager l’impensable : abandonner. Mais le temps presse, et les comptes ne mentent pas.

Publié le 23 octobre 2026 à 10:04
Pourquoi l'Hermione coule déjà avant d'avoir quitté le port ?

L’Hermione, ou l’art de faire durer l’agonie

L’association Hermione-Lafayette a encore sorti son grand jeu : un communiqué optimiste, des photos floutées de la coque en cours de restauration, et cette phrase, répétée comme un mantra : « Nous cherchons des mécènes. » Traduction : on est à sec. Vraiment à sec. Depuis 2013, date du lancement du projet, les retards s’accumulent. Dix ans. Dix ans à promettre une sortie en 2024, puis en 2027, puis maintenant en 2029. Dix ans à voir des bénévoles s’épuiser, des entreprises locales licencier des ouvriers faute de commandes, et des collectivités locales se faire saigner par des subventions qui ne financent même pas la moitié des travaux.

Et puis il y a ce détail, glissé entre les lignes comme un aveu : « Le départ depuis Anglet est prévu mi-2029. » Mi-2029. Pas 2024. Pas 2027. 2029. Soit cinq ans après la date initialement annoncée. Cinq ans de plus à justifier, à expliquer, à mentir un peu par omission. Parce que non, l’Hermione ne sera pas prête. Pas vraiment. Pas comme elle devrait l’être.

Le vrai problème ? Ce n’est pas le manque d’argent. C’est le manque de courage.

Les 30 millions d’euros qui n’existent pas

Officiellement, l’association a besoin de 30 millions d’euros pour boucler le financement de la frégate. Officieusement, tout le monde sait que ce chiffre est une estimation basse. Une estimation basse, parce que les coûts ont explosé depuis le début du projet. Parce que les matériaux ont pris 30 % de valeur depuis 2013. Parce que les normes de sécurité maritime ont changé, et que les adapter coûte cher. Parce que, surtout, personne ne veut assumer la réalité : l’Hermione est un gouffre financier, et personne ne veut en payer le prix.

Prenez la ville de Rochefort. Elle a déjà injecté 12 millions d’euros dans le projet depuis 2010, selon les chiffres de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de la Charente-Maritime. 12 millions. Pour quoi ? Pour des chantiers qui traînent, des promesses non tenues, et une frégate qui, au final, ne servira même pas à grand-chose. Parce que oui, l’Hermione, c’est beau. C’est historique. C’est « un symbole », comme on dit toujours. Mais à quel prix ?

Et puis il y a Bayonne. La ville qui doit accueillir le départ de la frégate en 2029. Sauf que Bayonne, elle, ne veut pas entendre parler de ce départ. Pas vraiment. Parce que oui, la mairie a signé un accord en 2018 pour organiser la cérémonie. Sauf que depuis, les échanges entre l’association et la ville se résument à des mails poliment fermés. « Nous étudions la faisabilité », « Nous sommes en contact avec les services de l’État », « Nous reviendrons vers vous ». Bref, la classique danse des collectivités qui n’ont pas envie de s’engager sur un projet qui sent le clou rouillé.

Le vrai scoop ? Personne ne veut être celui qui dira « stop ».

L’État, ce fantôme qui ne finance plus rien

En 2013, l’État promettait 20 millions d’euros pour la restauration de l’Hermione. Vingt millions. Sur les 50 millions nécessaires. Sauf que depuis, rien. Pas un centime de plus. Pas un mot d’encouragement. Rien. Le ministère de la Culture, responsable du dossier, se contente de renvois vers « les collectivités locales », tandis que Bercy regarde ailleurs, comme si ce projet n’avait aucun rapport avec les deniers publics.

Pourtant, l’Hermione, c’est bien un projet public. Un projet qui a bénéficié de subventions européennes, de crédits régionaux, et d’un soutien médiatique sans faille. Mais quand il s’agit de mettre la main au portefeuille, tout le monde se défile. Même la Marine nationale, qui a pourtant tout intérêt à ce que la frégate soit opérationnelle, se contente de « suivre le dossier » sans jamais proposer de solution concrète.

Le résultat ? Un projet qui se noie dans ses propres promesses.

Les bénévoles, ces oubliés de l’histoire

Pendant ce temps, à Rochefort, des centaines de bénévoles continuent de travailler sur la frégate. Des retraités, des passionnés, des artisans qui donnent leur temps gratuitement parce qu’ils croient encore au projet. Parce qu’ils ont été vendus du rêve : « Vous allez restaurer un morceau de l’histoire de France ! » Sauf que aujourd’hui, ces mêmes bénévoles commencent à poser des questions. « À quoi bon ? », « On va encore attendre cinq ans ? », « Et si on abandonnait tout simplement ? »

Certains ont déjà tourné le dos. D’autres résistent encore, par pride, par entêtement, ou parce qu’ils n’ont pas le choix. Mais la réalité, c’est que l’Hermione est devenue un piège. Un piège financier, un piège médiatique, et surtout, un piège humain.

Parce que oui, derrière les chiffres et les promesses, il y a des vies. Des vies de techniciens qui voient leurs compétences se perdre à force d’attendre. Des vies de commerçants locaux qui ferment boutique parce que les touristes ne viennent plus, découragés par des chantiers qui ne finissent jamais. Des vies de jeunes qui rêvaient de travailler dans la marine et qui se retrouvent sans débouchés.

Le jour où on arrêtera de mentir

Alors, quand est-ce que quelqu’un va enfin dire la vérité ? Quand est-ce que l’association Hermione-Lafayette va admettre que le projet est non viable ? Quand est-ce que les collectivités vont arrêter de se renvoyer la balle et assumer leurs responsabilités ?

Parce que non, l’Hermione ne coulera pas en mer. Elle coule déjà. Elle coule lentement, dans l’indifférence générale, sous le poids de ses propres mensonges.

Et le pire ? Personne n’ose le dire.

Sauf nous.

La vraie question n’est pas *« Comment financer l’Hermione ? », mais « Pourquoi continuer ? »*

Parce que oui, on peut toujours trouver 30 millions d’euros. On peut toujours promettre un départ en 2029, puis en 2032, puis en 2035. Mais à quoi bon ? À quoi bon restaurer une frégate qui ne servira jamais, qui ne naviguera jamais, qui ne fera que rappeler à la France entière à quel point elle est incapable de mener un projet à terme ?

L’Hermione, c’est le symbole d’un pays qui préfère dépenser des milliards pour des monuments inutiles plutôt que d’investir dans des choses qui comptent vraiment : les hôpitaux, les écoles, les transports. Un pays qui préfère faire semblant plutôt que d’affronter la réalité.

Alors oui, cherchez vos mécènes. Continuez à croire au rêve. Mais sachez une chose : l’Hermione est déjà morte. Elle ne demande qu’à être enterrée dignement, avant que ses restes ne pourrissent un peu plus dans le port de Rochefort.

Et le jour où quelqu’un osera enfin le dire, ce jour-là, peut-être que la France pourra enfin respirer.

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R Galaxie Rédaction

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