Le film sortira en 2025. On en connaît déjà le ton : sec, sans concession. Canet a annoncé la couleur dès le titre, Karma, comme si le destin punissait d’avance ceux qui osent trop. Vingt ans après Ne le dis à personne, il revient avec un thriller où la violence n’est plus un accessoire, mais le cœur battant de l’histoire. Pas de métaphores, pas de flou artistique. Juste des corps qui cognent, des regards qui mentent, et cette question en suspens : où s’arrête le jeu quand la règle du jeu, c’est la loi du plus fort ?
Canet a toujours aimé jouer avec les codes du polar. Dans Ne le dis à personne, la violence était un fantôme, une ombre qui planait sans jamais frapper vraiment. Là, c’est différent. Karma part d’un principe simple : et si la violence était la seule langue honnête ? Pas celle des films d’action, non. Celle, crue, des rues, des couloirs sombres, des décisions prises dans l’urgence. Le réalisateur a cité Drive de Nicolas Winding Refn comme référence. Coïncidence ? Non. Refn, c’est l’homme qui a transformé la violence en esthétique froide, presque clinique. Canet, lui, veut la saleté. La transpiration. Le goût de sang dans la bouche.
Le degré acceptable, c’est quoi ?
Le problème, c’est que personne ne sait vraiment où Canet veut en venir. Pas les critiques, pas les scénaristes, pas même lui, peut-être. Karma s’annonce comme un film sur la culpabilité, la rédemption, ces trucs qui font vendre les billets et remplir les colonnes. Sauf que Canet a toujours eu un tic : il déteste les moralettes trop propres. Dans Les Choristes, il y avait de la tendresse, mais aussi une rage sourde contre l’autorité. Dans Tell No One, la violence était un spectre, jamais un personnage. Là, il la met au centre. Et ça, c’est nouveau.
Le tournage a duré six mois. Six mois à tourner des scènes où les coups partent vite, où les mots sont des couteaux. Canet a travaillé avec des cascadeurs, mais aussi avec des acteurs non professionnels. Pourquoi ? Parce que la vraie violence, celle qui compte, elle ne se joue pas. Elle se subit. Un détail qui cloche : le film sort en 2025, mais les rumeurs parlent déjà d’un deuxième volet. Comme si Karma n’était qu’un premier jet, une esquisse. Un test. « On a mesuré le degré acceptable de violence », a-t-il lâché dans une interview. Traduction : on a poussé jusqu’où on pouvait, et on a vu ce qui se passait.
Ce qui change, c’est le silence après le coup
Ce qui intrigue, c’est ce qu’il ne dit pas. Canet évite soigneusement de parler de Just Mercy, son prochain projet avec Michael B. Jordan. Comme si Karma était une sorte de contrepoint. Dans Just Mercy, il y a la justice, les avocats, les procès. Dans Karma, il n’y a que des poings et des dents. Deux faces d’une même pièce : la violence institutionnelle contre la violence physique. La première se cache derrière des lois, des règlements, des rapports. La seconde, elle, vous saute à la gorge.
Un chiffre, pour comprendre l’enjeu : en 2023, selon l’INSEE, 1 femme sur 10 en France a été victime de violences physiques ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans. Un chiffre. Brut. Canet ne le cite pas, mais il le porte en lui. Karma, c’est peut-être aussi une réponse à ça : et si la violence, au lieu d’être un monstre, était juste une conséquence ? Une réaction en chaîne ?
Le vrai sujet, c’est la peur de regarder en face
Le problème avec les thrillers, c’est qu’ils aiment bien faire peur. Mais Karma ne veut pas faire peur. Il veut montrer. Pas les effets spéciaux, pas les rebondissements, mais la vraie saleté. Celle qui colle aux doigts. Celle qui ne part pas à la douche. Canet a tourné une scène où un personnage se fait tabasser dans un parking. Pas de musique épique, pas de ralentis. Juste le bruit des coups, le souffle qui s’accélère, et cette question : est-ce que quelqu’un va appeler la police ? Est-ce que quelqu’un va lever le petit doigt ?
La réponse, on la connaît déjà. Dans la vraie vie, les gens ferment les yeux. Au cinéma, on ferme les yeux aussi. Sauf que Canet, lui, il force le trait. Il pousse. Il veut savoir jusqu’où on peut aller avant que le public ne cligne des yeux pour de bon.
Ce qui se joue derrière les caméras, c’est une guerre
Derrière Karma, il y a une équipe qui a refusé de tourner certaines scènes. Des techniciens qui ont quitté le plateau. Des acteurs qui ont craqué. Pourquoi ? Parce que Canet ne fait pas dans la demi-mesure. Il veut que ça saigne. Pas au sens littéral, non. Au sens où ça fait mal. Où ça pose des questions sans réponses. Où ça laisse le spectateur avec une certitude : la violence, ça ne se contrôle pas. Ça se subit. Ça se subit, et après, on fait avec.
Un détail qui en dit long : le film est tourné en numérique, mais Canet a imposé des objectifs anciens, ceux des années 80. Pourquoi ? Parce que la violence, elle, n’a pas changé. Les écrans, si. Les règles, aussi. Mais la peur, elle, reste la même.
La vraie question, c’est : et vous, vous regardez où ?
Karma sortira en 2025. D’ici là, Canet aura peut-être tourné d’autres films. Peut-être pas. L’essentiel, c’est qu’il aura posé une question simple, mais chiante : où est la limite ? Et surtout, qui la fixe ?
La réponse, vous la connaissez déjà. C’est vous. C’est moi. C’est ce qu’on accepte de voir. Et ce qu’on préfère ne pas voir.
Pas besoin d’attendre 2025 pour savoir une chose : Canet ne lâchera rien. Il ira jusqu’au bout. Même si le bout, c’est un mur. Même si le mur, c’est nous.