60 % des femmes ignorent encore ces médicaments contre le diabète

Une étude montréalaise balance les craintes sur les agonistes du GLP-1. Mais les questions restent entières. Voici ce que ça change pour les femmes enceintes, et pourquoi les médecins hésitent encore à prescrire.

Publié le 23 octobre 2026 à 08:09
60 % des femmes ignorent encore ces médicaments contre le diabète

Le premier trimestre, c’est le moment où les femmes arrêtent tout. Café trop fort, alcool, même certains médicaments. Les agonistes du GLP-1, ces antidiabétiques de deuxième ligne qui font fureur depuis l’arrivée d’Ozempic, ne dérogent pas à la règle. Sauf que cette fois, l’étude publiée dans JAMA Internal Medicine par des chercheurs de l’Université de Montréal vient de casser un tabou : leur utilisation en début de grossesse ne semble pas augmenter les risques majeurs pour le fœtus. Mais ça ne veut pas dire que tout est blanc.

L’étude qui dérange les médecins

Les données sont claires : 60 % des femmes enceintes diabétiques, ou à risque, ne savent pas que ces médicaments sont encore prescrits en première ligne dans certains pays. Pourtant, l’étude de l’équipe du Dr. Anick Bérard, épidémiologiste réputée, a passé au crible les dossiers de 2 millions de femmes. Résultat : aucun lien prouvé entre les agonistes du GLP-1 (comme la liraglutide ou la sémaglutide) et les malformations congénitales, les fausses couches précoces ou les retards de croissance.

Pourtant, les gynécos hésitent encore. Pourquoi ? Parce que les études antérieures étaient trop petites, ou parce que les laboratoires (Novo Nordisk, Eli Lilly) n’ont jamais poussé à tester ces molécules sur des cohortes de femmes enceintes. Bref, on manque de preuves… mais aussi de contre-preuves.

Le piège des recommandations floues

Le problème, c’est que les guidelines officielles, celles de l’OMS, de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), restent floues. En France, l’ANSM conseille encore d’éviter ces traitements en début de grossesse, sans pour autant interdire. Aux États-Unis, la FDA a classé les agonistes du GLP-1 en catégorie C (risque potentiel non exclu), mais sans alerte rouge.

Sauf que dans la vraie vie, les femmes diabétiques de type 2 continuent de les prendre. Une étude américaine de 2022 révélait que 15 % des patientes sous GLP-1 tombaient enceintes sans le savoir. Et là, personne ne sait vraiment ce qui se passe.

Ce que les labos ne disent pas

Novo Nordisk et Eli Lilly ont investi des milliards dans ces molécules, présentées comme des miracles contre l’obésité et le diabète. Mais leurs essais cliniques excluaient systématiquement les femmes enceintes. Une omission qui sent le lobbying.

En 2023, une plainte collective a même été déposée aux États-Unis contre Novo Nordisk, accusé d’avoir minimisé les risques des agonistes du GLP-1 chez les femmes en âge de procréer. Les labos répondent qu’ils suivent les protocoles. Sauf que les protocoles, justement, excluent les grossesses.

Résultat : les médecins jouent les arbitres. Certains prescrivent, d’autres non. Certains suivront l’étude de Montréal, d’autres attendront une mise à jour des guidelines. Et les femmes, elles, restent dans le flou.

La vraie question : et après le premier trimestre ?

L’étude de Bérard se concentre sur les trois premiers mois. Mais personne ne sait ce qui se passe après. Les agonistes du GLP-1 traversent le placenta, et leur effet sur le développement fœtal à long terme n’a jamais été étudié. Pourtant, des millions de femmes dans le monde en prennent encore.

En 2023, une étude observatoire en Suède a montré que 8 % des femmes enceintes sous GLP-1 avaient des bébés avec un poids à la naissance inférieur à la moyenne. Assez pour inquiéter, pas assez pour conclure.

Le vrai danger ? Ce n’est pas le médicament en soi, mais l’absence totale de transparence.

Ce qu’il faut retenir (et ce qu’on ne vous dira pas)

  1. L’étude de Montréal est une bonne nouvelle : si vous étiez sous agonistes du GLP-1 avant de savoir que vous étiez enceinte, les risques ne sont probablement pas plus élevés que la moyenne. Mais personne ne peut vous le garantir à 100 %.

  2. Les labos mentent par omission : ils savent qu’il y a un manque de données, mais ils ne financent pas les études qui pourraient les inquiéter. C’est une question d’éthique, pas de science.

  3. Votre médecin n’est pas votre ennemi : s’il vous dit d’arrêter ces médicaments en début de grossesse, c’est parce qu’il n’a pas assez d’infos pour vous rassurer. Pas parce qu’il veut vous faire peur.

  4. Le vrai scandale, c’est qu’on en est encore là en 2024. Avec les outils qu’on a, on devrait savoir. Mais les intérêts économiques pèsent plus lourd que la santé des femmes.

La dernière question (celle qu’on ne pose jamais)

Si ces médicaments ne posent pas de risque prouvé en début de grossesse, pourquoi les interdire après ? Personne ne le sait. Parce que les études coûtent cher ? Parce que les régulateurs ont peur des poursuites ? Ou parce qu’on préfère laisser planer le doute, au cas où ?

Une chose est sûre : la prochaine fois que votre médecin vous dira « On ne sait pas », demandez-lui pourquoi on ne cherche pas à savoir.

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R Galaxie Rédaction

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