Le concert qui n’a pas eu lieu (ou presque)
Samedi soir, le Bell Centre était plein à craquer. Pas pour voir 2D, Noodle, Murdoc ou Russel jouer en vrai, ils n’étaient même pas là. Juste des hologrammes, des écrans géants, et une bande-son mixée en direct par des humains cachés quelque part. Pourtant, la salle hurlait comme si les Gorillaz étaient revenus des morts.
Pourtant, il y avait bien un vrai groupe sur scène. Pas celui qu’on attendait. Juste une poignée de musiciens, dont le bassiste de Muse, Chris Wolstenholme, et le guitariste de The Smashing Pumpkins, Jimmy Chamberlin, qui jouaient en live derrière les images. Le reste ? Un film. Un film très cher, très bien fait, mais un film quand même.
Et ça, c’est le problème. Gorillaz, c’est devenu ça : un spectacle de cinéma avec des morceaux en fond. Pas une performance. Une illusion.
Pourquoi la pop se cache derrière des écrans
En 2001, Gorillaz sortait comme un coup de poing. Un album hybride, entre hip-hop, rock et électronique, avec des clips qui ressemblaient à des dessins animés pour adultes. Damon Albarn et Jamie Hewlett avaient inventé un groupe fantôme, et tout le monde avait cru à l’arnaque. Sauf que ça marchait. Vraiment.
Vingt-trois ans plus tard, The Mountain arrive comme un retour aux sources… mais en pire. Les collaborations sont toujours là, cette fois avec des noms comme SZA, De La Soul ou même le rappeur français Ninho, mais le résultat sonne comme un album de compilations mal assemblées. Comme si le label avait dit : « On prend ce qu’on a sous la main, on mixe, et on fait croire que c’est cohérent. »
Et puis il y a les hologrammes. À Montréal, les fans ont payé 150$ pour voir des images projetées. Pas pour voir des musiciens suer, se tromper, ou improviser. Juste pour regarder un film interactif.
Est-ce que ça marche ? Oui. Est-ce que c’est de la musique ? Non. C’est du marketing. Du marketing très bien huilé, mais du marketing quand même.
Le vrai spectacle : ceux qui tirent les ficelles
Derrière les écrans, il y a des gens. Des vrais. Des producteurs, des ingénieurs du son, des techniciens qui ont passé des mois à calibrer chaque mouvement, chaque lumière, chaque effet. Et puis il y a les musiciens de session, ceux qui jouent vraiment, mais qu’on ne voit presque jamais.
Prenez Chris Wolstenholme, par exemple. Le bassiste de Muse, qui a rejoint le groupe pour cette tournée. Il ne chante pas. Il ne fait pas de solos. Il joue juste des notes en boucle, comme un robot. Parce que le vrai spectacle, c’est l’illusion. Pas lui.
Pourtant, sans ces musiciens, Gorillaz n’existeraient pas. Ils sont la preuve que, derrière le virtuel, il y a toujours du réel. Même si personne ne veut le reconnaître.
Ce que la pop perd en route
Il y a dix ans, un groupe comme Gorillaz aurait été un ovni. Aujourd’hui, c’est la norme. Les artistes virtuels pullulent, Lil Miquela, A$AP Ferg, même Daft Punk avant de disparaître. Tout le monde veut jouer avec les hologrammes, les IA, les avatars. Comme si la musique réelle n’était plus assez excitante.
Mais la musique réelle, justement, c’est ce qui manque. À Montréal, personne n’a dansé sur un faux solo de guitare. Personne n’a hurlé parce qu’un chanteur avait raté une note. Personne n’a crié « Encore ! » parce qu’un morceau était trop bon.
À la place, on a regardé des images. Des images très chères. Des images qui coûtent 150$ la place.
Le dernier album qui comptait vraiment
Si vous voulez entendre Gorillaz comme ils étaient censés être, écoutez Plastic Beach (2010). Pas The Mountain. Sur Plastic Beach, il y avait de la folie, de la rage, de la poésie. Il y avait des morceaux qui sonnaient comme des tubes, mais aussi des morceaux qui sonnaient comme des expériences. Il y avait des clips qui ressemblaient à des films d’auteur.
Aujourd’hui, Gorillaz est devenu une marque. Une marque qui vend des hologrammes, des collaborations éphémères, et des albums qui ressemblent à des playlists générées par algorithme.
Est-ce que c’est mal ? Pas forcément. Mais est-ce que c’est de la musique ? Non. C’est du divertissement. Du divertissement haut de gamme, oui. Mais du divertissement quand même.
Ce que ça dit de nous
On vit dans un monde où les gens préfèrent regarder des images plutôt que d’écouter de la musique. Où les concerts sont devenus des expériences visuelles plutôt que des moments sonores. Où les artistes virtuels valent plus que les vrais.
Gorillaz, c’est le symbole de cette époque. Un groupe qui a commencé comme une blague et qui s’est transformé en machine à cash. Une machine qui marche encore, parce que la nostalgie est une arme puissante.
Mais attention : la nostalgie, ça s’use. Et quand Gorillaz n’aura plus rien à vendre, plus de nouveaux hologrammes, plus de collaborations surprises, plus d’albums à sortir tous les deux ans, qu’il restera-t-il ?
Rien. Juste des images. Des images qui auront coûté une fortune.
Et vous, vous aurez payé pour ça.
La dernière question
Est-ce que ça vaut le coup ? Ça dépend. Si vous aimez les hologrammes, les effets spéciaux, et les collaborations qui sonnent comme des compilations, alors oui. Si vous cherchez de la vraie musique, alors non.
Mais une chose est sûre : Gorillaz ne sera plus jamais les mêmes. Parce que la pop, elle, non plus.
Et ça, c’est peut-être le vrai problème.