Genève crée un fonds pour attirer les tournages audiovisuels
R Galaxie Rédaction · 3 novembre 2026 à 18:04 · 6 min de lecture
Le canton de Genève instaure un mécanisme de soutien aux productions cinématographiques et télévisuelles, s’inspirant du modèle valaisan. Ce dispositif vise à dynamiser l’emploi local et les secteurs liés au tourisme. Les modalités et les effets concrets restent à préciser.
La Suisse compte désormais deux cantons romands dotés d’un fonds dédié aux productions audiovisuelles. Après le Valais, pionnier dans ce domaine, Genève met en place un dispositif similaire pour attirer les tournages sur son territoire. Cette initiative s’inscrit dans une logique économique visant à stimuler des secteurs clés comme l’emploi, l’hôtellerie-restauration et les services aux entreprises. Elle révèle aussi une divergence croissante entre les régions suisses sur la manière de soutenir leur attractivité culturelle et économique.
Ce type de fonds, souvent qualifiés de « tax shelter » ou de « rebates », existe dans plusieurs pays européens, où ils jouent un rôle clé dans l’économie des secteurs créatifs. En Suisse, leur adoption reste limitée, malgré des besoins identifiés par les professionnels du cinéma et de la télévision. Le modèle valaisan, lancé il y a quelques années, a déjà permis de capter des productions internationales et nationales, tout en générant des retombées locales significatives.
Qui bénéficie du fonds et selon quelles règles ?
Les modalités précises du fonds genevois ne sont pas encore détaillées dans les informations disponibles, mais on peut s’appuyer sur les pratiques valaisannes pour en esquisser les contours. Dans ce canton, les productions éligibles doivent respecter plusieurs critères :
- Le niveau de production : seules les œuvres dont le budget dépasse un certain seuil (généralement fixé pour éviter les petits projets) peuvent prétendre à des aides. En Valais, ce seuil est souvent lié à des coûts de tournage minimaux, par exemple 500 000 francs suisses.
- Le pourcentage de dépenses locales : une partie des dépenses (souvent entre 20 % et 30 %) doit être engagée sur place, que ce soit pour les salaires, les prestations techniques ou l’hébergement.
- La contrepartie fiscale : les producteurs bénéficient d’une réduction d’impôt ou d’un remboursement partiel des taxes payées, en échange de leur engagement à tourner dans le canton.
Ces règles visent à éviter que les fonds publics ne servent à subventionner des projets qui n’auraient de toute façon pas lieu en Suisse. Elles permettent aussi de cibler les productions les plus porteuses, capables de mobiliser des ressources locales sans alourdir excessivement les comptes publics.
Quels secteurs en tirent profit ?
Les effets concrets du fonds genevois, comme ceux du Valais, se répartissent entre plusieurs acteurs :
Pour les professionnels du cinéma et de la télévision
Les réalisateurs, producteurs et techniciens sont les premiers bénéficiaires directs. Un fonds de ce type leur offre une incitation financière à choisir Genève plutôt qu’une autre destination, notamment à l’étranger. Cela peut se traduire par :
- L’accès à des décors variés : entre lac Léman, architecture urbaine et paysages alpins, le canton offre une diversité de lieux de tournage, utile pour des productions recherchant des décors authentiques.
- Un écosystème local en développement : plus les tournages se multiplient, plus les prestataires (électriciens, machinistes, costumiers) voient leur activité augmenter, ce qui renforce la compétitivité du secteur.
- Une visibilité internationale : tourner en Suisse, même pour des productions modestes, peut attirer l’attention des diffuseurs et des festivals, ouvrant des portes pour de futurs projets.
Cependant, le secteur reste confronté à des défis structurels. Les budgets des productions suisses sont souvent limités, et la concurrence avec des pays offrant des aides plus généreuses (comme la France ou l’Allemagne) persiste. Sans harmonisation des pratiques entre cantons, les professionnels pourraient continuer à subir une fragmentation des opportunités.
Pour les entreprises locales
Les retombées économiques ne se limitent pas aux studios. Les secteurs indirectement liés aux tournages en tirent aussi profit :
- L’hôtellerie et la restauration : les équipes techniques et les acteurs nécessitent des hébergements et des repas sur place, ce qui soutient un secteur déjà fragilisé par la concurrence touristique.
- Les commerces et services : location de matériel, transports, assurances… Les petites entreprises locales voient leurs activités stimulées par l’afflux de professionnels.
- L’immobilier : dans certaines communes, la présence de tournages peut dynamiser le marché locatif, notamment pour les logements temporaires.
Ces effets sont cependant difficiles à quantifier sans données précises sur le volume des dépenses engendrées par les productions. En Valais, les estimations suggèrent que chaque franc investi dans un fonds de ce type génère entre 2 et 5 francs de retombées indirectes, mais ces chiffres varient selon les projets.
Pour les pouvoirs publics
Pour les autorités cantonales, la création d’un tel fonds répond à plusieurs objectifs :
- L’attractivité économique : dans un contexte de concurrence entre régions, attirer des productions audiovisuelles renforce l’image de Genève comme territoire dynamique et ouvert aux industries créatives.
- La création d’emplois : les tournages, même ponctuels, génèrent des emplois directs et indirects, utiles dans une économie où les secteurs traditionnels subissent des pressions.
- Le rayonnement culturel : en soutenant des œuvres locales ou internationales, le canton participe à la production d’une image positive, tant sur le plan national qu’à l’étranger.
Cependant, cette stratégie comporte des risques. Les fonds publics engagés doivent être rentables, et leur efficacité dépend largement de la capacité à attirer des productions de qualité. Un échec à ce niveau pourrait se traduire par un rapport coût-bénéfice défavorable, justifiant alors une remise en question du dispositif.
Une harmonisation nécessaire ?
La décision de Genève s’inscrit dans un débat plus large sur l’opportunité d’unifier les pratiques entre cantons. Plusieurs questions se posent :
- Faut-il généraliser ce modèle ? Les cantons alémaniques, comme Zurich ou Berne, n’ont pas encore franchi le pas, par crainte de déséquilibres budgétaires ou par méconnaissance des besoins du secteur. Une harmonisation permettrait d’éviter une concurrence déloyale entre régions, tout en clarifiant les règles pour les producteurs.
- Comment éviter les distorsions ? Sans cadre commun, les cantons pourraient adopter des critères d’éligibilité très différents, compliquant la tâche des professionnels. Par exemple, un seuil de budget trop bas dans un canton pourrait attirer des productions peu ambitieuses, au détriment de l’image globale de la Suisse.
- Qui financera ces fonds ? Les mécanismes actuels reposent souvent sur des exonérations fiscales ou des subventions directes. Leur pérennité dépend de la santé des finances publiques, notamment dans un contexte de hausse des dépenses sociales et d’inflation.
À ce stade, aucune initiative fédérale n’est annoncée pour uniformiser ces dispositifs. La Confédération se contente généralement de soutenir le cinéma via des aides ponctuelles, sans créer de fonds structurels. La balle reste donc dans le camp des cantons, qui doivent arbitrer entre attractivité et équilibre budgétaire.
Prochaine étape : l’évaluation et l’élargissement
La mise en œuvre du fonds genevois dépendra désormais de plusieurs facteurs :
- La définition précise des critères d’éligibilité, qui devront être publiés dans les semaines à venir. Leur transparence sera cruciale pour rassurer les producteurs potentiels.
- Les premiers retours d’expérience, attendus d’ici fin 2027, permettront d’ajuster le dispositif. Si les résultats sont concluants, d’autres cantons pourraient s’inspirer du modèle genevois.
- L’éventuelle création d’un groupe de travail au niveau national, regroupant cantons, professionnels du secteur et autorités fédérales, pour discuter d’une harmonisation progressive.
Sans décision politique claire, l’avenir de ces fonds restera incertain. Leur succès dépendra autant des choix locaux que de la capacité des acteurs suisses à se coordonner pour éviter une fragmentation contre-productive.