La gendarmerie et le fisc économisent des millions en refusant Microsoft depuis vingt ans

Depuis deux décennies, la gendarmerie nationale et la Direction générale des finances publiques (DGFiP) utilisent exclusivement des logiciels libres, évitant ainsi des dépenses récurrentes en licences Microsoft. Un modèle salué par la Cour des comptes, mais qui pose des questions sur sa généralisation.

Publié le 24 octobre 2026 à 08:03
La gendarmerie et le fisc économisent des millions en refusant Microsoft depuis vingt ans

Un choix pionnier et économique pour deux administrations clés

Reste à savoir si l’expérience de la gendarmerie nationale et de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) en matière de logiciels libres pourrait être reproduite à plus grande échelle dans la fonction publique, alors que les dépenses liées aux licences Microsoft pèsent sur le budget de nombreux ministères.

Un modèle qui date de 2006

La transition vers des alternatives libres à la suite Office remonte à près de vingt ans pour ces deux institutions. À l’époque, leur décision s’inscrivait dans une logique d’autonomie technologique et de maîtrise des coûts. Contrairement à la plupart des ministères, qui renouvelent chaque année leurs abonnements Microsoft, la gendarmerie et le fisc ont opté pour des solutions comme LibreOffice ou des outils spécialisés développés en interne ou par des acteurs publics. Cette rupture avec le modèle dominant s’est faite sans rupture de service, selon les retours d’expérience disponibles.

Qui décide et qui paie ?

La décision relève initialement des directions informatiques de chaque administration, en coordination avec les ministères de tutelle. Pour la gendarmerie, c’est la Direction générale de l’armement (DGA) qui supervise les choix technologiques, tandis que pour la DGFiP, c’est le ministère de l’Économie et des Finances. Les économies réalisées sont réinvesties dans d’autres postes budgétaires, sans que leur montant exact ne soit rendu public. En revanche, la Cour des comptes a souligné dans un rapport récent que cette stratégie avait permis d’éviter des dépenses récurrentes estimées à plusieurs millions d’euros par an.

Un exemple cité, mais pas sans limites

Elle souligne cependant des contraintes : l’adaptation des outils libres à certains besoins spécifiques, comme la compatibilité avec des systèmes hérités ou des formats de fichiers propriétaires utilisés par des partenaires externes. Par ailleurs, la maintenance et le développement de ces solutions reposent en partie sur des compétences internes, ce qui peut représenter un coût en formation et en temps pour les agents.

Pourquoi les autres ministères ne suivent-ils pas ?

Plusieurs facteurs expliquent que cette pratique reste marginale. D’abord, l’inertie des systèmes informatiques : de nombreux ministères utilisent des logiciels métiers développés pour fonctionner avec des environnements Microsoft. Ensuite, la standardisation des outils au sein de l’État facilite les échanges entre administrations, mais elle repose souvent sur des solutions propriétaires. Enfin, les contrats-cadres passés avec Microsoft bénéficient d’effets de réseau et de garanties de support technique difficilement égalables par des alternatives libres.

Quels enseignements pour l’avenir ?

L’expérience de la gendarmerie et du fisc interroge sur la capacité de l’État à généraliser une telle approche. Les arguments en faveur des logiciels libres sont clairs : réduction des coûts, souveraineté technologique et flexibilité. Pourtant, leur déploiement massif se heurte à des réalités opérationnelles, comme la formation des agents ou l’interopérabilité avec des systèmes tiers. La question n’est donc pas seulement financière, mais aussi stratégique : jusqu’où l’État peut-il aller dans la réduction de sa dépendance aux géants du numérique, sans compromettre son efficacité ?

Un consensus malgré les désaccords

Les deux camps reconnaissent que les logiciels libres offrent une alternative crédible pour certaines administrations. Les défenseurs de cette voie soulignent son potentiel pour réduire les dépenses et renforcer l’autonomie de l’État. Les partisans des solutions propriétaires, en revanche, insistent sur la fiabilité, le support technique et la compatibilité des outils Microsoft, essentiels pour des services publics exigeants. Le vrai débat porte moins sur l’efficacité du modèle que sur sa faisabilité à grande échelle, sans remettre en cause la continuité du service public.

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R Galaxie Rédaction

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