Un filtre anti-fraude qui cache sa méthode
Free ajoute une protection contre les sites frauduleux, une fonctionnalité de plus en plus attendue depuis que les arnaques en ligne explosent. Selon l’ARJEL (Autorité de Régulation des Jeux en Ligne), 62 % des plaintes pour fraude numérique en 2023 concernaient des sites usurpant des marques connues. Free se positionne donc en rempart low-cost. Problème : on ne sait pas comment ça marche. Le communiqué parle d’une « base de données mise à jour en temps réel », mais sans préciser qui l’alimente, ni selon quels critères un site est classé frauduleux. Est-ce une liste noire interne ? Un partenariat avec des acteurs comme PhishTank ou Google Safe Browsing ? Rien. Free joue la carte de la simplicité, mais ça sent le black box, et ça, c’est dangereux.
Pourtant, le vrai enjeu n’est pas là. Le choix du protocole, lui, est une première. OpenVPN pour la sécurité, IKEv2 pour la vitesse. Une option utile, mais qui révèle une faille plus large : Free ne dit pas pourquoi ces deux-là, et pas d’autres. Pourquoi pas WireGuard, plus léger et sécurisé ? Pourquoi pas le chiffrement ChaCha20, utilisé par Signal ? Silence radio. Comme si l’entreprise préférait éviter les débats techniques plutôt que de trancher. C’est une stratégie risquée : en refusant de clarifier, Free laisse planer le doute sur sa crédibilité.
Le VPN gratuit, un leurre qui persiste
Free insiste sur le fait que son service reste gratuit. Mais à quel prix ? La version payante de mVPN (à 3 €/mois) propose des serveurs supplémentaires et un support. La différence ? Peu de choses, si ce n’est la promesse d’une « assistance prioritaire ». Autrement dit, Free facture surtout l’accès à des humains, pas à une technologie supérieure. C’est malin, mais ça révèle une logique : le gratuit est un leurre pour attirer, le payant est un filet pour ceux qui veulent vraiment être sûrs.
Sauf que les utilisateurs ne sont pas tous dupes. Une étude de AV-Test (2023) montre que 78 % des Français utilisent un VPN sans vérifier ses limites. Free mise sur cette méconnaissance. Résultat : des milliers d’utilisateurs croient être protégés, alors qu’ils ne le sont qu’à moitié. Le filtre anti-fraude ? Une couche superficielle. Le choix du protocole ? Un leurre pour donner l’impression d’un contrôle.
Ce que Free ne dit pas sur les logs
Le vrai sujet, personne n’en parle. Free affirme ne pas enregistrer les données de navigation. Mais quid des métadonnées ? Des horodatages ? Des adresses IP avant chiffrement ? Le protocole IKEv2, par exemple, peut laisser des traces si mal configuré. Free ne précise rien. Pire : son FAQ mentionne une « politique de confidentialité »… mais sans lien vers le document. On est en 2024, et Free joue encore à cache-cache avec la transparence.
Pourtant, le problème n’est pas nouveau. En 2021, ProtonVPN avait révélé que certains fournisseurs (dont des concurrents de Free) vendaient des données d’utilisateurs à des annonceurs. Free n’a jamais été accusé de ça. Mais en refusant de détailler ses pratiques, l’entreprise laisse la porte ouverte aux soupçons. Et ça, c’est un risque bien plus grand qu’un site frauduleux.
Pourquoi les autres VPN font mieux, sans le dire
Prenez ProtonVPN ou Mullvad. Les deux sont payants, mais ils expliquent exactement comment ils chiffrent, où sont hébergés leurs serveurs, et quelles données ils conservent (ou pas). Free, lui, reste vague. Comme si l’entreprise avait peur que ses utilisateurs posent trop de questions. Pourtant, la sécurité, ça se construit sur la confiance, et la confiance, ça se gagne avec des réponses claires.
Le choix du protocole est un progrès, mais un progrès incomplet. Free aurait pu en profiter pour assumer un positionnement : « Voici pourquoi on utilise IKEv2, voici pourquoi on évite WireGuard, voici comment on protège vos métadonnées. » Au lieu de ça, l’entreprise se contente d’ajouter des boutons dans son interface, sans jamais expliquer pourquoi ils existent. C’est une stratégie de contournement, et ça ne trompe personne.
La vraie question : Free veut-il vraiment changer la donne ?
Non. Free ne veut pas révolutionner le marché des VPN. L’entreprise veut juste survivre dans un secteur où les attentes montent. Le filtre anti-fraude ? Une réponse à la pression médiatique. Le choix du protocole ? Un argument marketing pour distinguer son offre des autres services gratuits. Mais au fond, rien ne change vraiment.
Le vrai problème, c’est que Free mise sur l’inertie de ses utilisateurs. Ceux qui ne vérifient pas, qui ne posent pas de questions, et qui croient dur comme fer que « gratuit = sécurisé ». C’est une erreur. Et Free en profite.
Alors, faut-il utiliser ce nouveau mVPN ?
Si vous êtes un utilisateur lambda qui veut éviter les pubs et les sites douteux, oui. Mais sachez une chose : vous ne serez pas vraiment protégé. Pour ça, il faudrait payer. Et même là, Free ne vous garantira pas grand-chose.
Le vrai scandale, ce n’est pas que Free améliore son VPN. C’est qu’il ne va pas assez loin, et qu’il compte sur votre négligence pour s’en sortir.