Flamanville 3 a avalé 23,7 milliards sans un watt

Le réacteur EPR de Flamanville, censé coûter 3,4 milliards en 2007, en est à 23,7 milliards et ne produira pas avant décembre 2024. Un symbole des ratés du nucléaire français, alors que six EPR2 s'annoncent. Voici pourquoi ce chantier est un piège à milliards.

Publié le 20 septembre 2026 à 16:06
Flamanville 3 a avalé 23,7 milliards sans un watt

Le 15 octobre 2024, EDF a enfin annoncé une date : décembre. Pas pour livrer un nouveau modèle de voiture ou un smartphone, mais pour allumer le réacteur EPR de Flamanville. Douze ans de retard. 23,7 milliards d’euros engloutis. Et toujours pas un kilowattheure produit. Juste un trou noir budgétaire, un symbole des déboires du nucléaire français, et une question qui cloche : pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme plus fort ?

Un chantier qui part en fumée, et personne ne s’en émeut vraiment

La Cour des comptes l’a écrit noir sur blanc en 2023 : 23,7 milliards. Contre 3,4 milliards promis en 2007. Soit sept fois plus. Pas une erreur de calcul, mais une hémorragie. EDF parle de « complexité technique », les syndicats de « sous-traitance à la chaîne », les experts indépendants d’amateurisme structurel. Le gouvernement ? Silence radio. Comme si 23,7 milliards, c’était l’équivalent d’un ticket de caisse qu’on perd sans sourciller.

Pourtant, ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est une stratégie industrielle qui saigne. Flamanville 3, c’était censé être le fleuron du nucléaire français, le modèle exportable. Résultat ? Zero client. Pas un seul pays n’a commandé un EPR classique après ce fiasco. Et les six EPR2 en construction ou prévus ? Même les lobbies nucléaires commencent à murmurer. Sauf que les murmures, ça ne paie pas les factures.

Les EPR2, la nouvelle arnaque en puissance ?

EDF et le gouvernement misent tout sur les EPR2, la « version améliorée » du réacteur. Problème : personne ne sait vraiment si ces nouveaux modèles seront moins chers, moins longs à construire, ou simplement… fonctionnels. Les plans traînent, les coûts explosent avant même le premier coup de pelle. À Penly, à Gravelines, à Bugey : trois EPR2 en cours, avec des retards déjà annoncés. Et les quatre autres ? Personne n’ose en parler.

Pourtant, les signes sont là. En Finlande, l’EPR d’Olkiluoto a pris 14 ans de retard et dépassé les 11 milliards d’euros. En Chine, où EDF espérait vendre ses EPR2, les réacteurs locaux (copies low-cost) trustent le marché. Résultat : la France, pays de l’atome, se retrouve à la traîne, avec des chantiers qui ressemblent à des forages sans fin.

Pourquoi personne ne freine ?

Parce que l’option nucléaire, c’est comme un mauvais mariage : tout le monde sait que ça ne marche pas, mais personne n’ose divorcer. D’un côté, il y a l’urgence climatique, qui justifierait de relancer le nucléaire. De l’autre, il y a l’évidence des coûts et des retards. Alors on fait semblant d’y croire. On parle d’« innovation », de « transition », mais en réalité, on enterre les factures.

Et puis, il y a l’effet Flamanville : un chantier qui a déjà englouti des milliards, et dont personne n’ose dire qu’il faut l’abandonner. Parce que ça signifierait avouer l’échec. Parce que ça signifierait admettre que le nucléaire français est un gouffre. Alors on avance, on tergiverse, on promet des livraisons en décembre 2024… alors qu’on sait très bien que ce sera encore trop tard.

Ce que les six EPR2 cachent vraiment

Les six EPR2 en projet ou construction, c’est l’arme secrète du lobby nucléaire. Une façon de dire : « On ne peut pas tout arrêter maintenant, sinon c’est la crise énergétique assurée. » Sauf que la crise énergétique, elle est déjà là. Et elle ne viendra pas des réacteurs en retard, mais des factures qui s’accumulent.

Prenez Penly, dans la Seine-Maritime. Un EPR2 en construction, des coûts qui grimpent, et des riverains qui protestent. Le préfet a validé le projet en 2022, malgré les risques sismiques. Pourquoi ? Parce que personne n’ose dire non. Parce que le nucléaire, c’est sacré. Parce que les alternatives (éolien, solaire, stockage) prennent trop de temps. Alors on serre les dents, on signe les dérogations, et on espère que les réacteurs fonctionneront… un jour.

La vraie question : et après ?

Décembre 2024. Flamanville 3 sera enfin « opérationnel ». Super. Sauf que d’ici là, 23,7 milliards auront disparu. Sauf que les six EPR2 auront déjà englouti des sommes folles. Sauf que personne n’aura appris de Flamanville.

Le nucléaire français est un piège à long terme. Un piège où chaque nouveau réacteur est une nouvelle dette, chaque retard une nouvelle excuse, et chaque milliard une nouvelle raison de ne pas regarder la réalité en face.

Alors oui, Flamanville 3 produira enfin de l’électricité en décembre 2024. Mais à quel prix ? Et surtout… pourquoi on recommence ?

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R Galaxie Rédaction

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