L'ETH Zurich perd du terrain, et l'Europe regarde ailleurs

Le classement 2027 du *Times Higher Education* confirme un déclin relatif de l’ETH Zurich, désormais 12e, tandis que Tsinghua monte à la 11e place. L’Europe se fait distancer par l’Asie, et les universités anglo-saxonnes restent les seules à tenir le haut du pavé. Pourquoi cette chute ? Et surtout, que signifie-t-elle pour la recherche mondiale ?

Publié le 30 septembre 2026 à 16:08
L'ETH Zurich perd du terrain, et l'Europe regarde ailleurs

Pourquoi l’ETH Zurich perd-elle des places ?

Pas par manque de moyens. L’ETH Zurich, c’est l’une des meilleures écoles d’ingénieurs au monde. Ses laboratoires, ses partenariats industriels, son réseau d’anciens… Tout est là. Alors pourquoi cette baisse ?

D’abord, parce que l’Asie ne joue plus selon les mêmes règles. Tsinghua, par exemple, a multiplié par trois son budget recherche depuis 2010. Trois fois. Pendant ce temps, les universités européennes se battent pour des crédits qui peinent à suivre l’inflation. L’Allemagne, pays hôte de l’ETH, investit 2,5 % de son PIB dans la recherche. La Chine, elle, en met 2,2 %. À quelques dixièmes près, mais avec une différence de volume qui fait tout basculer.

Ensuite, parce que l’ETH Zurich a un problème de recrutement. Ses meilleurs chercheurs partent. Pas pour les États-Unis, non. Pour la Chine, pour Singapour, pour les pays qui offrent des salaires décents et des labos équipés comme des usines high-tech. Un professeur en intelligence artificielle à l’ETH gagne en moyenne 180 000 francs suisses par an. À Tsinghua ? Le double, avec des bonus liés aux publications. Résultat : les talents fuient, et l’ETH perd en visibilité.

Enfin, parce que l’Europe, elle, regarde ailleurs. Les universités européennes excellent dans la théorie, mais peinent à industrialiser leurs découvertes. Un exemple ? L’ETH Zurich a développé des algorithmes révolutionnaires pour les batteries lithium-ion. Mais c’est la Corée du Sud qui les produit à grande échelle, et la Chine qui les intègre dans ses voitures électriques. L’Europe conçoit, l’Asie exécute.

Les Anglo-Saxons tiennent toujours le haut du pavé

Pendant ce temps, Oxford, Cambridge, Harvard et le MIT restent dans le top 5. Pourquoi eux ?

Parce qu’ils ont compris une chose simple : la recherche, ça se vend. Pas seulement en publications, non. En brevets, en start-ups, en partenariats avec le privé. Le MIT, par exemple, génère plus de 1 milliard de dollars par an grâce à ses licences et spin-offs. L’ETH Zurich ? Environ 300 millions. Un écart abyssal.

Les universités anglo-saxonnes misent aussi sur l’attractivité. Elles paient leurs professeurs comme des stars. Un chercheur en biotech à Harvard touche facilement 300 000 dollars par an, plus des stock-options. À l’ETH ? Comptez la moitié, et encore si vous avez de la chance. Avec ces écarts, difficile de rivaliser.

Et puis, il y a la culture. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, la recherche est un business. On ne publie pas pour la gloire, on publie pour financer le prochain projet. Les universités ont des incubateurs, des fonds dédiés, des relations étroites avec Silicon Valley ou la City de Londres. En Europe, on reste dans le modèle académique pur : un labo, des étudiants, des publications. Point.

L’EPFL, elle, résiste (pour l’instant)

L’École polytechnique fédérale de Lausanne, elle, tient encore la barre. Pourquoi ?

Parce qu’elle a compris une chose que l’ETH Zurich semble oublier : il faut être agressif. L’EPFL a signé des partenariats avec des géants comme Nestlé et Roche. Elle attire des chercheurs étrangers avec des salaires compétitifs. Et surtout, elle mise sur l’interdisciplinarité.

À l’ETH, les départements restent souvent cloisonnés. À l’EPFL, on mélange ingénieurs, biologistes et informaticiens sur les mêmes projets. Résultat ? Des innovations qui marchent.

Prenez l’exemple des matériaux intelligents. L’EPFL a développé des capteurs auto-réparants en collaboration avec des chimistes et des mécaniciens. L’ETH, elle, reste coincée dans des approches trop théoriques.

Ce que ça signifie pour la recherche mondiale

L’ascension des universités asiatiques n’est pas une surprise. C’est une tendance de fond.

D’ici 2030, trois universités chinoises seront dans le top 10 mondial, selon le rapport Nature Index. Trois. Et l’Europe ? Elle stagne. Pire : elle se fait doubler.

Le problème, c’est que personne en Europe ne semble vraiment s’en inquiéter. On parle de l’IA, des enjeux climatiques, de la souveraineté technologique… mais on ne fait rien.

L’ETH Zurich pourrait encore inverser la tendance. Il suffirait d’augmenter les budgets, d’attirer des talents mieux payés, et de cesser de fonctionner comme une machine à publications.

Mais pour l’instant, l’Europe regarde ses pieds.

Et pendant ce temps, Tsinghua avance.

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R Galaxie Rédaction

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