Votre région accueillera un réacteur sans votre consentement.

Les collectivités locales se bousculent pour accueillir huit EPR2 supplémentaires, alors que les six premiers sites ne sont même pas encore en construction. Un coup de force technocratique qui passe au-dessus des citoyens et des réalités locales. Explications sur ce qui se joue vraiment.

Publié le 25 septembre 2026 à 22:11
Votre région accueillera un réacteur sans votre consentement.

Les collectivités se battent pour un cadeau empoisonné

La région Hauts-de-France a été la première à se manifester. En avril 2023, elle a officiellement exprimé son intérêt pour accueillir un EPR2 supplémentaire à Gravelines. Pourquoi ? Parce que le nucléaire, c’est 1 000 emplois et des milliards d’euros d’investissements. Sauf que Gravelines est déjà une centrale vieillissante, avec des problèmes de corrosion et des arrêts fréquents. Ajouter un EPR2, c’est comme greffer un cœur artificiel sur un patient en phase terminale : ça peut marcher… ou tout faire sauter.

Et puis, qui paiera ? Les collectivités locales se font mousser comme des gagnantes, mais c’est EDF qui signe les chèques. Le coût d’un EPR2 ? Entre 10 et 12 milliards d’euros par réacteur, selon les estimations les plus basses. Soit 80 à 96 milliards pour huit réacteurs. L’État avance une partie, mais c’est surtout la facture des consommateurs qui gonflera. Et les collectivités ? Elles hériteront des déchets, des risques, et des coûts de démantèlement dans 60 ans. Un bon plan, non ?

Pourtant, personne ne semble s’inquiéter. Ni les maires, ni les régions, ni même les associations environnementales, trop occupées à négocier leur part du gâteau. Le nucléaire, c’est le seul dossier où tout le monde fait semblant d’y croire, même ceux qui savent que ça ne marchera pas.

L’État joue les arbitres sans transparence

Officiellement, le gouvernement veut « diversifier les sources d’énergie » et « réduire la dépendance au gaz russe ». Officieusement, il s’agit d’éviter un black-out en 2030, alors que les réacteurs actuels tombent comme des mouches. Problème : les EPR2, c’est du sur-mesure. Les six premiers sites (Penly, Gravelines, Bugey) ont déjà pris trois ans de retard. À ce rythme, les huit « additionnels » ne seront pas prêts avant 2040.

Et puis, il y a le problème des sites. L’État n’a pas encore tranché, mais les rumeurs courent. La Normandie mise sur Flamanville, le Grand Est sur Fessenheim, l’Occitanie sur Golfech. Chaque région veut son réacteur, comme si c’était un trophée. Sauf que personne ne se demande si ces sites sont vraiment adaptés. Penly a déjà eu des problèmes de fondations. Gravelines est en zone sismique. Et Bugey ? À côté d’une faille géologique majeure.

Le vrai débat, personne ne le mène. Celui sur la sûreté, sur les coûts réels, sur l’alternative renouvelables. On parle de « souveraineté énergétique », mais en réalité, c’est une fuite en avant.

Les citoyens, les derniers à savoir

En 2022, une enquête de l’IFOP révélait que 62 % des Français étaient opposés à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Pourtant, personne ne les a consultés. Les collectivités locales ont le monopole de la décision, et elles jouent le jeu.

Prenez le cas de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. En 2023, elle a officiellement exprimé son intérêt pour un EPR2 à Tricastin. Sauf que Tricastin, c’est déjà une zone à haut risque nucléaire. Entre les centrales, les stockages de déchets et les usines AREVA, c’est l’un des sites les plus dangereux de France. Et personne ne bronche.

Pourquoi ? Parce que le nucléaire, c’est l’argent facile. Les maires et les présidents de région se disent : « On va attirer des emplois, des entreprises, des subventions. » Ils oublient juste de mentionner que ces emplois seront temporaires, que les subventions viendront des contribuables, et que les risques, eux, seront éternels.

Le pire ? Les citoyens ne sont même pas informés correctement. Les débats publics sont organisés en vitesse, les rapports de sûreté sont confidentiels, et les associations anti-nucléaires sont souvent ignorées. C’est comme si on installait une usine chimique sans prévenir les riverains.

Le vrai problème : on n’a pas besoin de huit EPR2

En 2022, RTE (Réseau de Transport d’Électricité) a publié un rapport clair : la France n’aura pas besoin de huit EPR2 pour assurer sa transition énergétique. Même avec la fermeture des centrales actuelles, les renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) et l’efficacité énergétique pourraient couvrir une grande partie des besoins.

Alors pourquoi en construire huit ?

  1. Parce que personne ne veut toucher au nucléaire. Même avec Fukushima et Tchernobyl, c’est toujours le parent pauvre de l’énergie. On préfère investir dans du béton et de l’uranium que dans des éoliennes ou des panneaux solaires.

  2. Parce que c’est un argument politique. « Le nucléaire, c’est la souveraineté ! » répètent les gouvernements depuis des décennies. Sauf que la souveraineté, ça ne se mesure pas en gigawatts, mais en indépendance. Et aujourd’hui, la France dépend toujours du Canada et du Kazakhstan pour son uranium.

  3. Parce que c’est plus simple. Construire un réacteur, c’est un gros chantier, des milliers d’emplois, des contrats juteux pour les sous-traitants. C’est moins compliqué que de rénover des logements ou d’isoler des bâtiments.

Le vrai scandale, c’est qu’on continue à parier sur une technologie obsolète alors que les solutions existent.

Et après ? Quand les réacteurs seront-ils prêts ?

Si tout va bien (ce qui est peu probable), les premiers EPR2 devraient être opérationnels vers 2030-2032. Soit dans dix ans.

Problème : les centrales actuelles commencent à fermer dès 2025. Fessenheim a déjà dit adieu, Gravelines suivra. On va donc avoir une période de transition où la France sera à la fois sans réacteurs et sans nouveaux réacteurs opérationnels.

Résultat ? Des coupures, des prix de l’électricité qui explosent, et des citoyens qui trinquent.

Alors, oui, les collectivités locales se battent pour héberger ces réacteurs. Mais ce qu’elles ne disent pas, c’est qu’elles jouent un rôle dans une partie dont elles ne maîtrisent pas les règles. Et que le vrai perdant, ce sera le contribuable.

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R Galaxie Rédaction

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