L’Europe se fait doubler sans broncher
Le classement 2027 n’est pas une surprise. Depuis 2023, les universités chinoises grimpent. L’EPFZ, première en Europe continentale, était encore 11e en 2026. Cette année, elle est 12e. L’EPFL, elle, passe de la 19e à la 22e place. Deux ans de chute. Deux ans où personne ne semble avoir réagi. Pourtant, les chiffres parlent : en 2020, aucune université chinoise n’était dans le top 20. Aujourd’hui, trois y figurent. La Chine investit massivement dans la recherche. En 2026, elle dépensait plus de 300 milliards de dollars dans l’innovation, selon l’OCDE. La Suisse ? Environ 10 milliards. Même rapport, même budget. Et pourtant, on s’étonne du recul.
Pourquoi cette passivité ? Peut-être parce que la Suisse mise sur son image, pas sur les faits. Les deux écoles fédérales restent des marques fortes. Mais une marque ne paie pas les salaires des chercheurs. Les laboratoires de l’EPFZ tournent à plein régime, mais manquent de moyens pour rivaliser avec les géants asiatiques. En 2025, une étude de l’European University Association montrait que 40 % des chercheurs suisses quittaient le pays pour des salaires deux fois plus élevés ailleurs. Résultat : des équipes affaiblies, des projets reportés, une course que personne ne gagne.
Et puis, il y a ce détail : la Suisse forme toujours des élites. Mais à quel prix ? Celui de voir ses universités devenir des vitrines, pas des leaders.
# Les étudiants paient la facture
Les classements, c’est bien. Les conséquences, c’est autre chose. Les étudiants suisses savent que leur diplôme ouvre des portes. Mais à quel coût ? Les frais d’inscription à l’EPFZ ? Environ 1 500 francs par semestre. Rien. À l’EPFL, c’est pareil. Le problème, ce n’est pas le prix, c’est ce qu’on leur propose. Des cursus solides, oui. Mais des infrastructures à la traîne ? Des partenariats industriels qui se raréfient ?
Prenez le cas des laboratoires. En 2026, l’EPFZ a dû fermer deux centres de recherche faute de financement. L’EPFL, elle, a vu ses contrats avec des entreprises comme ABB ou Roche diminuer de 15 %. Moins de projets, moins de visibilité, moins d’attractivité. Les étudiants le sentent. Les classements aussi.
Et puis, il y a cette question qui dérange : et si la Suisse perdait son avantage compétitif ? Pas demain, mais aujourd’hui. Les entreprises suisses recrutent de plus en plus à l’étranger. Pourquoi ? Parce que les ingénieurs formés à Zurich ou Lausanne ne suffisent plus. La Chine, elle, forme des milliers de doctorants en IA et en biotech chaque année. La Suisse ? À peine 500. Le décalage est là . Personne ne le voit, ou alors on préfère fermer les yeux.
# Le piège des apparences
La Suisse a un atout : son image. Pas ses résultats. Les classements le confirment. L’EPFZ reste première en Europe continentale. L’EPFL, deuxième en Suisse romande. Mais première où ? Dans un top 20 où les universités chinoises dominent. La vraie question n’est pas « Pourquoi reculer ? », mais « Pourquoi personne ne s’en soucie ? »
Le problème, c’est que personne ne veut admettre que le modèle suisse a des limites. Les politiques parlent d’innovation, mais les budgets ne suivent pas. Les recteurs des deux écoles fédérales dénoncent le manque de moyens, mais rien ne change. Les étudiants, eux, continuent de payer des frais modiques pour un système qui peine à suivre.
Et puis, il y a cette ironie : la Suisse critique les subventions publiques en Chine. Pourtant, sans elles, ses universités ne tiendraient pas. En 2025, 60 % du budget de l’EPFZ venait de fonds publics, selon ses propres rapports. La Chine, elle, mise sur des partenariats publics-privés. Résultat : des laboratoires flambant neufs, des salaires attractifs, des chercheurs qui restent. En Suisse, on préfère jouer la carte de la discrétion. Ça marche encore. Pour combien de temps ?
# Ce que cache le classement
Les chiffres sont là . L’EPFZ est 12e. L’EPFL, 22e. Mais ce qui compte, ce n’est pas le rang. C’est ce qu’il révèle. Une chose est sûre : la Suisse ne peut plus compter sur son passé pour assurer son avenir. Les universités chinoises ne sont pas en train de rattraper la Suisse. Elles la dépassent. Et personne ne semble s’en préoccuper.
Pourtant, les signes sont clairs. En 2026, l’EPFZ a perdu 30 % de ses partenariats avec l’Asie en deux ans. L’EPFL, elle, voit ses publications scientifiques citées moins souvent. Moins de visibilité, moins d’influence. Moins de poids.
Et puis, il y a cette question qui fâche : et si la Suisse perdait sa place de leader ? Pas dans 10 ans. Maintenant. Les étudiants chinois, eux, ne se posent pas la question. Ils savent que leur pays investit. Les Suisses, eux, attendent le prochain classement pour s’inquiéter. Trop tard.
# Le vrai enjeu : l’argent
Tout se résume à une question : qui paie ? En Chine, l’État et les entreprises investissent massivement. En Suisse, on serré les ceintures. Résultat : des salaires de chercheurs 20 % inférieurs à ceux de Pékin, selon une étude de Nature en 2026. Des laboratoires sous-équipés. Des projets reportés. La Suisse a toujours cru que son modèle tiendrait. Il ne tient plus.
L’EPFZ et l’EPFL restent des écoles de qualité. Mais une qualité qui se paye. Et personne ne veut payer le prix.
Alors, oui, le classement 2027 est une mauvaise nouvelle. Mais la vraie nouvelle, c’est que personne ne semble prêt à faire ce qu’il faut pour inverser la tendance. La Suisse a l’habitude de gagner sans rien faire. Cette fois, ce n’est plus possible.