L'électricité coûte 6 fois plus cher le soir

Entre 13h et 19h, le prix du mégawatt-heure a explosé de 68 € à 277 € jeudi. Les heures creuses ne suffisent plus à économiser : voici comment éviter de se faire plumer.

Publié le 15 octobre 2026 à 16:07
L'électricité coûte 6 fois plus cher le soir

Le marché joue avec le feu

Ce n’est pas la première fois. Mais cette fois, c’est pire. Le 15 octobre, le prix de l’électricité a fait des bonds dignes d’un rollercoaster mal réglé. À 13h, 68 €/MWh. À 19h, 277 €. La différence ? 209 € en six heures. Soit l’équivalent d’une facture supplémentaire de 200 € pour une famille moyenne sur une seule soirée. Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que c’est normal. Du moins, selon les règles du marché.

Le problème, c’est que ces variations ne suivent plus la logique de la demande. Le soir, les Français ne consomment pas soudainement quatre fois plus d’électricité. Non. Le vrai problème, c’est l’offre. Ou plutôt, son absence. Les centrales à gaz, qui servent de filet de sécurité quand le vent tombe ou que le soleil se cache, tournent à plein régime pour compenser. Et quand elles manquent, les prix s’envolent. Comme un appel d’offres où seul un fou surenchérit.

Engie et TotalEnergies en mode survie

Prenez Engie. Le géant français a mis la main sur des centrales à gaz en Europe de l’Est pour parer aux crises. Résultat ? Quand la demande explose, Engie doit soit puiser dans ses réserves (et donc payer cher pour les reconstituer), soit laisser filer des clients. Même chose pour TotalEnergies, qui mise sur le gaz liquéfié (GNL) pour ses centrales. Sauf que le GNL, c’est comme l’essence : quand tout le monde en a besoin, les prix grimpent. Et quand ils grimpent, c’est vous qui payez.

Le pire ? Ces variations ne sont pas des accidents. Ce sont des signaux. Le marché envoie un message clair : on est à la limite. Et si demain, une panne ou une pénurie frappe, ce ne sera pas +10 %, mais +300 % en quelques heures. Comme ce jeudi.

Les heures creuses, un leurre

Votre fournisseur vous a vendu le rêve : les heures creuses, c’est malin. Vous lavez votre linge la nuit, vous chargez votre voiture électrique après minuit, et hop, vous économisez. Sauf que.

Sauf que les heures creuses, c’est une moyenne. Une moyenne calculée il y a dix ans, quand l’éolien et le solaire étaient des gadgets. Aujourd’hui, la production renouvelable est volatile. Le soir, quand vous rentrez du boulot, les éoliennes tournent peut-être à plein, ou peut-être pas. Et si elles ne tournent pas, c’est le gaz qui prend le relais. À 277 € le MWh.

Exemple concret : la facture d’un foyer

Prenez une famille qui fait tourner sa machine à laver de 22h à 2h du matin. En théorie, elle paie le tarif heure creuse (0,15 €/kWh). En pratique, si le prix spot du MWh dépasse 150 € à 23h, votre fournisseur peut répercuter une partie de la hausse. Même en heure creuse. Comment ? Via des indexations ou des options de marché. Bref, vous croyez faire des économies, et vous vous faites avoir.

Et puis, il y a les pics de consommation. Le soir, tout le monde regarde la télé, tout le monde charge sa voiture, tout le monde fait chauffer l’eau. Résultat : la demande explose, et les prix avec. Même en heure creuse.

Le piège des fournisseurs alternatifs

Vous avez changé de fournisseur pour une offre « verte » ou « indexée » ? Félicitations. Vous payez peut-être moins cher… quand le marché est calme. Mais quand il s’emballe, vous êtes dans la même galère.

Prenez Mint Energie, qui propose des tarifs indexés sur le prix du marché. Le 15 octobre à 19h, leurs clients ont vu leur prix de l’électricité bondir de 200 % en quelques heures. Même chose pour Ohmyenergy ou Planète Oui. Ces offres sont présentées comme transparentes. En réalité, elles sont juste sans filet.

Le cas d’EDF, le seul qui résiste (un peu)

EDF, lui, a gardé son vieux tarif réglementé. Pas parfait, mais stable. Pourquoi ? Parce que l’État impose un plafond. Résultat : même si le marché s’emballe, votre facture ne suit pas. Du moins, pas intégralement. Mais attention : ce filet se réduit comme peau de chagrin. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) vient d’annoncer que le tarif réglementé pourrait disparaître d’ici 2025. Après ? Libre à vous de jouer à la roulette russe.

Comment éviter de se faire plumer

  1. Surveillez les prévisions météo et les alertes marché

    • Le site Prix de l’Électricité ou Elexon (pour le Royaume-Uni, mais les tendances sont les mêmes) publie des prévisions en temps réel. Si on annonce un ciel dégagé et un vent faible, attendez. Le soir, les prix vont monter.
    • Source : La CRE publie des rapports trimestriels sur la volatilité des prix. Dans son dernier bilan (juin 2023), elle soulignait que 80 % des hausses brutales surviennent après 18h, quand les pics de consommation coïncident avec le coucher du soleil.
  2. Décalez vos consommations lourdes

    • Lavez votre linge à midi. Chargez votre voiture à 10h ou 16h. Cuisinez avec un four à induction (moins gourmand qu’un four classique). Bref, évitez les plages 18h-22h.
    • Astuce : Certains fournisseurs comme TotalEnergies proposent des applis pour suivre les prix en temps réel. Utilisez-les. Même si c’est du greenwashing, ça marche.
  3. Négociez avec votre fournisseur (oui, c’est possible)

    • Les gros consommateurs (plus de 300 000 kWh/an) peuvent négocier des contrats à prix fixe. Les particuliers, non. Mais vous pouvez demander un lissage des hausses. Certains fournisseurs acceptent de reporter une partie de la hausse sur plusieurs mois.
    • Exemple : En 2022, une PME en Bretagne a obtenu un report de 6 mois sur une hausse de 30 % en négociant avec Engie. Pourquoi pas vous ? Essayez.
  4. Passez en heures pleines/creuses… mais pas n’importe comment

    • Si votre compteur est neuf (post-2015), vous avez peut-être un compteur Linky avec des plages horaires plus fines. Profitez-en. Certains fournisseurs proposent des super heures creuses (de 22h à 6h). C’est là que vous devez concentrer vos gros consommations.
    • Attention : Vérifiez que votre fournisseur ne vous facture pas des coûts de mise en service pour basculer vers ces options.

Ce qui se joue derrière : la fin du marché organisé

Derrière ces variations folles, il y a un problème structurel : l’Europe a cassé son marché de l’électricité.

Avant 2022, les États fixaient des prix planchers pour protéger les consommateurs. Aujourd’hui, tout dépend des marchés de gros. Et ces marchés, c’est comme Wall Street : quand les traders sentent la panique, ils spéculent. Résultat : des prix qui décollent, même sans crise réelle.

Le cas de la Belgique, où ça a mal tourné

En février 2022, la Belgique a été obligée d’intervenir pour plafonner les prix après que ceux-ci aient atteint 500 €/MWh pendant une semaine. Pourquoi ? Parce que les traders avaient parié sur la pénurie de gaz russe. Et quand la pénurie est arrivée, ils ont encaisse.

Aujourd’hui, l’UE parle de mécanismes de solidarité. Traduction : on va peut-être limiter les hausses… mais seulement après que les prix aient explosé. Trop tard.

La vraie solution ? Un retour (partiel) à la régulation

La CRE et la Commission européenne en parlent depuis des mois. Mais les lobbies des énergéticiens freinent. Pourquoi ? Parce que si les prix sont régulés, leurs marges aussi.

Pourtant, des pays comme l’Allemagne ou l’Espagne ont testé des prix plafonds en cas de crise. Résultat ? Moins de volatilité, moins de spéculations. Mais surtout : moins de factures qui sautent de 200 % en une soirée.

Demain, ça va comment ?

Les prévisions pour vendredi 16 octobre (à 10h30, heure où j’écris) :

  • Prix moyen attendu : 170 €/MWh (en baisse par rapport à jeudi, mais toujours élevé).
  • Pics possibles : Entre 18h et 20h, avec un risque de remontée vers 220-250 €/MWh si la demande reste forte.
  • Facteur clé : La météo. Si le vent tombe en mer du Nord (où sont installées des éoliennes géantes), les prix repartent à la hausse.

Où trouver les données en temps réel ?

  • EPEX Spot (le marché européen) : lien
  • RTE (pour la France) : lien
  • CRE (rapports trimestriels) : lien

La dernière idée qui dérange

Le vrai problème, ce n’est pas le prix de l’électricité. C’est que personne ne veut assumer les conséquences de la transition énergétique.

On nous vend du solaire, de l’éolien, des voitures électriques. Mais personne ne dit que cette transition a un coût. Un coût qui se paie en factures imprévisibles, en black-outs localisés, et en traders qui rigolent en voyant vos économies s’envoler.

La solution ? Soit on accepte de payer le prix fort quand le vent ne souffle pas, soit on se réveille et on exige un vrai filet de sécurité. Pas des promesses, pas des aides temporaires, mais une régulation qui tienne compte des réalités de 2023, pas de 1990.

Le choix est simple. Mais personne n’a envie de le faire.

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R Galaxie Rédaction

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