Le nucléaire, ce talon d’Achille des IA vertes
Ecosia n’est pas le premier à buter sur cette question. DeepMind, Google, même Microsoft : tous ont fini par admettre que leurs data centers, même alimentés à 100 % par des énergies renouvelables, dépendent souvent… du nucléaire. En France, où 70 % de l’électricité vient de l’atome (chiffre EDF 2023), c’est encore plus vrai. Mais pour une entreprise qui se présente comme la référence de l’écologie numérique, c’est un problème. Un client qui paie pour une recherche « propre » n’a pas envie d’apprendre que derrière, il y a des réacteurs. Même si, objectivement, le nucléaire émet moins que le gaz. Ecosia a choisi de ne pas prendre ce risque. Résultat : ils se tournent vers des alternatives, dont certaines sont développées en Chine. Où, justement, le nucléaire est aussi une énergie majeure. Sauf que là-bas, personne ne vous vend une image de pureté écologique. Et c’est ça, le vrai problème : quand on quitte un partenaire pour des raisons éthiques, on ne peut pas se permettre d’atterrir dans un système encore plus opaque.
Et puis, il y a la question de la souveraineté. Mistral, c’était censé être le rempart contre les GAFAM. Une IA européenne, indépendante, qui ne vendrait pas vos données à Facebook ou Google. Sauf que cinq mois après, Ecosia zappe tout ça pour des modèles ouverts, souvent entraînés sur des données chinoises, avec des règles de confidentialité qui n’ont rien à voir avec le RGPD. Le revirement est d’autant plus brutal que Mistral, côté tech, avait l’air de tenir ses promesses. Alors pourquoi ce départ précipité ? Parce que l’écologie, pour Ecosia, ce n’est pas qu’une question de CO₂. C’est une posture. Et quand cette posture entre en conflit avec la réalité industrielle, la réalité l’emporte. Toujours.
# Ce que Mistral perd en crédibilité
Si Ecosia justifie son choix par des « contraintes techniques », tout le monde sait que c’est une question de fond. Le nucléaire, c’est le serpent de mer des IA vertes. Personne ne veut l’admettre, mais sans lui, difficile de faire tourner des modèles lourds sans recourir au charbon ou au gaz ailleurs en Europe. Mistral, en refusant de faire de concessions, a peut-être gagné en cohérence. Mais il a perdu un client haut de gamme, qui plus est très médiatisé. Pour une startup qui mise tout sur son image d’IA « responsable », c’est un coup dur. D’autant que ce n’est pas le seul partenaire à avoir des doutes. Plusieurs acteurs du green IT en France et en Allemagne ont des réserves sur les data centers français, justement à cause de leur dépendance au nucléaire. Le problème, c’est que sans le nucléaire, ou sans des renouvelables massives (et pas seulement des panneaux solaires en toiture), impossible de concilier puissance de calcul et neutralité carbone.
Mistral pourrait répondre : « On ne peut pas plaire à tout le monde. » Sauf qu’Ecosia, c’est un client qui compte. Et son départ envoie un message clair : l’écologie numérique, ce n’est pas qu’une question de bilan carbone. C’est une question de perception. Et là, Mistral a échoué. Pas parce que sa tech est mauvaise. Mais parce qu’il n’a pas su vendre son histoire. Une histoire qui, aujourd’hui, ressemble étrangement à celle des GAFAM : « On est propres, mais chut, ne regardez pas trop comment. »
# Les IA chinoises, nouvelle planche de salut ?
Alors, Ecosia va-t-il trouver mieux avec les modèles ouverts ? Rien n’est moins sûr. Les alternatives chinoises, comme Baichuan ou Qwen, ont l’avantage d’être moins chères et plus accessibles. Sauf que leur entraînement repose souvent sur des données massives, collectées sans toujours respecter les mêmes règles que l’Europe. Et puis, il y a la question de la censure. Une IA chinoise, même ouverte, ne peut pas ignorer les lois locales. Résultat : si vous voulez un moteur de recherche qui bloque les sites politiques sensibles, ou qui censure certains sujets, vous trouverez ça. Ecosia va-t-il accepter ce compromis ? Pour l’instant, ils ne disent rien. Juste qu’ils « explorent d’autres options ». Traduction : on verra bien.
Le vrai problème, c’est que ce revirement montre une faille dans le récit des IA européennes. On nous vend l’idée d’une alternative éthique, souveraine, verte. Sauf que quand vient le moment de choisir entre ses principes et la réalité industrielle, les principes prennent souvent le pas sur la tech. Et ça, c’est un mauvais signal. Parce que si même Ecosia, qui se veut exemplaire, finit par se rabattre sur des solutions moins contrôlables, que reste-t-il aux autres ?
# Le nucléaire, ce sujet que personne n’ose aborder
Il y a une hypocrisie dans le débat sur les IA vertes. Tout le monde sait que sans nucléaire, ou sans des énergies renouvelables à grande échelle (et pas seulement des éoliennes en Bretagne), impossible de faire tourner des data centers propres. Mais personne n’ose le dire. Parce que le nucléaire, c’est le tabou ultime. Même pour les écologistes. Pourtant, les chiffres sont là : en France, le mix électrique est l’un des plus décarbonés d’Europe. Mais si on enlève le nucléaire, il reste quoi ? Du gaz, du charbon, et des interconnexions avec l’Allemagne, où les centrales à lignite tournent encore. Alors oui, le nucléaire pollue moins que le charbon. Mais est-ce que ça suffit pour une entreprise comme Ecosia ? Visiblement, non.
Le problème, c’est que cette position crée un vide. Si on rejette le nucléaire, mais qu’on ne veut pas non plus dépendre du gaz ou des énergies fossiles, il reste quoi ? Des promesses en l’air. Et des revirements comme celui d’Ecosia, qui montrent que même les plus engagés finissent par craquer. La question n’est pas « Peut-on faire des IA sans nucléaire ? », mais « À quel prix ? ». Et là, personne n’a vraiment de réponse.
# Ce que ça change pour vous
Si vous utilisez Ecosia, rien ne change dans votre quotidien. Votre recherche reste aussi rapide, aussi (supposément) écologique. Sauf que derrière, le moteur a basculé. Et ça, c’est un problème. Parce que ça signifie que même les acteurs les plus transparents peuvent, du jour au lendemain, changer de stratégie sans prévenir. Sans expliquer vraiment pourquoi. Sans garantir que les nouvelles solutions seront vraiment meilleures.
Pour les autres moteurs de recherche, c’est un avertissement. Si Ecosia, qui se présente comme un modèle, peut abandonner ses principes aussi vite, que reste-t-il aux autres ? La réponse est simple : pas grand-chose. Sauf à accepter que l’écologie numérique, ce n’est pas qu’une question de tech. C’est une question de choix. Et ces choix, ils ont un coût. Un coût politique, un coût éthique, un coût industriel. Et parfois, ce coût est trop lourd à porter.
Alors oui, Ecosia quitte Mistral. Mais derrière ce départ, il y a une question bien plus large : peut-on encore faire confiance aux promesses des géants tech, même ceux qui se disent vertueux ? La réponse, aujourd’hui, est claire. Non. Pas tant qu’ils ne seront pas capables de tenir leurs engagements jusqu’au bout. Même quand ça fait mal.
# La prochaine fois, ce sera pire
Ce qui est sûr, c’est qu’Ecosia ne sera pas le dernier à faire ce genre de choix. D’autres acteurs du green tech vont se retrouver face au même dilemme : soit ils acceptent le nucléaire (et ses risques politiques), soit ils se tournent vers des solutions moins contrôlables, moins européennes. Et dans les deux cas, ils perdent en crédibilité. Parce que l’écologie numérique, ce n’est pas qu’une question de bilan carbone. C’est une question de cohérence. Et là, personne ne semble prêt à payer le prix.
Alors la prochaine fois, quand une IA européenne vous vendra son histoire de transparence et de souveraineté, demandez-lui une chose : « Et si je refuse le nucléaire, qu’est-ce que vous me proposez ? » Parce que la réponse, vous la connaissez déjà. Elle ne vous plaira pas.