La diaspora marocaine repousse les frontières, Abidjan en fait son terrain de jeu

À Abidjan, l’ambassadeur du Maroc mise sur ses compatriotes pour peser dans l’audiovisuel et les tech. Mais derrière les discours, une question reste en suspens : ces réseaux sauront-ils tenir leurs promesses sans se faire griller par les réalités locales ?

Publié le 12 octobre 2026 à 10:01
La diaspora marocaine repousse les frontières, Abidjan en fait son terrain de jeu

Le Maroc joue ses atouts à Abidjan, entre télé et puces électroniques

En marge d’une rencontre sur les « Nouveaux Boss » de TV5MONDE, Othman El Ferdaous, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, a sorti ses cartes. Pas celles des diplomates habituels, non. Plutôt celles d’un réseau qui pèse lourd : la diaspora marocaine. Entre The Voice et les semi-conducteurs, ses membres montrent l’étendue de leur influence. Sauf que ce qui ressemble à une stratégie gagnante cache peut-être un piège : celui de croire que le talent seul suffit pour faire bouger les lignes.

TV5MONDE, un tremplin ou une vitrine ?

Le Maroc et la Côte d’Ivoire veulent entrer dans le capital de TV5MONDE. Un coup de poker. Pourquoi ? Parce que cette chaîne, c’est le ciment culturel francophone. Et que derrière les écrans, se jouent des alliances bien réelles. El Ferdaous a mis en avant des figures comme celles des producteurs marocains actifs dans l’audiovisuel. Des noms ? Peu importe. L’idée, c’est de montrer que la diaspora n’est pas qu’une histoire de transferts d’argent ou de réseaux sociaux. Elle a du poids. Sauf que TV5MONDE, c’est aussi un monde où les décisions se prennent à Paris, entre lobbies et vieux réseaux. Les nouveaux boss d’Abidjan risquent de se heurter à des murs bien plus épais que ceux des plateaux télé.

Les semi-conducteurs, ce nouveau terrain de jeu

Où le Maroc mise vraiment, c’est dans la tech. Et pas n’importe laquelle : les semi-conducteurs. Un secteur ultra-stratégique, où la Côte d’Ivoire commence à attirer les regards. El Ferdaous a glissé un nom : celui des entrepreneurs marocains qui investissent dans l’électronique et les puces. Le message est clair : « On ne fait pas que chanter dans The Voice, on fabrique l’avenir. » Sauf que fabriquer des puces, c’est une autre paire de manches. La Chine domine à 80 % le marché mondial (source : SemiMedia, 2023). Et l’Afrique ? Elle est encore loin derrière. Alors oui, la diaspora a des idées. Mais sans usines, sans fonds, sans partenariats solides, ces projets restent des vœux pieux.

Le capital-risque, ce leurre ?

El Ferdaous a aussi évoqué le capital-risque. « La diaspora marocaine investit dans l’innovation africaine », a-t-il lancé. Vrai. Mais à quelle échelle ? Les chiffres manquent. Ce qu’on sait, c’est que les fonds africains peinent à lever plus de 50 millions de dollars par an (source : African Private Equity and Venture Capital Association, 2022). Comparé aux géants américains ou asiatiques, c’est dérisoire. Alors oui, des Marocains misent sur des startups ivoiriennes. Mais sans un vrai écosystème, ces investissements restent des gouttes d’eau dans l’océan.

Ce que personne ne dit sur les réseaux

Derrière les discours lissés, il y a une réalité : la diaspora marocaine en Afrique, c’est à la fois une force et une faiblesse. Une force, parce qu’elle a les compétences, les contacts, l’argent. Une faiblesse, parce qu’elle se heurte à des systèmes qui ne sont pas faits pour elle. Prenez l’audiovisuel : les quotas de diffusion, les régulations, les vieux réseaux qui contrôlent tout. Ou la tech : les barrières douanières, le manque d’infrastructures, la méfiance des États locaux.

Et puis, il y a la question de la loyauté. Un entrepreneur marocain basé à Abidjan, est-il vraiment ivoirien ? Est-il marocain avant tout ? Les gouvernements locaux le voient comme un allié. Les Marocains, comme un pion. Personne ne lui donne vraiment la nationalité locale. Alors où se situe son vrai pouvoir ?

Abidjan, capitale des illusions ?

El Ferdaous a raison sur un point : la diaspora marocaine est un atout. Mais un atout qu’il faut savoir utiliser. Pas en faisant des discours, mais en concrétisant. En obtenant des visas de travail pour les techniciens. En négociant des partenariats avec les États. En évitant de se faire avoir par les promesses creuses des politiques.

Sauf que pour l’instant, on est encore dans le storytelling. Et le storytelling, ça ne paie pas les salaires. Ça ne construit pas d’usines. Ça ne fait pas tourner les machines.

La vraie question n’est pas « Qui va gagner ? » mais « Qui va tenir ? »

Le Maroc mise sur sa diaspora pour peser en Afrique. C’est malin. Sauf que peser, ça ne veut rien dire si on ne peut pas agir. Les semi-conducteurs, c’est bien. Les investissements, c’est bien. Mais sans une vraie stratégie, sans des alliances solides, sans des moyens à la hauteur, tout ça ne sera que du bruit.

Et le bruit, à Abidjan comme ailleurs, ça s’éteint vite.

Ce que ça change pour vous

Si vous êtes un entrepreneur africain, méfiez-vous des promesses trop belles. Si vous êtes un investisseur, vérifiez les dossiers. Et si vous êtes un gouvernement, ne vous faites pas avoir par les discours : exigez des résultats. Parce que derrière les belles paroles, il y a toujours des comptes à régler.

Et ceux-lĂ , personne ne les paiera Ă  la place de personne.

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R Galaxie Rédaction

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