Le député qui veut savoir où sont vos bitcoins ignore où est le sien
En 2023, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) a reçu 1,2 million de déclarations de plus-values cryptos, soit environ 10 % des déclarations de revenus. Un chiffre en hausse constante depuis 2018. Pourtant, selon un député français, ces déclarations seraient un « trou noir » fiscal. Sa solution ? Obliger les détenteurs de plus de 100 000 euros en crypto à se signaler au fisc. Comme on déclare son coffre à bijoux.
Sauf que son raisonnement part d’un postulat faux. Et que son projet en révèle un autre, bien plus gênant : si les cryptos sont un problème, c’est d’abord parce que l’État les a laissées devenir un casino sans règles claires. Pas parce que quelques milliers de Français trichent.
Le fisc sait déjà où sont les gros portefeuilles
Le député en question, Éric Woerth (LR), a sorti son projet comme un coup de poker : « Il y a un trou noir dans la déclaration des plus-values crypto. » Traduction : les Français mentiraient sur leurs gains. Problème : le fisc a déjà les moyens de vérifier.
Depuis 2019, les plateformes d’échange (Coinbase, Binance, Kraken) sont tenues de transmettre automatiquement les mouvements de leurs clients à l’administration fiscale. Oui, vous avez bien lu : votre historique d’achats et de ventes en crypto est déjà connu du fisc. Même si vous ne déclarez rien. Même si vous oubliez. Même si vous trichez.
Alors pourquoi ce projet de recensement manuel ? Parce que Woerth et ses collègues ont peur de l’inconnu. Pas des fraudeurs. Des gros portefeuilles qu’ils ne contrôlent pas assez bien.
Le vrai problème ? Les cryptos ne sont pas déclarées comme un actif financier classique. Un compte en banque ? Déclaré. Des actions en Bourse ? Déclarées. Mais un portefeuille Bitcoin ? C’est du cash noir pour le fisc. Sauf que ce cash noir, personne ne sait vraiment combien il en circule.
Et ça, ça fait peur.
Le vrai trou noir, c’est l’absence de cadre
Woerth parle de « trou noir » parce que les plus-values crypto ne sont pas toujours déclarées correctement. D’accord. Mais le vrai trou noir, c’est le manque de transparence sur l’ensemble du marché.
Prenez Terra/LUNA, cette crypto qui s’est effondrée en 2022, faisant perdre 40 milliards de dollars à ses détenteurs. Combien de Français ont déclaré cette perte en 2023 ? Personne ne le sait. Parce que le fisc n’a pas les outils pour suivre ces mouvements en temps réel.
Même chose pour les staking (récompenses perçues en bloquant ses cryptos) ou les NFT vendus à perte : personne ne sait combien de Français les déclarent, ou pas.
Le projet de Woerth ? Un pansement sur une jambe de bois. Il veut recenser les gros portefeuilles, mais il ignore que le vrai problème, c’est l’absence totale de traçabilité pour les petits et moyens détenteurs.
Et surtout : il ne propose aucune solution pour rendre le système plus transparent. Juste une liste de noms à cocher.
La crypto, un miroir de l’échec de l’État
Voilà le vrai scoop : ce projet révèle l’impuissance de l’État face aux cryptos.
Depuis 2014, la France a tenté de réguler les cryptos à coups de lois floues. Résultat ? Un marché parallèle où tout le monde triche un peu, mais où personne ne contrôle grand-chose.
- Les plateformes ? Certaines coopèrent (Coinbase), d’autres pas (Binance, toujours en procès avec le fisc français).
- Les particuliers ? Beaucoup déclarent, d’autres pas. Mais personne ne sait qui fait quoi.
- L’État ? Il veut des règles, mais il n’a pas les moyens de les faire appliquer.
Woerth propose donc de créer un registre des gros détenteurs. Très bien. Mais qu’est-ce qu’il compte faire avec cette liste ? Les auditer ? Les taxer plus fort ? Les menacer ?
Rien. Parce que le vrai problème, c’est que l’État n’a pas les outils pour gérer ça.
Ce que personne ne dit sur les cryptos
Il y a une vérité que personne n’ose avouer : les cryptos, c’est le miroir grossissant des failles du système fiscal français.
- Vous avez un compte en banque ? Le fisc le connaît.
- Vous achetez des actions ? Il les voit.
- Vous possédez de l’or ? Il peut vous demander des preuves.
Mais vos cryptos ? Personne ne sait oĂą elles sont.
Et c’est là que le bât blesse. Ce n’est pas un problème de fraude. C’est un problème de régulation.
Woerth veut une liste. Mais ce qu’il faudrait, c’est un système où chaque mouvement en crypto serait traçable, comme un virement bancaire.
Sauf que ça coûterait cher. Et que l’État n’a ni la volonté ni les moyens de le faire.
La crypto, un casse-tĂŞte pour tout le monde
Les cryptos, c’est comme un jeu où personne ne connaît les règles.
- Pour les particuliers : C’est compliqué, risqué, et souvent opaques. Beaucoup déclarent, d’autres pas. Mais personne ne sait qui fait quoi.
- Pour les plateformes : Certaines coopèrent, d’autres fuient. Binance, par exemple, est toujours en procès avec le fisc français.
- Pour l’État : Il veut de l’argent, mais il n’a pas les outils pour le prendre.
Le projet de Woerth ? Un coup d’épée dans l’eau.
Il veut une liste. Mais il ne propose aucune solution pour rendre le système plus juste.
Et surtout : il ignore que le vrai problème, c’est que les cryptos sont devenues un far-west fiscal, où tout le monde fait ce qu’il veut.
La vraie question : et si on arrĂŞtait de faire semblant ?
Au lieu de proposer des listes et des recensements, pourquoi ne pas simplement dire les choses ?
Les cryptos, c’est un échec de régulation.
- Soit on les encadre vraiment (comme les actions, avec une traçabilité totale).
- Soit on les traite comme de l’argent liquide (et on assume que le fisc ne pourra pas tout contrôler).
Woerth veut une liste. Mais ce qu’il faudrait, c’est un choix.
Et surtout : l’admettre.
Parce que le vrai trou noir, ce n’est pas les déclarations des particuliers. C’est l’absence totale de cadre pour un marché qui pèse des milliards.
Et tant qu’on fera semblant de réguler sans vraiment le faire, les cryptos resteront un casino où tout le monde triche un peu, y compris l’État.