La dengue s’installe en Maine-et-Loire, les moustiques tigres résistent

Après un cas confirmé près de Cholet, une opération de démoustification massive a échoué à éradiquer les foyers du moustique tigre. Pourquoi les autorités tardent-elles à agir ? Et pourquoi les habitants se sentent-ils abandonnés ?

Publié le 16 octobre 2026 à 08:10
La dengue s’installe en Maine-et-Loire, les moustiques tigres résistent

Un quartier sous cloche, des moustiques partout ailleurs

La nuit de mercredi à jeudi, les camions de l’ARS et des entreprises spécialisées ont déferlé sur La Séguinière, près de Cholet. Leur mission : pulvériser des insecticides pour éliminer les moustiques tigres après un cas de dengue confirmé dans le secteur. Résultat ? Les techniciens ont traité 20 hectares. Sauf que les riverains, eux, n’ont vu aucun effet. « On vit un enfer depuis des semaines, et là, on nous dit que c’est réglé ? » lance un habitant, les mains en l’air. Les piqûres continuent. Les larves aussi.

Pourtant, les chiffres sont là : le moustique tigre, vecteur de la dengue, du chikungunya et de la Zika, a colonisé 60 départements français. En Maine-et-Loire, on en recense des milliers chaque année. Mais cette fois, c’est différent. Un cas humain de dengue, diagnostiqué fin août, a déclenché l’alerte. Sauf que les protocoles, eux, restent les mêmes. Pulvérisation massive. Attente. Espérance.

Le piège des opérations ponctuelles

Le problème, c’est que ces opérations ciblées, aussi spectaculaires soient-elles, ne servent à rien si elles ne s’inscrivent pas dans une stratégie globale. « On traite un quartier, mais les moustiques, eux, ne connaissent pas les limites administratives », explique un entomologiste de l’ARS, sous couvert d’anonymat. À La Séguinière, les foyers de larves pullulent dans les jardins, les soucoupes de pots de fleurs, les gouttières. Et personne ne s’en occupe en continu.

Pire : les traitements chimiques, coûteux et controversés, sont appliqués quand le mal est déjà fait. En 2022, une étude de l’Institut Pasteur montrait que 70 % des foyers de moustiques tigres en France étaient liés à des accumulations d’eau stagnante… dans des objets du quotidien. Des objets que les particuliers ne nettoient pas. Ou pas assez.

Alors, oui, on asperge. Oui, on communique. Mais au final, qui paie ? Les contribuables, avec des budgets qui explosent, et des résultats qui, eux, ne suivent pas. En 2023, la région Pays de la Loire a dépensé près de 500 000 euros en démoustification. Pour quoi ? Pour des moustiques qui reviennent au printemps suivant, plus nombreux qu’avant.

L’échec des campagnes de sensibilisation

Parce que non, on ne peut pas compter sur les citoyens pour faire le travail à notre place. Les affiches « Éliminez l’eau stagnante ! » collées sur les boîtes aux lettres, ça ne marche pas. Les vidéos explicatives sur les réseaux sociaux, ça ne marche pas non plus. Les gens savent. Ils savent que leur bac à fleurs, leur vieille roue de vélo rouillée, leur gouttière bouchée, ça attire les moustiques. Et pourtant.

Pourquoi ? Parce que la dengue, le chikungunya, ça reste abstrait. « Tant qu’on ne voit pas les hôpitaux saturer, on ne panique pas », résume un médecin généraliste de Cholet. En 2019, la Martinique avait connu une épidémie de chikungunya avec 12 000 cas. Ici, on en est à un seul cas de dengue. Un seul. Suffisant pour déclencher une opération de guerre. Pas assez pour changer les mentalités.

Ce que les autorités ne disent pas

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer la réalité : le moustique tigre, on ne l’éradicera pas. Pas avec des pulvérisations ponctuelles. Pas avec des campagnes de prévention qui passent à côté. La seule solution durable ? Un plan national de surveillance et d’élimination des foyers, avec des moyens humains et financiers à la hauteur. Sauf que ça coûte cher. Très cher.

En attendant, les habitants de La Séguinière continuent de se faire piquer. Et les autorités, elles, continuent de jouer à la roulette russe. Un cas aujourd’hui. Dix demain. Cent l’année prochaine. La question n’est plus de savoir si la dengue va se répandre. Mais quand. Et surtout : qui paiera l’addition ?

La dengue ne fait que commencer

Parce que voici le vrai danger : on croit que la dengue, c’est comme la grippe. Un peu de fièvre, des courbatures, et ça passe. Sauf que non. Pour 1 cas déclaré, il y en a 10 à 20 qui ne le sont pas. Et parmi ceux-là, certains peuvent basculer. Hémorragies. Coma. Mort. En 2010, à La Réunion, une épidémie de dengue a fait 260 morts. En métropole, on n’a jamais connu ça. Mais est-ce qu’on veut vraiment tester ?

Alors oui, on traite. On communique. On rassure. Mais au fond, personne ne veut entendre la vérité : la dengue est là. Et si on ne fait rien maintenant, ce ne sera plus un cas isolé. Ce sera une épidémie. Point.

Et après, on viendra nous dire que c’était « inattendu ».

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R Galaxie Rédaction

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