Les banques marocaines financent l'équipement à fond

Les crédits à l’équipement explosent de 17,4% au Maroc. Pourtant, derrière ces chiffres, une réalité moins glorieuse : les PME étouffent sous la dette, et les banques jouent avec le feu. Analyse d’un boom qui cache des failles.

Publié le 3 octobre 2026 à 06:08
Les banques marocaines financent l'équipement à fond

Les banques marocaines financent l'équipement à fond, mais pour qui ?

À fin août 2026, les crédits à l’équipement ont bondi de 17,4% au Maroc. Un chiffre qui claque, sorti tout frais par Bank Al-Maghrib (BAM). Sauf que personne ne vous expliquera vraiment qui en profite et à quel prix. Les médias parlent de reprise, les économistes de dynamisme. Les patrons de PME, eux, serrent les dents.

Pourtant, ce n’est pas une surprise. Depuis 2024, les banques marocaines ont débloqué les vannes du crédit aux entreprises. +11,7% sur un an pour les crédits aux entreprises non financières privées, selon BAM. Les chiffres sont là, mais la question reste : est-ce une vraie relance ou un coup de poker risqué ?

L’équipement, ce parent pauvre des crédits

On entend souvent parler des crédits à la consommation, des prêts immobiliers, des lignes de trésorerie. Mais l’équipement ? Personne n’en parle. Pourtant, c’est là que le bât blesse.

Pourquoi ce rush soudain ? Parce que les entreprises, surtout les grandes, ont besoin de machines, d’outils, de moderniser leurs usines. Le Maroc mise sur l’industrie, les zones franches, l’attractivité pour les investisseurs étrangers. Sauf que les PME, elles, galèrent. Un patron de TPE dans le textile à Casablanca me disait il y a deux mois : « On nous refuse un prêt pour acheter une nouvelle machine à coudre. En revanche, si vous avez un projet de 50 millions de dirhams, les banques se battent pour vous. »

Et puis il y a le timing. Les crédits à l’équipement explosent alors que l’inflation reste élevée, que les taux directeurs de BAM sont à 3,25% (toujours trop bas pour certains, trop hauts pour d’autres), et que les marges des entreprises sont sous pression. Bref, un cocktail explosif.

Les banques misent sur les gros dossiers

Bank Al-Maghrib publie ses chiffres, mais elle ne détaille pas. Qui a eu ces crédits ? Les géants comme OCP, Holmarcom, ou les groupes industriels liés à l’automobile ? Sans doute. Mais les petites structures ? Elles sont larguées.

Prenez l’exemple d’Al Moutmir, ce groupe agroalimentaire qui a obtenu un prêt de 1,2 milliard de dirhams pour moderniser ses usines. Très bien. Mais combien de boulangeries artisanales, de petites usines de transformation, de soudeurs indépendants ont eu ne serait-ce que 500 000 dirhams pour renouveler leur matériel ?

La réponse est simple : peu.

Pourquoi ? Parce que les banques préfèrent les gros dossiers. Moins de risques, plus de garanties, des projets concrets. Une PME qui demande 2 millions pour acheter une presse à injecter ? Trop risqué. Une multinationale qui veut automatiser une chaîne de production ? Signé dans la journée.

Le vrai problème : la dette qui s’accumule

Les crédits à l’équipement, ça se rembourse sur 5, 7, parfois 10 ans. Sauf que si votre entreprise tourne au ralenti, si vos clients paient en retard, si vos coûts explosent… vous êtes dans la merde.

Or, au Maroc, le taux de défaut de paiement des PME frôle les 15% (chiffre 2025 de la Fédération des Banques du Maroc). Et ce taux va augmenter, parce que les banques prêtent sans toujours vérifier si l’entreprise peut rembourser.

Exemple concret : Une usine textile dans le nord du pays a emprunté 8 millions pour s’équiper de nouvelles métiers à tisser. Résultat ? La demande s’est effondrée, les carnets de commandes sont vides, et maintenant, elle doit renégocier sa dette. Les banques ? Elles attendent. Elles savent que l’État finira par intervenir, comme d’habitude.

Bank Al-Maghrib regarde ailleurs

BAM publie ses chiffres, mais elle ne tire pas la sonnette d’alarme. Pourtant, le risque systémique est réel. Si trop d’entreprises font défaut, ça va faire des vagues.

Pourquoi BAM ne dit rien ? Parce que les crédits à l’équipement, c’est bon pour l’économie. Ça crée de l’emploi, ça modernise le pays, ça attire les investisseurs. Mais ça cache une vérité : les banques marocaines jouent avec le feu.

Elles savent que l’État ne laissera pas tomber les entreprises stratégiques. Elles savent aussi que les petits, eux, n’ont aucune protection.

Résultat : Un système où les gros gagnent, les petits crèvent, et les banques, elles, font des profits.

Et après ? Personne ne veut en parler

Les crédits à l’équipement continuent de bondir. Les banques sont en mode « business as usual ». Les médias citent les chiffres de BAM sans jamais creuser.

Pourquoi ? Parce que personne n’a intérêt à crier au loup.

  • Les banques ? Elles gagnent de l’argent, peu importe les risques.
  • L’État ? Il préfère voir les chiffres briller plutôt que les PME couler.
  • Les grands groupes ? Ils ont les moyens de négocier.

Qui reste-t-il ? Les petits patrons, ceux qui se battent chaque jour pour tenir. Eux, on ne les entend jamais.

La vraie question n’est pas « pourquoi +17,4% ? » mais « jusqu’où ça peut aller avant l’explosion ? »

Parce qu’un jour, les défauts vont s’accumuler. Et quand ça arrivera, ce ne seront pas les grands groupes qui trinqueront. Ce seront les PME, les petits commerces, les artisans.

Et après ? On fera semblant de s’en surprendre.

Comme d’habitude.

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R Galaxie Rédaction

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