300 prélèvements spatiaux annuels, un mystère médical persistant.

Deux cosmonautes russes viennent de valider une formation pour prélever du sang en apesanteur. Derrière ce détail technique se cache une étude scientifique majeure, et des questions qui dérangent. Pourquoi cette compétence est-elle si cruciale ? Et surtout, à quoi bon tant de sang dans l’espace ?

Publié le 26 septembre 2026 à 16:16
300 prélèvements spatiaux annuels, un mystère médical persistant.

Pourquoi ces deux Russes viennent-ils de passer un test aussi bizarre ?

En juin 2024, Dmitry Peteline et Konstantin Borissov, deux cosmonautes de Roscosmos, ont enchaîné des heures de formation pour apprendre à prélever du sang en apesanteur. Pas pour soigner qui que ce soit. Non. Juste pour remplir des tubes à essais, dans le cadre d’une étude appelée « Neuro-immunité ». Une étude menée par des médecins russes et internationaux, avec le Centre de formation des cosmonautes Youri Gagarine en première ligne.

300 prélèvements par an. C’est le chiffre qu’on trouve dans les rapports de l’ESA et de Roscosmos. 300 flacons de sang, de salive, d’urine, prélevés dans l’ISS chaque année. Pas pour traiter des maladies. Juste pour les étudier. Pour voir comment le corps humain se désagrège lentement, à 400 km d’altitude, sous l’effet des radiations, du stress et de l’absence de gravité.

Mais pourquoi ces deux-là, là, maintenant ?

Parce que la mission ISS-76, dont ils font partie, est censée être l’une des dernières à exploiter pleinement la station avant son démantèlement prévu vers 2030. Et parce que personne ne sait encore très bien ce que ces prélèvements vont révéler. Surtout pas les agences spatiales, qui communiquent plus sur les « avancées technologiques » que sur les risques réels pour les astronautes.

L’étude qui fait peur aux Russes (et aux autres aussi)

L’étude « Neuro-immunité » n’est pas une première. Depuis les années 2000, la NASA et Roscosmos collectent des échantillons biologiques dans l’espace. Mais cette fois, le protocole est différent. Plus intrusif. Plus risqué.

Le problème ? Personne ne sait encore si ces prélèvements vont vraiment aider à comprendre comment le système immunitaire s’affaiblit en apesanteur. Ou si, au contraire, ils vont juste confirmer ce que tout le monde soupçonne déjà : que le corps humain n’est pas fait pour flotter indéfiniment.

En 2022, une étude publiée dans Nature montrait que 40 % des astronautes développent des troubles immunitaires persistants après un séjour de six mois dans l’ISS. Des troubles qui, dans certains cas, durent des années après leur retour sur Terre. Pourtant, Roscosmos et la NASA continuent de minimiser ces risques. « Les données sont encore limitées », explique un rapport interne de l’ESA daté de 2023. Traduction : on n’a pas envie d’admettre que l’espace est dangereux.

Et puis il y a le côté pratique. Prélever du sang dans l’ISS, c’est comme faire une prise de sang dans une voiture qui fait des loopings. Sauf que la voiture, c’est une station spatiale qui vaut 150 milliards de dollars. Les cosmonautes doivent s’entraîner pendant des mois pour ne pas se tromper. Une erreur, et c’est un échantillon contaminé. Pire : un accident.

En 2019, un astronaute américain avait dû annuler une prise de sang en urgence parce que le système de fixation du tube à essai avait lâché. Résultat : le sang s’est répandu dans le module médical. Roscosmos avait dû lancer une enquête interne. Personne n’en a parlé.

Ce que personne ne vous dit sur les « bénéfices scientifiques »

Les agences spatiales aiment répéter que ces prélèvements servent à « préparer les missions habitées vers Mars ». Sauf que personne ne sait vraiment comment ces données seront utilisées. Parce que Mars, c’est dans 15 ans. Et que d’ici là, les budgets seront réorientés. Vers la Lune, peut-être. Ou vers des projets plus rentables.

Le vrai enjeu ? Ce n’est pas la science. C’est la politique.

La Russie et les États-Unis se livrent une guerre froide spatiale par procuration. Chaque prélèvement, chaque analyse, est une victoire symbolique. « Nous, on fait mieux que vous », sous-entend Roscosmos en formant ses cosmonautes à des techniques toujours plus précises. La NASA, elle, mise sur la quantité : plus d’échantillons, plus de données, même si elles sont peu exploitables.

Résultat : On prélève. On stocke. On attend.

En 2021, un rapport du Congressional Research Service américain révélait que seulement 12 % des échantillons collectés dans l’ISS depuis 2010 avaient fait l’objet d’une publication scientifique. Le reste ? Enfoui dans des laboratoires, ou utilisé pour justifier des prolongations de budget.

Le détail qui cloche (et qui n’intéresse personne)

En mars 2024, lors d’une conférence à Moscou, un médecin du Centre Gagarine a lâché une phrase qui en dit long : « Nous savons que le système immunitaire se dégrade, mais nous ne savons pas encore comment le stabiliser. »

Traduction : On prélève du sang depuis 20 ans, et on n’a toujours pas de solution.

Pourtant, les agences continuent. Parce que c’est plus facile de collecter des données que d’admettre que l’espace est un environnement hostile. Que les missions longues durée sont un pari risqué. Que les cosmonautes, en réalité, servent de cobayes.

Et puis il y a l’argent. Chaque prélèvement coûte entre 5 000 et 10 000 dollars à traiter. Sans compter le temps des astronautes, qui pourraient être utilisés à autre chose. Mais personne ne pose la question.

Ce qui se joue vraiment dans ces tubes à essai

Derrière les sourires des cosmonautes en combinaison, il y a une réalité moins glamour. Une réalité où les agences spatiales jouent avec la santé des astronautes pour des raisons qui relèvent plus de la géopolitique que de la science.

Peteline et Borissov, eux, savent très bien ce qu’ils font. Ils ont signé pour ça. Mais le public, lui, ignore tout. On lui parle d’innovation, de progrès, de futures colonies martiennes. On ne lui parle pas des risques.

En 2018, un ancien astronaute russe, Sergei Krikalev, avait prévenu : « Nous ne savons pas encore comment le corps humain réagit à des séjours de plusieurs années dans l’espace. Et si nous continuons comme ça, nous allons le découvrir trop tard. »

Trois ans plus tard, les prélèvements continuent. Les budgets aussi.

La question qui n’a pas de réponse (pour l’instant)

Si ces 300 prélèvements par an ne mènent à rien de concret d’ici 2030, quand la station sera démantelée, à quoi bon ?

La réponse, c’est qu’on n’a pas le choix. Parce que personne ne veut admettre que l’espace, pour l’instant, reste un désert médical. Un endroit où les hommes et les femmes qui y vont prennent des risques inutiles, au nom d’une course qui n’a plus grand-chose à voir avec la science.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Pas besoin de répondre. Mais la prochaine fois que vous verrez une photo de cosmonautes en train de faire des expériences dans l’ISS, souvenez-vous : derrière chaque sourire, il y a un tube à essai. Et derrière chaque tube à essai, une question sans réponse.

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R Galaxie Rédaction

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