Les conservateurs ont un plan B : le frein à main
Le gouvernement Legault a misé gros sur l’éolien. Trop gros. Les contrats signés, les permis accordés, les promesses aux municipalités… Et maintenant, Duhaime balance un « on verra » qui sent le coup de frein. Pas par idéologie, non. Par calcul politique. Parce que les sondages montrent que les Québécois sont partagés. Parce que les groupes anti-éolien crient à l’invasion des paysages. Parce que les maires de certaines régions commencent à grogner.
Mais attention : ce n’est pas une opposition de principe. C’est une opposition stratégique. Les conservateurs savent une chose : quand le vent tombe, les factures d’électricité montent. Et là, avec la crise énergétique en Europe et les prix qui flambent, personne ne veut payer plus cher. Alors Duhaime mise sur un paradoxe : « On veut la transition énergétique, mais pas chez nous. »
Sauf que le problème, c’est que l’éolien ne se décrète pas local. Un parc à Matane ne sert pas seulement Matane. Il sert Montréal, Québec, Sherbrooke. Les électrons, ça ne connaît pas les frontières municipales. Alors quand Duhaime dit « on freinera », il parle à la fois aux anti-éoliens… et aux électeurs qui veulent des factures basses. Un coup de poker. Un pari sur l’égoïsme local.
Le chiffre que personne ne veut afficher
1,2 milliard. C’est ce que le Québec a investi depuis 2012 dans l’éolien. 1,2 milliard. Et pour quoi ? Pour des parcs qui tournent à 30 % de leur capacité, selon une étude de l’Institut de l’énergie et de l’environnement de Québec (IEEQ) publiée en 2022. 30 %. Pas 30 % de trop. 30 % d’utilisation. Le reste du temps, les pales tournent au ralenti, ou pas du tout.
Pourtant, les promoteurs et Hydro-Québec vous vendent du « fiable, renouvelable, local ». Sauf que quand le vent tombe, c’est le gaz ou l’hydraulique qui prennent le relais. Et là, on parle plus de transition que de bilan carbone.
Duhaime le sait. Il sait aussi que les Québécois sont prêts à payer cher pour éviter de voir des éoliennes dans leur champ de vision. Une étude de Léger pour le Réseau Action Climat en 2021 montrait que 58 % des gens étaient favorables à l’éolien… à condition qu’il soit loin de chez eux. Problème : « loin », ça veut dire où, au juste ? En Abitibi ? En Gaspésie ? Dans le Grand Nord ? Les conservateurs ont compris une chose : le rejet de l’éolien, c’est comme le rejet des lignes à haute tension. Tout le monde veut l’énergie, personne ne veut les câbles.
Ce que les promoteurs ne vous diront jamais
Les contrats d’achat d’électricité éolienne signés par Hydro-Québec sont légendaires pour leur générosité. Jusqu’à 13 cents le kilowattheure, soit le double du prix moyen du marché. Avec des clauses qui garantissent des revenus même si le vent ne souffle pas assez. Résultat ? Des rentabilités à deux chiffres pour les promoteurs, des factures qui grimpent pour les consommateurs, et des municipalités qui se battent pour des miettes.
Prenez le cas de La Corne, en Abitibi. La municipalité a accepté un parc éolien en échange de 1,5 million par an. Sauf que les retombées réelles ? 325 000 $ en 2023. Parce que le vent n’a pas soufflé assez fort. Parce que les coûts ont explosé. Parce que les promesses, ça se négocie… mais les factures, elles, elles arrivent.
Les conservateurs ne sont pas contre l’éolien en soi. Ils sont contre le gaspillage. Contre les contrats faramineux. Contre l’idée qu’on peut faire plaisir à tout le monde : aux écologistes, aux promoteurs, aux maires… et aux citoyens qui veulent des prix bas. Ça ne marche pas.
Le vrai jeu : qui paiera la note ?
Voilà le cœur du problème. Si Duhaime freine l’éolien, deux scénarios possibles :
- On remplace par du gaz. Sauf que là, les émissions explosent, et les factures aussi, parce qu’on dépend des prix mondiaux.
- On ralentit les projets, et on attend. Sauf que pendant ce temps, la demande en électricité explose avec l’électrification des transports et des industries.
Personne ne vous dira que la vraie question n’est pas *« veut-on de l’éolien ? », mais *« qui va payer pour le remplacer ? »**. Parce que si on arrête net, c’est soit des pannes, soit des surcoûts. Et là, les Québécois vont devoir choisir : soit ils acceptent de voir des éoliennes, soit ils acceptent de payer plus cher.
Duhaime mise sur le second choix. Parce qu’il a raison sur un point : les gens préfèrent souvent payer un peu plus que de changer leur paysage.
La Gaspésie, terrain d’essai pour un blocage
Si les conservateurs veulent tester leur stratégie, la Gaspésie est le laboratoire idéal. La région a déjà dit non à deux projets éoliens majeurs : **le parc de Pabos (150 MW) et celui de La Romaine (extension). Les maires ont invoqué « l’absence de consensus citoyen ». Résultat ? Hydro-Québec a dû repenser ses plans. Et les promoteurs ont perdu des centaines de millions en études et permis.
Duhaime pourrait pousser plus loin. En promettant aux Gaspésiens « on ne vous forcera pas », il gagne des voix. En même temps, il envoie un message clair aux autres régions : « Si vous dites non, on ne vous forcera pas. » Une tactique qui marche à tous les coups. Parce que quand une municipalité dit non, Hydro-Québec n’a pas le choix : soit il abandonne, soit il passe en force avec des recours.
Sauf que passer en force, ça coûte cher. Très cher. Et ça prend du temps. Le temps, c’est ce que Duhaime a besoin de gagner.
Le piège des promesses non tenues
Il y a un détail qui cloche dans le discours conservateur. Duhaime parle de « freiner » si la population n’est pas favorable. Mais freiner quoi, exactement ? Les parcs déjà construits ? Non. Ceux en permis ? Peut-être. Ceux en projet ? Probablement.
Sauf que les contrats sont signés. Les investisseurs ont misé. Les municipalités ont compté sur les retombées. Et si Duhaime freine, c’est toute la chaîne qui trébuche.
Prenez Boréalis, le promoteur derrière plusieurs parcs en Abitibi. L’entreprise a déjà dépensé 45 millions en études pour un projet près de Val-d’Or. Si le gouvernement recule, c’est 45 millions perdus. Et des emplois en moins.
Les conservateurs jouent avec le feu. Parce que **freiner l’éolien, ça ne veut pas dire « on arrête tout ». Ça veut dire « on ralentit, on négocie, on fait traîner ». Et pendant ce temps, les factures montent, les promesses se brisent, et les Québécois se retrouvent avec le pire des mondes : ni éolien, ni solution de rechange.
La dernière carte : le référendum municipal
Voilà l’arme secrète. Pas besoin d’un grand discours. Pas besoin d’une loi. Il suffit de laisser les municipalités décider.
En 2018, la Cour suprême a donné raison à Saint-Zotique et Saint-Lazare dans leur bataille contre un parc éolien. Verdict : une municipalité peut bloquer un projet si elle estime que son « caractère exceptionnel » justifie une protection accrue. Résultat ? Des dizaines de villes ont utilisé cette faille pour dire non.
Duhaime pourrait pousser ça plus loin. En laissant les citoyens voter par référendum local. Un non en Gaspésie ? Le projet est mort. Un non en Abitibi ? Même chose.
Sauf que là, le gouvernement Legault n’a pas intérêt à laisser faire. Parce que si les municipalités décident, les projets éoliens pourraient s’effondrer comme un château de cartes. Et avec eux, des centaines de millions d’investissements, des emplois, et surtout… une source d’électricité qui manque cruellement.
Ce qui se joue vraiment : le pouvoir des maires
Voilà le vrai enjeu. Ce n’est pas une question d’énergie. C’est une question de pouvoir.
Les conservateurs savent une chose : les maires ont plus d’influence que les ministres. Un maire qui dit non à un parc éolien, c’est un ministre qui perd la bataille. Un maire qui dit oui, c’est un ministre qui gagne des voix.
Duhaime mise sur ça. Il mise sur le fait que les Québécois sont prêts à sacrifier l’éolien pour éviter les conflits locaux. Il mise sur l’idée que « mieux vaut payer un peu plus que de se battre ».
Sauf que le problème, c’est que personne ne sait ce qui remplacera l’éolien. Pas du gaz. Pas du charbon. Pas assez d’hydraulique. Rien.
Alors quand Duhaime dit « on freinera », ce qu’il veut vraiment dire, c’est : « On va vous laisser choisir entre deux maux. Et vous savez très bien lequel vous allez piger. »
La facture que personne ne veut voir
Voilà la dernière vérité. Si les conservateurs freinent l’éolien, ce ne sont pas les promoteurs qui paieront. Ce seront les Québécois.
Parce que quand le vent tombe, quelqu’un doit produire de l’électricité. Et si ce n’est pas l’éolien, ce sera autre chose. Du gaz. Du diesel. Des centrales à charbon importées. Et là, les factures vont exploser.
En 2022, une étude de l’Université Laval estimait que le coût réel de l’éolien, une fois intégrés les coûts de remplacement et les pertes, dépassait celui du gaz naturel. Sauf que personne n’en parle. Parce que personne ne veut admettre que la transition énergétique, ça coûte. Très cher.
Duhaime le sait. Legault aussi. Les écologistes aussi. Mais eux, au moins, ils assument.
La conclusion qui dérange
Les conservateurs n’ont pas tort. L’éolien, tel qu’il est géré aujourd’hui, est un gâchis. Des contrats trop chers, des promesses non tenues, des paysages saccagés pour des retombées dérisoires.
Mais leur solution ? Freiner sans proposer de remplacement. C’est malin. C’est cynique. Et ça va coûter cher.
Parce que le vrai choix, ce n’est pas *« veut-on de l’éolien ? ». C’est *« veut-on payer le prix de la transition, ou celui de l’immobilisme ? »**.
Et là, les conservateurs ont déjà leur réponse. Ils misent sur l’immobilisme. Parce que c’est plus facile de dire non que de payer.