GénéralLa justice belge fixe une peine de 12 ans pour l'assassinat de Myriam Lechien
R Galaxie Rédaction · 5 novembre 2026 à 08:01 · 6 min de lecture
Nicolas Ullens de Schooten a été condamné à 12 ans de prison pour le meurtre de Myriam Lechien. Le parquet avait demandé son incarcération immédiate, mais la cour a rejeté cette demande. Les modalités d’application de la peine restent à préciser.
Un meurtre qui a marqué la Belgique en 2023
L’affaire, marquée par des circonstances particulièrement violentes, avait rapidement retenu l’attention des médias et de l’opinion publique. Les éléments recueillis, dont des preuves matérielles et des témoignages, avaient permis de confirmer sa culpabilité, bien que les motivations exactes du crime n’aient jamais été pleinement élucidées par les autorités judiciaires.
Cette affaire s’inscrit dans une série de faits divers violents en Belgique, où les homicides conjugaux ou intra-familiaux restent un sujet de préoccupation pour les pouvoirs publics. Selon les statistiques judiciaires disponibles, les crimes passionnels représentent une part non négligeable des affaires criminelles traitées chaque année par les tribunaux belges. Dans ce contexte, la condamnation de Nicolas Ullens de Schooten intervient après près de trois ans d’instruction et de procédure, soulignant la lenteur parfois critique du système judiciaire dans les affaires complexes.
Un verdict qui divise sur l’opportunité de la peine
Ce dernier avait en effet demandé l’emprisonnement immédiat et une peine plus longue, estimant que les circonstances de l’affaire, la préméditation apparente et la brutalité des faits, justifiaient une réponse pénale maximale. Cette divergence entre le parquet et la cour reflète un débat récurrent en droit pénal : celui de l’adéquation entre la gravité des faits et la sévérité de la sanction.
D’un côté, les partisans d’une justice ferme arguent que les crimes violents, notamment ceux commis avec préméditation, doivent être sanctionnés sans atténuation. Ils soulignent que la peine de prison reste le seul moyen de protéger la société et de marquer une rupture avec l’impunité. À l’inverse, les défenseurs d’une approche plus nuancée estiment que le système judiciaire doit prendre en compte les circonstances atténuantes, voire la personnalité du condamné, pour éviter les peines disproportionnées.
Dans ce cas précis, la cour a retenu des éléments permettant d’atténuer la peine, sans pour autant les détailler publiquement. Parmi les critères habituellement pris en compte figurent l’état mental du prévenu au moment des faits, son passé judiciaire ou encore sa capacité à assumer une peine de longue durée. La décision de rejeter la demande d’incarcération immédiate du parquet laisse également planer des interrogations sur les modalités d’exécution de la peine, notamment en termes de libération conditionnelle ou de surveillance électronique.
Comment fonctionne l’exécution des peines en Belgique ?
En Belgique, l’exécution des peines de prison est encadrée par des règles strictes, définies par le Code pénal et la loi sur l’exécution des peines. Une fois une condamnation prononcée, elle est transmise au ministère de la Justice, qui en assure le suivi via le Service public fédéral Justice. Celui-ci est chargé de déterminer les conditions d’incarcération, y compris la possibilité d’un régime de semi-liberté ou de libération anticipée.
Dans le cas d’une peine de 12 ans, plusieurs scénarios sont envisageables. Cette réduction, qui peut aller jusqu’à un tiers de la peine, est accordée après une période d’observation en prison. Ensuite, la cour ou le ministère public peut proposer une libération conditionnelle, soumise à des obligations strictes, comme le port d’un bracelet électronique ou des obligations de soins psychologiques.
Enfin, la Belgique applique depuis plusieurs années des politiques de désengorgement carcéral, visant à réduire le nombre de détenus en privilégiant les alternatives à l’incarcération. Ces mesures, souvent critiquées par les associations de victimes, s’appuient sur des études montrant que certaines peines courtes ou moyennes peuvent être exécutées en milieu ouvert sans risque pour la société. Cependant, dans le cas d’un meurtre, les autorités judiciaires restent généralement prudentes, surtout lorsque le condamné présente des risques de récidive.
Quelles conséquences pour la victime et ses proches ?
Pour les proches de Myriam Lechien, la condamnation de Nicolas Ullens de Schooten représente une forme de justice, mais ne comble pas le vide laissé par sa disparition. En Belgique, comme dans de nombreux pays, les victimes de crimes violents bénéficient de droits spécifiques, notamment en matière d’indemnisation et de suivi psychologique.
Cependant, ces dispositifs peinent parfois à répondre aux besoins des familles, notamment en termes de reconnaissance symbolique. Dans certains cas, les proches des victimes expriment leur frustration face à l’éloignement des peines prononcées par rapport à la gravité des faits. Cette distance entre la peine encourue et la peine perçue comme juste soulève une question récurrente : comment concilier la nécessité de sanctionner un crime avec le besoin de réparation pour les victimes ?
Par ailleurs, la condamnation de Nicolas Ullens de Schooten pourrait avoir des répercussions sur les débats autour de la réforme du code pénal belge. Plusieurs voix, notamment parmi les magistrats et les associations de victimes, plaident pour un durcissement des peines dans les affaires de violences conjugales ou familiales. À l’inverse, d’autres acteurs, comme les avocats de la défense ou certains politiciens, mettent en garde contre un risque de surpopulation carcérale et défendent une approche plus individualisée de la justice pénale.
Les questions qui persistent après le verdict
Plusieurs points restent en suspens après cette condamnation. Tout d’abord, les motivations exactes de Nicolas Ullens de Schooten n’ont pas été clairement établies par la justice. Bien que les éléments matériels et les témoignages aient permis de retenir sa culpabilité, les raisons profondes du crime, qu’elles soient d’ordre psychologique, relationnel ou autre, n’ont pas été pleinement éclaircies. Cette opacité peut alimenter les spéculations et laisser les proches de la victime dans une forme d’inachevé.
Ensuite, la décision de la cour de refuser l’incarcération immédiate soulève des interrogations sur les critères retenus pour évaluer le risque de récidive. Dans les affaires de crimes violents, les autorités judiciaires doivent arbitrer entre la protection de la société et les droits du condamné. Cette balance est d’autant plus délicate que les évaluations psychologiques et les pronostics de dangerosité peuvent varier selon les experts.
Malgré les campagnes de sensibilisation et les dispositifs d’accompagnement des victimes, les homicides dans ce contexte persistent. La condamnation de Nicolas Ullens de Schooten ne suffira pas à résoudre ce problème structurel, qui nécessite des solutions à la fois judiciaires, sociales et culturelles.
Une peine qui ne clôt pas le débat sur la justice pénale
Elle rappelle que la justice pénale, malgré ses limites, reste un pilier essentiel dans la réponse aux crimes les plus graves. Pourtant, ce verdict ne tranche pas définitivement les questions qu’il soulève : celle de l’équilibre entre sévérité et proportionnalité, entre protection des victimes et droits des condamnés, entre peine et réparation.
Dans un pays où les débats sur la justice sont souvent clivants, cette affaire illustre les tensions inhérentes à son fonctionnement. Elle montre aussi que, derrière les chiffres et les procédures, se jouent des destins individuels, des souffrances et des espoirs de justice. Sans formuler de leçon générale, elle invite à réfléchir sur ce que la société attend de ses institutions judiciaires, et sur ce qu’elles peuvent, ou doivent, leur offrir.
Photo : Jean-Pol GRANDMONT, CC BY-SA 3.0, via Openverse.