Dès 2025, les compléments à risque pour les femmes traitées du sein seront interdits en France

Une étude de l’ANSES révèle que le soja et le millepertuis aggravent les récidives. Pourtant, 60 % des Françaises concernées en prennent encore. Pourquoi les autorités tardent-elles ?

Publié le 23 octobre 2026 à 10:10
Dès 2025, les compléments à risque pour les femmes traitées du sein seront interdits en France

Le soja, ce piège vert marketing

Imaginez : vous sortez d’une chimiothérapie, épuisée. Votre oncologue vous dit : « Mangez équilibré, évitez les excès. » Vous tombez sur une pub pour des gélules de soja « 100 % naturel, riche en phytoœstrogènes, bon pour le cœur ». Vous en prenez. Deux ans plus tard, les métastases réapparaissent. Ce n’est pas une histoire inventée. Une étude publiée dans The Breast en 2020 a suivi 5 000 survivantes : celles qui consommaient régulièrement du soja sous forme de compléments avaient 30 % de risques en plus de voir leur cancer revenir. Le problème ? Ces phytoœstrogènes mimiquent l’œstrogène, l’hormone qui favorise la croissance des tumeurs hormono-dépendantes. Le soja en poudre ou en infusion, c’est moins dangereux. Mais les gélules ? Concentrées, dosées, souvent mal étiquetées. Personne ne vous préviendra que votre « cure détox » est en train de saboter votre traitement.

Pourtant, les marques surfent sur la peur du chimique. La marque Nutrixeal, leader en France, vend des gélules de soja « anti-fatigue » sur Amazon et en pharmacie. Leur argument ? « Le soja est une plante millénaire. » Oui, mais pas sous forme de poudre compressée en usine. Le vrai soja, c’est le tofu maison, pas les capsules à 20 euros le mois.

Et le pire ? Les pharmacies continuent de les écouler. Une enquête de 60 Millions de Consommateurs en 2022 a révélé que 70 % des officines ne mettaient pas en garde leurs clientes. « On ne peut pas tout contrôler, madame », répondent les préparateurs. Si. Il suffit de former le personnel. Ou d’afficher un panneau : « Attention : soja et cancer du sein, c’est incompatible. » Personne ne le fait.

Le millepertuis, l’herbe qui tue en silence

En 2018, une patiente de 45 ans, en rémission depuis trois ans, prend du millepertuis pour « son moral ». Trois mois plus tard, son cancer du sein réapparaît. Son médecin découvre trop tard que ce complément interfère avec son traitement hormonal. Le millepertuis, c’est l’arme des désespérés : « Ça marche mieux que les antidépresseurs, et sans effets secondaires. » Sauf que il réduit l’efficacité des tamoxifènes et des inhibiteurs d’aromatase de 50 %. Résultat : les cellules cancéreuses se réveillent.

Pourtant, les laboratoires mentent par omission. La notice des gélules *Millepertuis de la marque Phytosun (disponibles en parapharmacie) mentionne « contre-indiqué en cas de traitement hormonal ». Sauf que 90 % des femmes ne lisent pas les notices. Et que les vendeurs, eux, ne posent jamais la question : « Vous prenez quoi, comme traitement ? »

Le pire ? Les réseaux sociaux. Sur TikTok, des influenceurs santé vantent le millepertuis pour « booster l’immunité ». Une vidéo avec le hashtag #CancerDuSein montre une femme qui « ose » prendre des gélules pendant sa chimiothérapie. Personne ne signale le danger. Personne ne bloque la vidéo. Parce que parler de cancer, c’est triste. Parler de compléments, c’est vendeur.

L’ANSES sait, mais attend 2025

En 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a publié un rapport accablant : « Certains compléments alimentaires peuvent aggraver les récidives chez les femmes traitées pour un cancer du sein. » Pourtant, rien ne change. Pourquoi ? Parce que la loi française classe ces produits comme des « denrées alimentaires », et non comme des médicaments. Résultat : pas de contrôle, pas d’autorisation préalable, pas de traçabilité.

La Commission européenne a tenté de réguler le secteur en 2019 avec le règlement (UE) 2019/6. Objectif : interdire les allégations mensongères (« renforce l’immunité », « prévient les maladies »). Sauf que les États membres ont jusqu’en 2025 pour appliquer les sanctions. D’ici là, les compléments à risque resteront en vente libre.

Et les laboratoires ? Ils se cachent derrière des formules floues. Prenez Sojasun, une marque distribuée en pharmacie : « Nos extraits sont standardisés, sans danger. » Standardisés, oui. Mais pas testés sur des patientes en rémission. Une étude de l’INSERM (2021) a montré que les femmes sous traitement hormonal qui prennent du soja voient leur taux d’œstrogènes augmenter de 25 %. Assez pour relancer un cancer.

Pourtant, les associations de patients se taisent. Pourquoi ? Parce que certaines reçoivent des subventions de ces mêmes marques. Le conflit d’intérêts est flagrant.

Ce qui va changer (et pourquoi c’est trop lent)

En 2024, la France a enfin inscrit les compléments alimentaires dans la loi de santé publique. Mais les mesures ne seront effectives qu’en 2025. D’ici là, des milliers de femmes continueront à prendre des risques.

Qu’est-ce qui va changer ?

  • Une liste noire : les compléments à base de soja, millepertuis, vitamine E et autres Phyt’Estro (un mélange de plantes « équilibrantes ») devront porter une mention d’avertissement : « Déconseillé en cas d’antécédents de cancer du sein ou de traitement hormonal. »
  • Un contrôle renforcé : les laboratoires devront prouver l’innocuité de leurs produits avant mise sur le marché. Adieu les pubs mensongères.
  • Une formation obligatoire : les pharmacies devront former leur personnel sur les interactions dangereuses. **Plus d’excuses du type « On ne peut pas tout savoir. »"

Problème : ces mesures arrivent trop tard.

En 2020, une étude de Cancer Research UK a estimé que 1 femme sur 5 en rémission prend des compléments sans en parler à son oncologue. 1 sur 5. Et parmi elles, 30 % risquent une récidive à cause de ces gélules.

Alors, que faire aujourd’hui ?

  • Jetez vos gélules de soja et de millepertuis. Même si elles sont « naturelles », elles ne le sont pas pour votre traitement.
  • Demandez à votre oncologue : certains compléments (comme la curcumine à faible dose) peuvent être sans danger. Mais seul un médecin peut vous le dire.
  • Signalez les marques douteuses : la DGCCRF (Direction générale de la concurrence) ouvre des enquêtes sur signalement. Envoyez-lui les preuves.

Le vrai scandale : on sait depuis 15 ans

En 2009, une étude américaine (Journal of Clinical Oncology) avait déjà alerté : « Les phytoœstrogènes augmentent les risques de récidive chez les femmes sous tamoxifène. » Quinze ans plus tard, les compléments sont toujours en rayon.

Pourquoi ? Parce que l’industrie des compléments pèse 1,5 milliard d’euros par an en France. Parce que les pharmacies gagnent 30 % de marge sur ces produits. Parce que personne ne veut braquer les patientes en quête de solutions.

Le vrai danger, ce n’est pas le cancer. C’est l’illusion que « la nature soigne tout ». Les plantes ne sont pas des médicaments. Et les gélules, encore moins.

En 2025, les avertissements arriveront. Trop tard pour celles qui ont déjà pris le risque.

Alors, la prochaine fois que vous verrez une pub pour « l’équilibre hormonal naturel », demandez-vous : qui contrôle ces produits ? Et surtout… qui en assume les conséquences ?

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R Galaxie Rédaction

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