Le mois où Vancouver a perdu 20 000 emplois sans crier gare
En septembre, la Colombie-Britannique a effacé 20 000 postes du jour au lendemain. Pas une crise soudaine, pas un krach annoncé. Juste un trou d’air. Les chiffres, publiés par Statistique Canada, sont secs : -2,4 % d’emplois en un mois. Assez pour faire grincer les dents des économistes. David McKie, de la Chamber of Commerce de Vancouver, résume sans détour : « On a pris un coup de massue, et personne ne voit encore la fin du combat. »
Mais ce qui saute aux yeux, c’est l’absence de panique. Pas de manifestations, pas de discours tonitruants. Juste un silence gêné. Comme si tout le monde savait que ça allait mal, mais que personne ne voulait en parler avant que ce ne soit trop tard.
La guerre commerciale qui étouffe les exportations
Les États-Unis, encore eux. Depuis que Washington a durci les tarifs douaniers sur le bois et l’aluminium canadien, les usines de la Colombie-Britannique suffoquent. Canfor, l’un des géants du secteur, a déjà annoncé des suppressions de postes. « On ne peut plus exporter nos grumes aux États-Unis sans se faire plumer », explique un responsable syndical sous couvert d’anonymat. Résultat : les scieries tournent au ralenti, et avec elles, des milliers d’emplois indirects.
Pourtant, Ottawa joue les sourds. Le gouvernement Trudeau parle de « négociations en cours », mais sur le terrain, les patrons attendent. En attendant, c’est la province qui paie. L’Association des constructeurs de la Colombie-Britannique a calculé que le secteur du bois avait perdu 12 % de ses marchés américains en six mois. Pas de quoi faire la une, mais assez pour vider les caisses des PME.
L’immobilier qui s’effondre, et emporte tout avec lui
À Vancouver, les prix des maisons ont chuté de 15 % depuis le début de l’année. Les promoteurs ferment des chantiers, les agents immobiliers licencient, et les travailleurs du BTP se retrouvent à la rue. La ville compte désormais 30 000 logements inachevés, selon la British Columbia Real Estate Association. Autant de projets gelés, autant d’emplois évaporés.
Le pire ? Personne ne parie sur un rebond. Les taux d’intérêt sont hauts, les acheteurs se raréfient, et les banques serrent les boulons. « C’est comme si on avait coupé l’eau dans une maison en feu », lance un économiste local. Sauf que cette maison, c’est l’économie de la province.
Le piège des emplois précaires
Ce qui rend la situation encore plus explosive, c’est la nature des emplois perdus. Beaucoup étaient des CDD, des contrats saisonniers, ou des postes dans des secteurs ultra-sensibles aux fluctuations. Les hôtels de Whistler, par exemple, ont supprimé 1 500 emplois en trois mois. Les restaurants de Victoria aussi. « On a des serveurs qui enchaînent les petits boulots depuis un an », raconte une gérante de café à Victoria. « Le système ne supporte plus les chocs. »
Et le gouvernement ? Il regarde ailleurs. Les aides fédérales tardent, les programmes de reconversion sont sous-financés. « On nous promet des solutions, mais sur le terrain, on crève », résume un syndicaliste de la métallurgie.
Ce que personne ne dit sur les vrais perdants
Les chiffres officiels parlent de 20 000 emplois en moins. Mais en creusant, on découvre que les femmes et les jeunes sont les premières touchées. 60 % des suppressions concernent des moins de 30 ans, selon une étude de l’Université de la Colombie-Britannique. Les femmes, elles, représentent 55 % des licenciements dans le secteur services, parce que ce sont elles qui occupent les postes les moins protégés.
Et puis, il y a les communautés autochtones. Les réserves dépendent souvent des chantiers forestiers ou des mines. Quand ces secteurs s’effondrent, c’est toute une population qui se retrouve sans filet. « On nous parle d’économie, mais on oublie que derrière chaque chiffre, il y a des familles », dénonce une cheffe autochtone de la région de Kamloops.
L’avenir ? Un mot qui fait peur
Les économistes prévoient une année noire. McKie table sur une perte de 50 000 emplois d’ici fin 2023. D’autres, plus pessimistes, parlent de 100 000. Personne ne veut y croire, mais les signes sont là : les entreprises hésitent à embaucher, les investisseurs fuient, et les jeunes quittent la province.
Pourtant, il y a une lueur. Les énergies renouvelables recrutent. Les parcs éoliens de la côte ouest et les projets hydroélectriques dans l’intérieur des terres créent des emplois. Mais c’est trop lent. « On a besoin de main-d’œuvre maintenant, pas dans cinq ans », insiste un responsable de Clean Energy BC.
Alors, la Colombie-Britannique va-t-elle tenir le choc ? Les 20 000 emplois perdus en septembre ne sont qu’un avant-goût. Le vrai test commence maintenant.
Et si personne ne réagit à temps, ce ne seront pas 20 000, mais 200 000 postes qui partiront en fumée.