Deux retours simultanés dans l’écosystème French Tech
Olivier Pailhes, parti fin 2023, est revenu à la tête d’Aircall, tandis qu’Octave Klaba, cofondateur d’OVHCloud, célébrait un an de retour à son poste. Ces mouvements interviennent dans un secteur où les licornes françaises, souvent dirigées par leurs créateurs, voient leurs modèles de gouvernance évoluer.
Pourquoi ces retours après un départ récent ?
Les départs de cofondateurs dans les licornes sont fréquents, mais leur retour l’est moins. Dans ces deux cas, la raison invoquée n’est pas explicitement financière : ni Aircall ni OVHCloud ne sont en difficulté critique. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces retours.
D’abord, la crise de recrutement des talents dans la tech post-pandémie a poussé certaines licornes à recentrer leur stratégie sur leur fondateurs historiques, perçus comme des figures rassurantes pour les investisseurs et les employés. Les licornes, souvent en quête de liquidités ou de valorisation, privilégient parfois la stabilité perçue d’un fondateur plutôt que des profils externes.
Ensuite, ces retours pourraient refléter un échec partiel des transitions précédentes. Les cofondateurs, même expérimentés, ne sont pas toujours remplaçables : leur légitimité historique et leur réseau sont des atouts difficiles à reproduire. OVHCloud et Aircall, toutes deux cotées en Bourse ou en pleine levée de fonds, ont peut-être jugé qu’un retour aux sources était moins risqué qu’une gouvernance partagée.
Enfin, ces mouvements s’inscrivent dans une tendance plus large des licornes françaises à recentraliser le pouvoir. Contrairement aux géants américains comme Google ou Meta, où les cofondateurs ont souvent cédé la place à des managers professionnels, les licornes européennes, moins matures financièrement, conservent une structure plus familiale.
Quels impacts pour les salariés et les investisseurs ?
Pour les employés, ces retours peuvent être perçus comme un signal positif : la stabilité du leadership est un critère clé dans un secteur où les licenciements et les restructurations sont fréquents. Cependant, cette stabilité peut aussi ralentir l’innovation, si le fondateur historique résiste aux changements stratégiques.
Côté investisseurs, la présence d’un cofondateur historique peut faciliter les levées de fonds, notamment auprès d’acteurs européens moins enclins à financer des équipes dirigeantes inconnues. À l’inverse, certains fonds pourraient voir ces retours comme un signe de manque de confiance dans les équipes en place pendant l’absence du fondateur.
Les deux entreprises concernées n’ont pas communiqué sur les raisons précises de ces retours. Chez Aircall, Olivier Pailhes avait quitté son poste en 2023 sans explication publique, tandis qu’Octave Klaba avait temporairement cédé la place à un directeur général externe avant de revenir.
Ces retours sont-ils un signe de faiblesse ou de résilience ?
L’analyse dépend du prisme adopté. Pour les optimistes, ces mouvements illustrent la résilience des licornes françaises, capables de corriger le tir sans recourir à des ventes ou des faillites. Pour les critiques, ils révèlent une incapacité structurelle à se passer de leurs fondateurs, limitant leur capacité à évoluer.
Un point commun entre les deux cas : ces retours interviennent après une période de pression sur les valorisations. Les licornes, autrefois valorisées à des niveaux stratosphériques, voient leurs estimations revues à la baisse depuis 2022. Dans ce contexte, un fondateur historique peut apparaître comme un bouclier contre les crises, même si son retour ne garantit pas une relance immédiate.
Quelles leçons pour les autres licornes françaises ?
La question centrale reste : ces retours sont-ils une solution ponctuelle ou un aveu d’échec des modèles de gouvernance actuels ?
Pour l’instant, aucune réponse claire n’émerge. Les autres licornes françaises, comme Doctolib ou Qonto, continuent d’explorer des voies différentes : certaines misent sur des équipes dirigeantes professionnelles, d’autres sur des cofondateurs partagés. Le cas d’Aircall et d’OVHCloud montre cependant que, dans un écosystème encore jeune, l’attachement au fondateur peut primer sur la modernisation des structures.
Une réponse définitive nécessiterait des données comparatives sur la performance post-retour des deux entreprises, ainsi qu’une analyse des raisons profondes de ces départs et retours. Pour l’heure, ces mouvements restent des signaux faibles, à observer de près dans un secteur où la gouvernance reste un sujet clé de compétitivité.