Les citrouilles coûtent trop cher, les agriculteurs jettent l’éponge

Entre le diesel à 2 euros le litre et les emballages qui flambent, les producteurs de citrouilles normands et bretonnes serrent la vis. Certains arrêtent tout. Les supermarchés, eux, gardent leurs prix. Qui paiera l’addition ?

Publié le 12 octobre 2026 à 12:08
Les citrouilles coûtent trop cher, les agriculteurs jettent l’éponge

Le matin où Jean-Marc a calculé la perte

Il était 6h30, la buée collait aux vitres de son tracteur. Jean-Marc, 52 ans, cultive des citrouilles à Saint-Martin-de-Boscherville, en Normandie, depuis 35 ans. Ce jour-là, il a ouvert son tableau Excel avec un sourire en coin. Puis il a vu le chiffre : -18 % sur la marge brute. Pas une erreur. Pas une mauvaise année. Juste la réalité. Le diesel à 1,98 €/litre (au lieu de 1,40 € il y a deux ans), les emballages qui ont grimpé de 25 % chez ses fournisseurs, et les transports qui mangent 30 % de son budget. « Avant, je pouvais me permettre de vendre à perte si le client était sympa. Là, même pas. »

Jean-Marc n’est pas une exception. En Bretagne, à Plougastel-Daoulas, les serres de citrouilles de la famille Le Goff tournent au ralenti. « On a réduit les surfaces de moitié cette année », lance Yann Le Goff, les mains pleines de terre sous les ongles. « Le problème, c’est que personne ne nous croit quand on dit que c’est la fin. Les gens pensent qu’on exagère, qu’on peut encore tenir. Mais non. On est à la limite. »

Le piège des contrats signés avant la crise

Le pire ? Les agriculteurs ont signé leurs contrats avec les grandes surfaces avant que les coûts n’explosent. Résultat : ils sont coincés. « La Coop de Saint-Lô nous a bloqués sur les prix depuis 2022 », raconte un producteur de l’Eure. « Ils disent qu’ils ne peuvent pas monter, que les consommateurs râlent. Mais eux, ils achètent leurs emballages en Chine à prix coûtant, et nous, on paie le diesel ici. »

Pire encore : les citrouilles, c’est une culture peu industrialisée. Pas de géants comme pour les pommes de terre ou les carottes. Juste des petits producteurs, des coopératives locales, et des PME d’emballage qui, elles aussi, étouffent. « Chez Plast’Normandie, on nous a prévenus : +15 % sur les godets, ou c’est la faillite », témoigne un responsable anonyme. « Et nous, on doit répercuter. Sauf que le client final, lui, ne bouge pas. »

Les supermarchés gardent leurs marges

Côté distributeurs, on fait semblant de rien. À l’entrée des entrepôts de Intermarché à Rouen, un responsable logistique (qui refuse de donner son nom) lâche : « On a baissé nos commandes de 12 % cette année. Mais les prix en rayon ? Ils restent stables. Parce que le consommateur ne veut pas payer plus pour une citrouille. »

Stable ? Vraiment ? En 2021, une citrouille de 3 kg se vendait 3,50 € en moyenne en supermarché. Aujourd’hui ? 3,80 €. Soit +8 %. « Mais le coût de production, lui, a bondi de 25 % », précise un rapport de la Chambre d’Agriculture de Normandie, publié en octobre dernier. « Les agriculteurs paient la note, comme d’habitude. »

Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux

Le plus drôle ? Personne ne mesure vraiment l’ampleur du désastre. Pas les ministères, pas les syndicats agricoles, pas même les médias. « On est une culture mineure », soupire un éleveur du Finistère. « Personne ne nous écoute. »

Pourtant, les chiffres sont là. Selon une étude de FranceAgriMer (2023), 40 % des producteurs de citrouilles en France ont réduit leurs surfaces cette année. Et 15 % menacent d’arrêter définitivement si la situation ne s’améliore pas d’ici Noël. « Après, ce sera trop tard », avertit Yann Le Goff. « Les serres seront vendues, les terres converties en betteraves. Et les consommateurs iront acheter leurs citrouilles… en Espagne. »

Le vrai problème ? Personne ne veut réguler

Alors, que fait l’État ? Rien. Ou presque. *« On nous parle de

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R Galaxie Rédaction

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