Un marché du travail en crise persistante
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié ce 3 novembre 2026 une photographie alarmante du marché du travail marocain. Ces chiffres, issus de l’Enquête sur la main-d’œuvre (EMO), confirment une dégradation continue depuis plusieurs années, malgré les politiques publiques mises en œuvre pour stimuler l’emploi.
Cette dégradation s’inscrit dans un contexte où le Maroc fait face à des transformations structurelles de son économie, entre ralentissement des secteurs traditionnels et difficulté d’adaptation des travailleurs aux nouveaux besoins. Le HCP souligne par ailleurs que le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui inclut les chômeurs, les travailleurs sous-employés et ceux disponibles pour travailler, atteint 19,6%, en progression de 0,7 point sur le trimestre. Un indicateur qui révèle une précarité bien plus large que le simple chômage.
Qui sont les victimes de cette crise ?
Les données du HCP permettent d’identifier des groupes particulièrement exposés.
Les femmes constituent un autre groupe fragile : leur taux de chômage, bien que légèrement inférieur à celui des hommes, masque une sous-représentation dans les emplois stables. Le secteur informel, où elles sont surreprésentées, offre peu de protections et des revenus souvent insuffisants. Enfin, les zones rurales subissent une fuite des emplois agricoles, traditionnellement absorbants, sans que les filières industrielles ou de services ne compensent cette perte.
Quels mécanismes expliquent cette dégradation ?
Plusieurs facteurs économiques et sectoriels contribuent à cette situation. D’une part, la transition énergétique et numérique accélère la disparition d’emplois dans des secteurs comme l’agriculture ou l’industrie légère, sans que les compétences des travailleurs ne s’adaptent suffisamment vite. D’autre part, la croissance économique, bien que positive, ne génère pas assez d’emplois de qualité pour absorber le flux de nouveaux entrants sur le marché du travail.
Le HCP ne fournit pas d’analyse détaillée des causes sectorielles, mais des observations antérieures permettent d’avancer des pistes. Par exemple, le ralentissement des investissements étrangers dans certains domaines, comme l’automobile ou le textile, a pu peser sur l’emploi industriel. Parallèlement, l’économie informelle, qui emploie près de 30% de la population active, reste un filet de sécurité fragile, exposé aux fluctuations des revenus et aux aléas climatiques.
Quelles réponses politiques existent-elles ?
Cependant, aucune mesure spécifique n’a été annoncée en réaction à cette dernière dégradation. Les dispositifs existants, comme les subventions aux entreprises pour l’embauche ou les aides à la création d’activités, peinent à produire des résultats tangibles à grande échelle.
Un débat persiste sur l’efficacité des politiques d’emploi. Certains estiment que les incitations fiscales en faveur des entreprises ne suffisent pas, faute de ciblage précis sur les secteurs porteurs. D’autres soulignent que l’amélioration de la formation professionnelle, notamment dans les compétences numériques et vertes, reste un levier sous-exploité. Enfin, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme plus profonde du marché du travail, incluant une flexibilité accrue pour les entreprises et une meilleure protection des travailleurs précaires.
Quelles conséquences concrètes pour les ménages ?
Pour les chômeurs et les travailleurs précaires, les conséquences sont immédiates. Une partie d’entre eux se tournent vers l’emploi informel, où les revenus sont instables et les droits sociaux inexistants. D’autres dépendent de l’aide familiale, ce qui renforce les inégalités entre générations. Les femmes au foyer, souvent exclues des statistiques officielles, voient leur situation se dégrader lorsque leur conjoint perd son emploi.
Sur le plan macroeconomique, cette crise pèse sur la consommation et, indirectement, sur la croissance. Une population active sous-employée ou au chômage réduit le pouvoir d’achat, ce qui peut freiner les investissements et aggraver le cercle vicieux du ralentissement.
Une question reste sans réponse claire
Comment le Maroc peut-il concilier transition économique et création massive d’emplois stables ? Les données du HCP montrent que les mesures existantes ne suffisent pas à endiguer la hausse du chômage, mais elles ne permettent pas non plus d’identifier une solution miracle. Une réponse durable nécessiterait une évaluation transparente des politiques publiques et un dialogue élargi entre État, entreprises et syndicats pour aligner formation, innovation et besoins du marché.
Sans cela, le risque est celui d’une génération sacrifiée, où les jeunes et les moins qualifiés paieraient le prix d’une modernisation économique mal accompagnée.