120 euros le plein, et on s'en fiche encore

Les détroits se ferment, les Houthis bombardent les pétroliers, le prix à la pompe explose. Pourtant, personne ne bronche. Pourquoi cette indifférence ? Parce que les chocs pétroliers ne font plus peur. Ils sont devenus la norme. Et ça, c’est le vrai problème.

Publié le 16 octobre 2026 à 18:07
120 euros le plein, et on s'en fiche encore

Le plein à 120 euros, c’est devenu une blague. Une blague qu’on ne rit même plus.

En ce moment, les Houthis tirent sur les pétroliers saoudiens comme on lance des cailloux dans une cour de récré. Le détroit d’Ormuz ? Bloqué, encore et toujours. Et vous savez quoi ? Personne ne s’en soucie. Enfin, si : les marchés s’en soucient. Pas vous. Pas moi. On a mieux à faire. Comme regarder Netflix en se disant que, bon, 120 euros le plein, c’est un peu cher, mais après tout, c’est pas la fin du monde.

Pourtant, si vous aviez demandé ça à vos parents dans les années 70, ils vous auraient regardé comme si vous veniez de leur annoncer la fin de la civilisation. Le premier choc pétrolier ? Un électrochoc. Les files d’attente aux stations-service, les rationnements, les grèves, les gouvernements qui tremblent. Aujourd’hui ? On hausse les épaules. Pourquoi ? Parce que les chocs pétroliers ne sont plus des chocs. Ils sont devenus le nouveau normal.

Le nouveau normal, c’est ça : l’indifférence.

En 1973, quand les Arabes ont décidé de faire payer cher leur soutien à Israël, le monde a paniqué. Les économies se sont mises en pause. Les gouvernements ont couru après des solutions. Aujourd’hui ? On ajuste les budgets, on serre les dents, et on passe à autre chose. Le prix du baril a bondi de 20 % en trois mois. Les analystes parlent de « risque géopolitique ». Les politiques ? Silence radio. Même les médias s’en désintéressent, sauf pour rappeler, comme un mauvais souvenir, que « oui, ça pourrait empirer ».

Pourquoi cette différence ? Parce qu’on a appris à vivre avec. Les chocs pétroliers, c’est comme les canicules : on sait que ça va arriver, on sait que ça va coûter cher, mais on fait semblant de ne pas voir. On a nos compensations. Le télétravail qui réduit les trajets. Les voitures électriques qui, théoriquement, devraient nous sauver (spoiler : elles ne sauveront rien du tout, pas avant 2030, et encore). Les primes énergie qui calent un peu la facture. Bref, on s’adapte. On survit.

Sauf que cette fois, c’est différent. Parce que cette indifférence, elle cache quelque chose.

Ce que personne ne dit, c’est que le vrai problème, ce n’est pas le prix du pétrole. C’est qu’on a arrêté de se battre.

En 1973, les gens sont descendus dans la rue. Ils ont manifesté contre les gouvernements incompétents. Ils ont forcé les mains. Aujourd’hui ? On râle sur Twitter, on partage des memes sur l’inflation, et on retourne à ses affaires. Pourquoi ? Parce qu’on a compris une chose : rien ne changera. Les Saoudiens continueront à vendre leur pétrole au prix fort. Les Houthis continueront à tirer. Les détroits resteront des zones de guerre. Et nous, on paiera.

Prenez l’exemple de la France. En 2005, le gouvernement de l’époque avait lancé un plan pour réduire la dépendance au pétrole. Objectif : 35 % d’énergies renouvelables d’ici 2020. Résultat ? On en est à 20 % aujourd’hui. Et personne ne s’en émeut. Pourquoi ? Parce que c’est trop tard. Parce que les lobbies ont gagné. Parce que les citoyens ont baissé les bras.

Le pétrole, c’est le nouveau tabac. On sait que c’est mauvais. On sait que ça va nous coûter cher. Mais on continue à en consommer, comme on continuait à fumer dans les années 80, alors qu’on savait pertinemment que ça tuait.

Sauf que pour le pétrole, il n’y a même pas de campagne de prévention. Pas de mises en garde. Pas de « fumer tue ». Non. On nous dit juste : « Adaptez-vous. Acceptez. Et payez. »

Et c’est là que les choses deviennent vraiment inquiétantes.

Parce que si on s’en fiche du pétrole, c’est qu’on s’en fiche de tout.

Vous vous souvenez de la crise des Gilets jaunes ? Une partie des manifestations portait sur le prix du carburant. Résultat ? Une taxe supprimée, quelques promesses, et puis plus rien. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a compris une chose : les gens ont un seuil de tolérance. Et ce seuil, il est passé de 1,50 euro le litre à 1,80 euro. Après, ils râlent. Mais ils ne descendent plus dans la rue. Ils ne bloquent plus les autoroutes. Ils acceptent.

C’est ça, le vrai choc pétrolier. Pas celui des prix. Celui de la résignation.

Les Houthis, les Saoudiens, les détroits… tout ça, c’est du bruit de fond.

Le vrai problème, c’est qu’on a arrêté de croire que les choses pouvaient changer. Que les gouvernements pouvaient agir. Que les entreprises pouvaient se remettre en question. On a intégré l’idée que le monde était comme ça : cher, instable, et qu’il fallait juste tenir le coup.

Et c’est exactement ce que veulent les pétromonarchies. Qu’on s’habitue. Qu’on arrête de se battre. Qu’on accepte que le pétrole reste le nerf de la guerre économique mondiale.

Alors oui, le plein à 120 euros, c’est cher. Mais le vrai scandale, c’est qu’on ne trouve même plus ça scandaleux.

En 2008, la crise financière avait fait trembler les marchés. Les gens avaient peur. Aujourd’hui ? On a peur de rien. Parce qu’on a tout vu. Les crises, les guerres, les pénuries. On a tout subi. Et on a appris une chose : rien ne dure. Alors on attend. On attend que ça passe. On attend que les prix redescendent. On attend que les Houthis s’ennuient. On attend que les Saoudiens se lassent.

Sauf que cette fois, ce n’est pas une crise qui passe. C’est un nouveau monde. Un monde où le pétrole reste cher, où les conflits s’éternisent, et où personne ne lève le petit doigt.

Alors non, les chocs pétroliers ne sont plus des chocs. Ils sont devenus une fatalité.

Et c’est ça, le vrai problème. Parce qu’une fatalité, ça ne se combat pas. Ça s’accepte. Et ça, c’est bien plus dangereux que 120 euros le plein.

Alors la prochaine fois que vous irez faire le plein, regardez bien le prix à l’écran. Et demandez-vous : est-ce que vous êtes vraiment prêt à vivre avec ça ? Pas juste aujourd’hui. Pas juste cette année. Mais pour les 20 prochaines. Parce que c’est comme ça que ça va se passer. On va s’habituer. On va continuer à rouler. On va continuer à chauffer nos maisons. Et on va continuer à payer.

Et personne ne bronchera.

C’est ça, le vrai choc pétrolier. Pas celui du prix. Celui de l’âme.

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R Galaxie Rédaction

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