Baltimore multiplie sa production malgré les risques.

Le site de Baltimore va passer de 30 à 60 MW de capacité. Mais les coûts cachés et les délais flous laissent planer un doute : Cenergy mise tout sur cette expansion, sans filet. Voici pourquoi ça peut mal finir.

Publié le 19 octobre 2026 à 20:16
Baltimore multiplie sa production malgré les risques.

Baltimore va produire deux fois plus d’énergie. ProblĂšme : personne ne sait comment Cenergy va payer la note.

Le groupe belge a annoncĂ© un doublement de sa production Ă  Baltimore, aux États-Unis. 60 mĂ©gawatts d’ici 2025, contre 30 aujourd’hui. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle : l’Europe a soif d’énergies renouvelables, et les États-Unis misent sur les partenariats transatlantiques. Sauf que Cenergy, c’est pas Total. C’est une PME belge cotĂ©e en bourse, avec un historique de rĂ©sultats en dents de scie et une dette qui traĂźne depuis des annĂ©es. Leur dernier rapport annuel (2023) mentionne une dette nette de 12,3 millions d’euros, un chiffre qui n’a pas bougĂ© depuis 2021. Et lĂ , ils annoncent un investissement de plus de 50 millions pour Baltimore. OĂč va passer l’argent ?

Le vrai problùme, c’est le timing.

Les cours du solaire et de l’éolien ont chutĂ© en 2023, mais les coĂ»ts de construction, eux, n’ont pas suivi. Selon une Ă©tude de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), les projets Ă©oliens aux États-Unis ont vu leurs coĂ»ts exploser de 18 % en un an Ă  cause des pĂ©nuries de main-d’Ɠuvre et des retards logistiques. Cenergy compte sur des subventions fĂ©dĂ©rales amĂ©ricaines (l’Inflation Reduction Act), mais les files d’attente pour ces aides sont longues. En 2023, seulement 3 % des demandeurs ont obtenu leur financement dans les dĂ©lais. Le reste attend des mois, voire des annĂ©es. Cenergy mise sur un financement obtenu d’ici fin 2024. Un pari risquĂ©.

Pourquoi Baltimore, et pas ailleurs ?

Le choix de Baltimore n’est pas anodin. Le Maryland offre des tarifs d’achat garantis (PPA) attractifs pour les Ă©nergies renouvelables, avec des contrats verrouillĂ©s Ă  20 ans. Sauf que ces PPA sont souvent signĂ©s avec des gĂ©ants comme NextEra ou Ørsted. Cenergy, elle, arrive en retard sur le marchĂ© local. En 2022, le Maryland Energy Administration a attribuĂ© 80 % de ses quotas de capacitĂ© Ă©olienne Ă  des acteurs dĂ©jĂ  installĂ©s. Le reste ? Des petits joueurs comme Cenergy, qui doivent se contenter des miettes. Leur projet Ă  Baltimore repose sur un accord prĂ©caire : un terrain louĂ© pour 25 ans, mais avec une clause de rĂ©siliation en cas de non-rĂ©alisation dans les 18 mois. Si le financement tarde, Cenergy perd tout.

Et puis, il y a l’effet de levier. Le groupe a Ă©mis des obligations en 2021 pour financer ses projets, avec un taux d’intĂ©rĂȘt de 6,5 %. Avec l’inflation qui repasse au-dessus de 3 % aux États-Unis, ces dettes deviennent un fardeau. Leur dernier rapport indique que 40 % de leur trĂ©sorerie partira en intĂ©rĂȘts d’ici 2025. Autant dire qu’il leur reste peu de marge pour absorber un retard.

Les actionnaires savent-ils ce qu’ils achùtent ?

Le cours de Cenergy (BE0974303357) a grimpĂ© de 12 % en une semaine aprĂšs l’annonce de Baltimore. Une rĂ©action classique : les investisseurs aiment les grands projets, mĂȘme flous. Sauf que l’historique du titre est loin d’ĂȘtre rassurant. Entre 2020 et 2023, Cenergy a vu son cours divisĂ© par trois, malgrĂ© des promesses rĂ©pĂ©tĂ©es de croissance. Leur dernier dividende ? 0,02 € par action en 2022, un montant dĂ©risoire, et qui n’a pas Ă©tĂ© versĂ© depuis.

Le vrai danger, c’est l’asymĂ©trie d’information. Les petits actionnaires (qui reprĂ©sentent 60 % du flottant, selon les donnĂ©es de Euronext) ne voient que le projet Baltimore. Pas les risques :

  • Les retards administratifs : aux États-Unis, un projet Ă©olien met en moyenne 4 ans Ă  obtenir tous les permis. Cenergy table sur 24 mois. Optimiste.
  • La concurrence locale : Dominion Energy et Constellation, deux gĂ©ants du secteur, ont dĂ©jĂ  des contrats signĂ©s avec des particuliers et des entreprises dans le Maryland. Baltimore est un marchĂ© saturĂ©.
  • Le risque politique : si les rĂ©publicains reprennent le contrĂŽle du CongrĂšs en 2025, les subventions vertes pourraient ĂȘtre revues Ă  la baisse. Cenergy n’a aucun plan B si l’Inflation Reduction Act est amendĂ©.

Ce que les dirigeants ne disent pas

Dans leur communiquĂ©, Cenergy parle de « partenariat stratĂ©gique avec des opĂ©rateurs locaux » et de « modĂšle reproductible ». Traduction : ils comptent sur des sous-traitants pour porter une partie des risques. Sauf que ces partenaires, c’est souvent des PME en difficultĂ©. Prenez l’exemple de Baltimore Wind Partners, un acteur clĂ© du projet. En 2022, la sociĂ©tĂ© a fait faillite aprĂšs avoir sous-estimĂ© les coĂ»ts de raccordement au rĂ©seau. Cenergy a rachetĂ© ses actifs
 pour 10 millions de dollars, alors que les dettes s’élevaient Ă  15 millions. Un bon plan ?

Le plus ironique, c’est que Cenergy a dĂ©jĂ  un projet similaire en Belgique. Leur parc Ă©olien Ă  De Haan (Flandre) tourne au ralenti depuis 2021 Ă  cause de problĂšmes techniques. RĂ©sultat : des pertes estimĂ©es Ă  1,8 million d’euros par an. Pourtant, personne ne pose de questions. Parce que les investisseurs prĂ©fĂšrent regarder vers l’AmĂ©rique, avec ses paysages dĂ©gagĂ©s et ses promesses de croissance verte.

Que faire si vous détenez Cenergy ?

Trois scénarios possibles :

  1. Le meilleur : Les subventions arrivent Ă  temps, les coĂ»ts sont maĂźtrisĂ©s, et Cenergy devient un acteur majeur de l’éolien transatlantique. Dans ce cas, le cours pourrait doubler d’ici 2025. Mais c’est un scĂ©nario optimiste, qui repose sur trop de variables externes.

  2. Le probable : Retards, surcoĂ»ts, et une partie des fonds publics qui ne tombe pas. Cenergy doit puiser dans ses rĂ©serves ou Ă©mettre de nouvelles dettes. Le cours stagne, les actionnaires attendent. Le dividende reste Ă  0,02 €.

  3. Le pire : Un des partenaires locaux fait faillite, ou les permis ne sont pas obtenus. Cenergy se retrouve avec un terrain louĂ©, des machines Ă  l’arrĂȘt, et une dette qui explose. Le cours s’effondre de 50 % en six mois.

Alors, vous faites quoi ?

  • Si vous ĂȘtes un spĂ©culateur, vous pouvez tenir jusqu’à 2025. Mais attention : Cenergy n’a aucune liquiditĂ© en cas de krach. Le volume moyen d’échange est de 50 000 actions par jour, un marchĂ© trop petit pour absorber une panique.
  • Si vous ĂȘtes un investisseur long terme, posez-vous une question : pourquoi Cenergy vaut-elle plus que ses actifs tangibles ? Leur capitalisation boursiĂšre (environ 45 millions d’euros) repose sur des promesses, pas sur des rĂ©sultats concrets. En 2023, leur EBITDA (bĂ©nĂ©fice avant intĂ©rĂȘts, impĂŽts et amortissements) Ă©tait nĂ©gatif : -2,1 millions d’euros.
  • Si vous ĂȘtes un actionnaire minoritaire, la seule stratĂ©gie sĂ»re est de limiter les pertes. Vendez une partie de vos positions maintenant, avant que le projet Baltimore ne devienne un gouffre financier.

Le vrai jeu, c’est ailleurs

Tout le monde parle de Baltimore. Mais le vrai risque pour Cenergy, c’est l’Europe. Leur projet belge Ă  De Haan traĂźne depuis des annĂ©es, et ils n’ont aucune visibilitĂ© sur un nouveau parc en France ou en Allemagne. Sans diversification, ils restent dĂ©pendants des aides publiques amĂ©ricaines, un pari gĂ©opolitique risquĂ©.

Leur dernier rapport annuel mentionne une « stratĂ©gie de croissance accĂ©lĂ©rĂ©e ». Traduction : ils misent tout sur un seul projet, en espĂ©rant que les marchĂ©s ne regardent pas trop prĂšs. Ça peut marcher. Ça peut aussi trĂšs mal finir.

DerniÚre question : et si Baltimore était leur dernier jeton ?

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R Galaxie Rédaction

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