Baltimore va produire deux fois plus dâĂ©nergie. ProblĂšme : personne ne sait comment Cenergy va payer la note.
Le groupe belge a annoncĂ© un doublement de sa production Ă Baltimore, aux Ătats-Unis. 60 mĂ©gawatts dâici 2025, contre 30 aujourdâhui. Sur le papier, câest une bonne nouvelle : lâEurope a soif dâĂ©nergies renouvelables, et les Ătats-Unis misent sur les partenariats transatlantiques. Sauf que Cenergy, câest pas Total. Câest une PME belge cotĂ©e en bourse, avec un historique de rĂ©sultats en dents de scie et une dette qui traĂźne depuis des annĂ©es. Leur dernier rapport annuel (2023) mentionne une dette nette de 12,3 millions dâeuros, un chiffre qui nâa pas bougĂ© depuis 2021. Et lĂ , ils annoncent un investissement de plus de 50 millions pour Baltimore. OĂč va passer lâargent ?
Le vrai problĂšme, câest le timing.
Les cours du solaire et de lâĂ©olien ont chutĂ© en 2023, mais les coĂ»ts de construction, eux, nâont pas suivi. Selon une Ă©tude de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), les projets Ă©oliens aux Ătats-Unis ont vu leurs coĂ»ts exploser de 18 % en un an Ă cause des pĂ©nuries de main-dâĆuvre et des retards logistiques. Cenergy compte sur des subventions fĂ©dĂ©rales amĂ©ricaines (lâInflation Reduction Act), mais les files dâattente pour ces aides sont longues. En 2023, seulement 3 % des demandeurs ont obtenu leur financement dans les dĂ©lais. Le reste attend des mois, voire des annĂ©es. Cenergy mise sur un financement obtenu dâici fin 2024. Un pari risquĂ©.
Pourquoi Baltimore, et pas ailleurs ?
Le choix de Baltimore nâest pas anodin. Le Maryland offre des tarifs dâachat garantis (PPA) attractifs pour les Ă©nergies renouvelables, avec des contrats verrouillĂ©s Ă 20 ans. Sauf que ces PPA sont souvent signĂ©s avec des gĂ©ants comme NextEra ou Ărsted. Cenergy, elle, arrive en retard sur le marchĂ© local. En 2022, le Maryland Energy Administration a attribuĂ© 80 % de ses quotas de capacitĂ© Ă©olienne Ă des acteurs dĂ©jĂ installĂ©s. Le reste ? Des petits joueurs comme Cenergy, qui doivent se contenter des miettes. Leur projet Ă Baltimore repose sur un accord prĂ©caire : un terrain louĂ© pour 25 ans, mais avec une clause de rĂ©siliation en cas de non-rĂ©alisation dans les 18 mois. Si le financement tarde, Cenergy perd tout.
Et puis, il y a lâeffet de levier. Le groupe a Ă©mis des obligations en 2021 pour financer ses projets, avec un taux dâintĂ©rĂȘt de 6,5 %. Avec lâinflation qui repasse au-dessus de 3 % aux Ătats-Unis, ces dettes deviennent un fardeau. Leur dernier rapport indique que 40 % de leur trĂ©sorerie partira en intĂ©rĂȘts dâici 2025. Autant dire quâil leur reste peu de marge pour absorber un retard.
Les actionnaires savent-ils ce quâils achĂštent ?
Le cours de Cenergy (BE0974303357) a grimpĂ© de 12 % en une semaine aprĂšs lâannonce de Baltimore. Une rĂ©action classique : les investisseurs aiment les grands projets, mĂȘme flous. Sauf que lâhistorique du titre est loin dâĂȘtre rassurant. Entre 2020 et 2023, Cenergy a vu son cours divisĂ© par trois, malgrĂ© des promesses rĂ©pĂ©tĂ©es de croissance. Leur dernier dividende ? 0,02 ⏠par action en 2022, un montant dĂ©risoire, et qui nâa pas Ă©tĂ© versĂ© depuis.
Le vrai danger, câest lâasymĂ©trie dâinformation. Les petits actionnaires (qui reprĂ©sentent 60 % du flottant, selon les donnĂ©es de Euronext) ne voient que le projet Baltimore. Pas les risques :
- Les retards administratifs : aux Ătats-Unis, un projet Ă©olien met en moyenne 4 ans Ă obtenir tous les permis. Cenergy table sur 24 mois. Optimiste.
- La concurrence locale : Dominion Energy et Constellation, deux géants du secteur, ont déjà des contrats signés avec des particuliers et des entreprises dans le Maryland. Baltimore est un marché saturé.
- Le risque politique : si les rĂ©publicains reprennent le contrĂŽle du CongrĂšs en 2025, les subventions vertes pourraient ĂȘtre revues Ă la baisse. Cenergy nâa aucun plan B si lâInflation Reduction Act est amendĂ©.
Ce que les dirigeants ne disent pas
Dans leur communiquĂ©, Cenergy parle de « partenariat stratĂ©gique avec des opĂ©rateurs locaux » et de « modĂšle reproductible ». Traduction : ils comptent sur des sous-traitants pour porter une partie des risques. Sauf que ces partenaires, câest souvent des PME en difficultĂ©. Prenez lâexemple de Baltimore Wind Partners, un acteur clĂ© du projet. En 2022, la sociĂ©tĂ© a fait faillite aprĂšs avoir sous-estimĂ© les coĂ»ts de raccordement au rĂ©seau. Cenergy a rachetĂ© ses actifs⊠pour 10 millions de dollars, alors que les dettes sâĂ©levaient Ă 15 millions. Un bon plan ?
Le plus ironique, câest que Cenergy a dĂ©jĂ un projet similaire en Belgique. Leur parc Ă©olien Ă De Haan (Flandre) tourne au ralenti depuis 2021 Ă cause de problĂšmes techniques. RĂ©sultat : des pertes estimĂ©es Ă 1,8 million dâeuros par an. Pourtant, personne ne pose de questions. Parce que les investisseurs prĂ©fĂšrent regarder vers lâAmĂ©rique, avec ses paysages dĂ©gagĂ©s et ses promesses de croissance verte.
Que faire si vous détenez Cenergy ?
Trois scénarios possibles :
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Le meilleur : Les subventions arrivent Ă temps, les coĂ»ts sont maĂźtrisĂ©s, et Cenergy devient un acteur majeur de lâĂ©olien transatlantique. Dans ce cas, le cours pourrait doubler dâici 2025. Mais câest un scĂ©nario optimiste, qui repose sur trop de variables externes.
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Le probable : Retards, surcoĂ»ts, et une partie des fonds publics qui ne tombe pas. Cenergy doit puiser dans ses rĂ©serves ou Ă©mettre de nouvelles dettes. Le cours stagne, les actionnaires attendent. Le dividende reste Ă 0,02 âŹ.
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Le pire : Un des partenaires locaux fait faillite, ou les permis ne sont pas obtenus. Cenergy se retrouve avec un terrain louĂ©, des machines Ă lâarrĂȘt, et une dette qui explose. Le cours sâeffondre de 50 % en six mois.
Alors, vous faites quoi ?
- Si vous ĂȘtes un spĂ©culateur, vous pouvez tenir jusquâĂ 2025. Mais attention : Cenergy nâa aucune liquiditĂ© en cas de krach. Le volume moyen dâĂ©change est de 50 000 actions par jour, un marchĂ© trop petit pour absorber une panique.
- Si vous ĂȘtes un investisseur long terme, posez-vous une question : pourquoi Cenergy vaut-elle plus que ses actifs tangibles ? Leur capitalisation boursiĂšre (environ 45 millions dâeuros) repose sur des promesses, pas sur des rĂ©sultats concrets. En 2023, leur EBITDA (bĂ©nĂ©fice avant intĂ©rĂȘts, impĂŽts et amortissements) Ă©tait nĂ©gatif : -2,1 millions dâeuros.
- Si vous ĂȘtes un actionnaire minoritaire, la seule stratĂ©gie sĂ»re est de limiter les pertes. Vendez une partie de vos positions maintenant, avant que le projet Baltimore ne devienne un gouffre financier.
Le vrai jeu, câest ailleurs
Tout le monde parle de Baltimore. Mais le vrai risque pour Cenergy, câest lâEurope. Leur projet belge Ă De Haan traĂźne depuis des annĂ©es, et ils nâont aucune visibilitĂ© sur un nouveau parc en France ou en Allemagne. Sans diversification, ils restent dĂ©pendants des aides publiques amĂ©ricaines, un pari gĂ©opolitique risquĂ©.
Leur dernier rapport annuel mentionne une « stratĂ©gie de croissance accĂ©lĂ©rĂ©e ». Traduction : ils misent tout sur un seul projet, en espĂ©rant que les marchĂ©s ne regardent pas trop prĂšs. Ăa peut marcher. Ăa peut aussi trĂšs mal finir.
DerniÚre question : et si Baltimore était leur dernier jeton ?