Le cancer du sein tue en silence à Kinshasa

À Kinshasa, une professionnelle de santé a rappelé l’urgence du dépistage précoce lors du Forum international des élites féminines. Pourtant, les femmes congolaises continuent de mourir sans accès aux soins. Pourquoi cette recommandation tombe à plat ?

Publié le 11 octobre 2026 à 12:10
Le cancer du sein tue en silence à Kinshasa

Le cancer du sein tue en silence à Kinshasa, et personne ne bronche vraiment

Le samedi 10 octobre 2026, une médecin a pris la parole devant un parterre de femmes influentes, à Kinshasa. Son message était simple : « Le dépistage précoce du cancer du sein peut sauver des vies. » Pourtant, dans la salle, certaines ont souri poliment avant de passer à autre chose. Dans la rue, rien ne change.

Pourquoi ? Parce que le dépistage, ici, c’est un luxe. Pas seulement une question d’argent, mais une question de système. D’accès. De volonté politique. Et surtout, de priorités.

Le chiffre qui résume tout : 3 femmes sur 4 diagnostiquées trop tard.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en RDC, le cancer du sein est détecté à un stade avancé dans 75 % des cas. Résultat ? Un taux de survie à 5 ans qui frôle les 20 %. Moins que dans la plupart des pays africains. Moins que dans les zones rurales du Mali ou du Sénégal, où les campagnes de sensibilisation, même limitées, existent.

À Kinshasa, même les hôpitaux publics manquent de matériel. Les mammographies ? Une rareté. Les biopsies ? Réservées à ceux qui peuvent payer. Et les chimiothérapies ? Souvent indisponibles, ou alors à des prix qui écrasent les salaires locaux.

Le Forum des élites féminines, un miroir déformant

Le FIEF (Forum international des élites féminines) se tient dans un hôtel cinq étoiles de Gombe, quartier huppé de la capitale. Les participantes viennent de milieux aisés, ou du moins, de ceux qui peuvent se permettre des vols internationaux et des frais d’inscription.

Elles écoutent les recommandations. Elles prennent des notes. Certaines repartent avec des engagements : « Je vais organiser une session de sensibilisation dans mon entreprise. » « Je vais parler à mon réseau. »

Mais qu’en est-il des millions de femmes qui ne font pas partie de ce réseau ? Celles qui vivent dans les quartiers populaires de Kinshasa, comme Limete ou Ngaliema, où l’eau courante est un luxe et où une consultation médicale coûte l’équivalent de trois jours de salaire ?

Le dépistage, ça ne se décrète pas, ça se construit

En 2024, une étude de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) avait révélé que seulement 12 % des femmes congolaises avaient déjà fait une mammographie. Pourquoi un tel déni ?

  • La méconnaissance. Beaucoup ignorent encore que le cancer du sein peut toucher les femmes jeunes, dès 30 ans. Les campagnes d’information ? Rares. Les affiches dans les cliniques ? Jaunies, illisibles.
  • La peur. Une mammographie, pour beaucoup, c’est l’idée d’une douleur atroce, d’un diagnostic qui condamne. « Si je vais, c’est que je suis déjà malade », disent-elles.
  • L’accès. Même quand on veut, les centres de dépistage sont loin. Les transports ? Chers. Les files d’attente ? Interminables. Et quand on arrive enfin, le médecin n’est pas toujours là.

Et puis, il y a le tabou.

Parler de cancer du sein, en RDC, c’est encore souvent parler à demi-mot. Comme si le sujet était trop lourd, trop triste, trop « occidental ». Pourtant, les chiffres sont locaux. Et ils tuent.

Le vrai problème, ce n’est pas le manque de recommandations, c’est le manque de moyens

À Kinshasa, on recommande. On organise des forums. On parle d’ « empowerment » et de « leadership féminin ». Mais concrètement ?

  • Les cliniques privées facturent une mammographie entre 50 000 et 100 000 francs congolais (25 à 50 dollars). Un salaire moyen en RDC ? Environ 150 dollars par mois.
  • Les médicaments ? Souvent importés, donc chers. La chimiothérapie, elle, coûte des milliers de dollars. Beaucoup abandonnent en cours de route.
  • Les formations des médecins ? Inégales. Beaucoup de praticiens n’ont jamais suivi de spécialisation en oncologie.

Alors, que faire ?

Certains pays africains ont trouvé des solutions. Le Rwanda, par exemple, a mis en place des « cancer buses » : des cliniques mobiles qui parcourent le pays pour dépister et soigner. Le Kenya a formé des « community health workers » pour repérer les symptômes précoces. La RDC ? Rien de tel.

Le Forum des élites a-t-il servi à quelque chose ?

Peut-être. Une des participantes, une avocate, a annoncé qu’elle allait financer des dépistages gratuits dans un quartier pauvre. Une autre, une entrepreneure, a promis de former des infirmières. Mais des promesses sans suivi, ça ne change rien.

Le vrai combat, ce n’est pas celui des élites. C’est celui des femmes qui n’ont même pas le choix.

À Kinshasa, le cancer du sein tue parce qu’on préfère parler plutôt qu’agir. Parce qu’on préfère les discours aux actes. Parce que dépister une femme pauvre, ce n’est pas rentable.

Et pendant ce temps, les chiffres continuent de monter.

La dernière parole : et si on arrêtait les forums pour passer aux faits ?

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R Galaxie Rédaction

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