Pourquoi 95 000 $ ? Personne ne l’explique vraiment
Les options d’achat (calls) s’accumulent comme des parieurs devant un cheval favori. Sauf que personne ne mise sur un cheval. On mise sur un narratif. Le halving de 2024, qui divise par deux la récompense des mineurs, est censé répéter le scénario de 2020 : un prix multiplié par dix en six mois. Sauf que 2020, c’était avant les ETF Bitcoin, les régulations, et une Fed qui ne lâche pas les taux à 5 %.
Les modèles quantitatifs de Bloomberg prévoient une fourchette de 70 000 à 110 000 $ d’ici fin 2024. Prévoient. Pas garantissent. Les algorithmes adorent les moyennes. Ils détestent les krachs. Pourtant, c’est là que le vrai jeu commence : quand les machines achètent parce que les humains ont peur de vendre.
Et puis il y a MicroStrategy, ce fonds activiste qui détient 190 000 BTC, soit 4 % de l’offre totale. Leur CEO, Michael Saylor, a tweeté il y a deux semaines : « Le Bitcoin est le seul actif avec un ratio risque/rendement positif depuis 15 ans. » Traduction : « Achetez, les gars, avant que les autres ne réalisent. » Sauf que MicroStrategy a aussi un problème de liquidités. En 2022, ils ont dû emprunter 650 millions pour éviter la faillite. Aujourd’hui, leur dette court terme dépasse 1,2 milliard. Un krach à 80 000 $, et c’est la panique.
Le vrai risque ? Personne ne sait qui détient ces 4,5 milliards d’options. Les whales (baleines), ces acteurs avec des portefeuilles de plusieurs centaines de millions, pourraient être des fonds souverains comme ceux de Singapour ou Abu Dhabi. Ou des hedge funds américains qui parient sur un effondrement avant le rebond. Les données de Glassnode montrent que 60 % des gros acheteurs sont des entités non identifiées. En clair : on joue à pile ou face avec de l’argent qu’on ne voit même pas.
Ce qui cloche dans ce pari : les options, ce poison lent
Les options, c’est comme acheter une arme à feu sans savoir tirer. Vous payez cher le droit d’acheter à 95 000 $ dans six mois. Si le prix monte, vous gagnez. Si il descend, vous perdez tout. Sauf que cette fois, le problème n’est pas la volatilité. C’est la concentration.
Sur CME, le marché à terme de Chicago, 80 % des positions ouvertes sont des calls à 95 000 $. Sur Deribit, c’est pire : 92 %. Personne ne vend. Personne ne couvre ses risques. Résultat : une bulle prête à éclater au moindre faux pas.
Prenez l’exemple de Tesla. En 2021, Elon Musk a tweeté sur Dogecoin. Le cours a explosé. Puis il a corrigé de 80 % en trois mois. Pourquoi ? Parce que les options étaient surachetées. Aujourd’hui, Bitcoin vit la même dynamique. Sauf qu’en 2021, le marché était jeune. Aujourd’hui, il pèse 1 400 milliards. Un krach de 30 % effacerait 400 milliards en une nuit. Et les options ? Elles s’effondreraient comme un château de cartes.
Le pire ? Les liquidateurs, ces fonds qui achètent quand tout le monde panique, sont en train de se retirer. Les données de CoinGlass montrent que leurs positions ont chuté de 40 % depuis janvier. Pourquoi ? Parce qu’ils ont compris une chose simple : avec des options à ce niveau, personne ne veut vendre. Donc personne ne rachète pour couvrir les pertes. C’est le début d’une spirale.
La Fed, ce boulet que personne n’ose mentionner
Tout le monde parle du halving. Personne ne parle de Jerome Powell.
La Réserve fédérale a maintenu les taux à 5,25 % en mars. Le plus haut depuis 2001. Les banques centrales du monde entier suivent. Résultat : le coût de l’argent est toujours prohibitif. Pour les entreprises ? Pour les particuliers ? Pour les mineurs de Bitcoin ?
Prenez Core Scientific, un géant du minage. Leur dette s’élève à 1,8 milliard. En 2022, ils ont dû vendre 17 000 BTC pour survivre. Aujourd’hui, avec les taux à 5 %, leurs coûts de financement ont explosé. Ils ne peuvent plus emprunter. Et ils ne sont pas les seuls.
Le Bitcoin, c’est une monnaie. Pas un actif spéculatif. Sauf que depuis 2020, il se comporte comme une action. Les ETF ont accéléré le mouvement : les institutionnels achètent pour des raisons fiscales, pas parce qu’ils croient en la déflation monétaire. Et quand les taux baissent, ce qui arrivera, tôt ou tard, le Bitcoin pourrait bien devenir trop cher pour être un actif refuge.
Le scénario catastrophe ? La Fed baisse les taux en 2025. Les marchés s’emballent. Bitcoin atteint 150 000 $. Puis il corrige. Brutalement. Parce que les options à 95 000 $ n’auront servi à rien. Et les whales qui ont tout misé sur ce niveau ? Ils seront ruinés.
Ce que les régulateurs ne disent pas (parce qu’ils ne savent pas)
La SEC, la Bourse européenne, la Banque d’Angleterre : tous gardent le silence. Pourquoi ? Parce qu’ils ne comprennent pas. Le Bitcoin, c’est comme un virus : ça mute trop vite.
Prenez Gary Gensler, le patron de la SEC. En 2021, il a qualifié le Bitcoin de « valeur spéculative ». En 2023, il a autorisé les ETF. Aujourd’hui ? Il ferme les yeux. Parce que s’il ouvre la bouche, il va devoir admettre une chose : personne ne contrôle plus rien.
Les options à 95 000 $ sont un signe. Un signe que le marché est devenu automatique. Que les humains ont déléggué leur jugement à des algorithmes. Et que quand les machines se trompent, comme en 2017, quand le prix a chuté de 90 % en un an, personne ne sera là pour rattraper la chute.
Le vrai problème, c’est la liquidité. Avec 4,5 milliards d’options concentrées sur un seul niveau, il suffit d’un gros vendeur pour déclencher l’effondrement. Et aujourd’hui, les gros vendeurs, ce sont les mines.
En 2024, la récompense des mineurs sera divisée par deux. Leurs coûts ne baisseront pas. Résultat : ils devront vendre. Beaucoup. Très vite. Et si le prix est déjà à 95 000 $, ils n’auront plus qu’une option : casser le marché.
Alors, 95 000 $ ? Un objectif ou un piège ?
Oui, le Bitcoin pourrait monter. Non, ce n’est pas une certitude.
Les options à 95 000 $ sont un pari. Un pari massif. Et dans les paris massifs, il y a toujours un perdant.
Le scénario le plus probable ? Une correction avant le halving. Pas un krach. Juste assez pour effrayer les petits joueurs. Puis un rebond technique. Parce que les whales auront déjà sécurisé leurs profits.
Mais si la Fed baisse les taux trop tôt ? Si les mines vendent trop vite ? Si les algorithmes se trompent sur la durée du cycle ? Alors 95 000 $ deviendra le niveau où tout le monde aura tout perdu.
Une chose est sûre : ce n’est pas un marché. C’est un casino. Et dans un casino, tôt ou tard, la banque gagne toujours.
La dernière question, celle que personne ne pose
Pourquoi 95 000 $ et pas 100 000 $ ?
Parce que c’est un niveau psychologique. Un rond. Un nombre facile à retenir. Un objectif marketing pour les ETF. Mais surtout, parce que c’est là que les stops-loss des gros acteurs sont placés. 95 000 $, c’est le prix où tout le monde a peur de vendre.
Sauf que la peur, ça se retourne contre ceux qui l’utilisent.
Et quand la peur disparaît… il ne reste plus que la panique.